Me Jean-Claude Sidibé, président de la fédération malienne de basket-ball en exclusivité “La sérénité est de retour au sein du basket-ball malien”

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“Habib Sissoko est une chance pour le Mali. Nous avons toujours besoin de lui”

Le président de la Fédération malienne de basket-ball, l’ancien ministre Me Jean Claude Sidibé, nous a accordé, le mardi 27 février 2024, une interview exclusive dans laquelle il fait un tour d’horizon de la vie de la discipline au Mali. Les raisons de son retour à la tête de la Fédération, les préparatifs du championnat, et de l’Afrobasket-2025, la suspension de certains responsables du basket, la situation des primes des joueurs et de l’entraineur, ses relations avec le département des Sports et le Comité national olympique et sportif du Mali (Cnosm)… sont autant de sujets abordés durant cet entretien.

Aujourd’hui Mali : Comment se porte le basket-ball ?

Me Jean-Claude Sidibé : Nous pouvons dire que le basket malien se porte assez bien. Assez bien parce que lorsque je suis retourné aux affaires, j’avais comme mission de gagner l’Afrobasket féminin de l’année dernière. Je n’ai pas pu le gagner, mais le Mali a arraché la troisième place.

J’en suis revenu beaucoup satisfait, car il faut reconnaitre que ceux qui ont préparé cette compétition mieux que nous se sont retrouvés en finale. C’est le cas du Sénégal, qui a fait 40 jours de préparation et du Nigéria qui a fait deux mois de préparation, tandis que le Mali n’a eu que dix jours pour se préparer. C’est grave. Quand on veut aller gagner une Coupe d’Afrique, il faut la préparer en conséquence. L’Etat ne nous a donné que dix jours de préparation, donc c’est difficile. Nous-mêmes avons pris quelques jours en charge. C’est vraiment la principale difficulté que nous avons eue dans ce tournoi.

Sur le plan des résultats, nous avons gagné notre huitième titre d’affilée chez les U16 filles. Ça, c’est très important. Chez les garçons U16, nous avons été troisième et là, nous avons été en deçà de ce que nous espérions.

Aux Jeux des plages à Hammamet en Tunisie, nous avons été Champions d’Afrique chez les filles et Vice-champions chez les garçons. Nous pouvons dire que l’ensemble des compétitions auxquelles nous avons participé ont été satisfaisantes, sauf l’Afro-Chan en Angola qui a été un grand échec pour nous. Mais, il faut reconnaitre que nous n’avions pas eu une bonne préparation, sinon aux éliminatoires des Jeux Olympiques Paris 2024, le Mali a battu le Nigéria, ce qui n’était pas arrivé en seniors hommes depuis 1977. Nous avons été battus par le Sénégal de trois points parce que notre équipe a été chassée de l’hôtel pendant quatre heures de temps de midi à 16 h, le match était à 16 h 30.

Nous sommes en train de préparer l’Afrobasket-2025 parce que nos enfants qui ont été vice-champions du monde en 2019, sont maintenant en vogue… et nous espérons les faire venir pour l’Afrobasket-2025.

Pourquoi avez-vous décidé de revenir à la tête de la Fédération malienne de basket-ball ?

Ce sont les circonstances qui m’ont obligé. Lorsque j’ai été nommé ministre des Sports, une équipe a pris la direction du basket. Cette équipe a connu des difficultés majeures au niveau de la politique de sauvegarde des acquis. Il y a eu des comportements de certains encadreurs qui ont été mal gérés par la Fédération. Donc, des sanctions sont tombées contre les principaux dirigeants du basket dont le président, le vice-président et le secrétaire général, ce, pendant des longues années. C’est ainsi que la famille du basket m’a fait appel.

Finalement, j’ai accepté de revenir comme président de la Fédération pour redonner de l’espoir à cette discipline. Parce que pendant deux ans, le Mali était au creux de la vague avec l’accusation fondamentale que les dirigeants sont des pédophiles. Ce que je ne reconnais pas parce qu’il peut y avoir des erreurs de gestion d’une situation mais nous ne sommes pas là pour profiter des petites filles.

Justement, qu’en est-il des suspensions des dirigeants ?

Les suspensions courent leur chemin. Une des suspendues a déjà purgé sa peine. Il s’agit de Fanta Diallo. Elle avait écopé de deux ans, qui sont épuisés. Pour les autres, leurs suspensions sont toujours en cours. Je n’ai pas connaissance d’action menée par eux contre les sanctions. Donc, ils subissent, ils sont en dehors du basket pour quelques années.

Quelle est cette politique que vous comptez mettre en place pour que le basket retrouve sa place d’antan ?

