Mobile money : au Mali, Wave gagne la bataille de l’opinion face à la concurrence
La Direction Générale du Commerce, de la Consommation et de la Concurrence (DGCC) a enjoint la société Wave SA de cesser immédiatement sa pratique de « vente à perte » sur ses services de transfert et de retrait d’argent. La décision, rendue publique le 17 février 2026, tombe comme un couperet pour les utilisateurs du « pingouin bleu».
Wave est présent au Mali depuis 2021. Mais la stratégie d’expansion du pingouin a pris un coup d’accélérateur en ce début d’année 2026. En application de l’Ordonnance n°2025-008/PT-RM du 7 février 2025 instaurant un prélèvement obligatoire de 1 % sur les retraits de mobile money, Wave a fait le choix stratégique d’absorber ce coût supplémentaire, offrant de facto la gratuité des retraits à ses utilisateurs. Une stratégie payante, du moins à court terme.
Une stratégie jugée déloyale par le régulateur
À la suite d'une plainte d'opérateurs concurrents, la DGCC a mené une enquête approfondie d’avril 2025 à janvier 2026. Ses conclusions sont sans appel pour Wave. Si l’administration reconnaît que cette mesure « traduit une démarche de responsabilité sociale », la DGCC estime cependant que la décision « génère un impact financier négatif pour la société, se traduisant par des pertes sur chaque retrait effectué par les clients ».
Pour la DGCC, Wave fausse le jeu de la concurrence. Car la pratique de vente à perte a « entraîné un afflux important de consommateurs vers les services de Wave, au détriment des autres concurrents du marché ». Cela est « de nature à désorganiser le marché de la distribution de la monnaie mobile au Mali ».
La colère des consommateurs sur la toile
Sur les réseaux sociaux, particulièrement sur Facebook, la décision de la DGCC a déclenché une véritable levée de boucliers. Loin des considérations juridiques sur la concurrence, une grande majorité des Maliens y voit une punition contre une entreprise qui allège leur quotidien dans un contexte économique difficile.
Pour Moussa Arby, la logique du régulateur est incompréhensible : «C’est vraiment du n’importe quoi, l’État doit mener une enquête au niveau de la DGCC. Si Wave accepte de payer ce que le client devait payer, où est le problème du côté de la DGCC ? ». Un sentiment partagé par Lass Diarra, qui interpelle directement les concurrents : « Si Wave décide de ne pas prélever sur ses clients, que les autres fassent pareil du moment que cela aide la population ».
Au-delà de la simple interrogation, certains internautes pensent que Wave est aussi victime de concurrence déloyale. Car les concurrents «désactivent les comptes des points de vente pour les forcer à abandonner Wave ». D’autres estiment qu’au-delà du simple cas malien, Wave aide les plus démunis. Selon Issouf Diallo, en Côte d’Ivoire et au Sénégal, l’entreprise a fait baisser les prix de la data. Abdoulaye Dieng confirme : « Au Sénégal, Wave supporte pour les clients la taxe de 1 % instaurée par le gouvernement ».
Une fidélité renforcée
Cette vague de soutien populaire met en lumière un décalage entre une logique de régulation économique, qui vise à protéger le marché sur le long terme, et la perception immédiate des citoyens, pour qui la priorité absolue reste la cherté de la vie. Alors que Wave doit désormais se conformer à la décision, l’entreprise peut compter sur une base d’utilisateurs plus déterminée que jamais à lui rester fidèle.
Mamadou TOGOLA /maliweb.net