La première des choses, c’est de rassembler la famille. Contrairement au football, nous parvenons à faire travailler des adversaires avec la majorité. Lorsqu’on gagne les élections, on doit se dire que la campagne est terminée. C’est ma philosophie. La campagne étant terminée, je tends la main à tout le monde.

Aujourd’hui, tous ceux qui étaient à l’opposition contre moi pendant les élections travaillent dans les commissions. J’ai ouvert à tous ceux-ci des places assez importantes. Le président du comité d’éthique de la Fédération qui me contrôle moi-même était de l’opposition. Il faut ouvrir, il ne faut pas fermer le basket, il y a des compétences un peu partout, il faut les faire venir. C’est ça ma politique. Tous ceux qui peuvent apporter quelque chose au basket je les fais venir, c’est pour l’intérêt du basket malien.

Dans quelques jours le démarrage du championnat national, où en sommes-nous avec les préparatifs ?

Pour les préparatifs, nous pouvons dire que tout se passe bien. Notre sponsor officiel, Orange-Mali, nous a déjà payés notre premier financement. Donc, au plan financier nous n’avons pas de difficultés. La contrainte que nous avons aujourd’hui est due à l’électricité. Une autre inquiétude que nous avons aujourd’hui est due au fait que le basket malien est si pauvre que les clubs ne parviennent pas à garder les joueurs. Cette année, beaucoup de joueurs et de joueuses vont dans la sous-région, en Côte d’Ivoire, au Sénégal ou en Espagne, les plus jeunes d’ailleurs. C’est vraiment une difficulté que nous avons et nous devons faire un constant renouvellement. D’où la nécessité pour nous de commencer le recrutement beaucoup plus tôt.

Quel est l’apport de votre sponsor officiel Orange-Mali au niveau du basket ?

Notre sponsor officiel, c’est Orange-Mali. J’ai toujours dit que sans Orange-Mali, il n’y a pas de basket au Mali. C’est Orange-Mali qui finance le fonctionnement de la Fédération.

Nous ne recevons pas un centime de Fiba-Monde, ni Fiba-Afrique.

Quelles sont les innovations majeures cette saison ?

Il n’y a pas d’innovations majeures. Nous voulons juste introduire de l’animation entre les quarts temps, entre les mi-temps. On veut faire de l’animation pour attirer le public. Donc, nous sommes en train de discuter avec quelques rappeurs et chanteurs qui puissent venir et faire en sorte que certains matches puissent se jouer à guichet ouvert pour que tout le monde puisse les regarder ensemble.

L’Afrobasket, c’est pour l’année prochaine, est-ce que vous pensez que la poule du Mali est jouable pour les éliminatoires ?

Les éliminatoires, nous allons les jouer au mois de novembre prochain. Nous serons prêts. C’est pourquoi, nous avons fait venir El hadji Dicko comme entraîneur de l’équipe séniors garçons. Sur les 12 joueurs, vous avez une bonne dizaine qui a été champions d’Afrique ou vice-champions d’Afrique. Je crois que le Mali va faire quelque chose de très important.

Où en sommes-nous avec l’affaire des primes ? Est-elle définitivement réglée ?

Depuis 2019, les primes ne sont pas payées malheureusement. Il s’agit des primes de l’Afrobasket féminin 2019 de Dakar. Les primes du Rwanda ne sont pas payées. Les primes des U16 filles ne sont pas payées. Moi, j’ai pu me soulager en donnant treize motos aux 13 filles championnes d’Afrique pour la huitième fois, mais les 2 500 000 F CFA promis par le Premier ministre ne sont pas encore payés. C’est la même chose pour les salaires de certains entraîneurs. Cette situation nous pose d’énormes difficultés.

Quels sont les principaux points blocages de cette situation ?

Je ne travaille pas au ministère des Sports. Je ne fais que demander aussi. Ce sont les finances qui n’ont peut-être pas encore donné les sous. C’est au niveau des finances et tout le monde sait que la situation du pays est très dure financièrement.

Les nominations des entraîneurs continuent de défrayer la chronique. Quelle est votre lecture de cette situation ?

Bon ! Ceux qui font du bruit appréhendent mal la situation ou ne veulent pas comprendre. Sinon, tout le monde sait que Jean-Claude Sidibé n’est pas un technicien du basket. Je suis un manager. Les techniciens font leur travail. La commission nous a fait des propositions que le bureau fédéral a discutées et approuvées entièrement. Ceux qui ont été choisis sont les meilleurs. C’est la commission technique des entraîneurs qui les a choisis. C’est dire que sur le choix d’entraineur ou des entraineurs nous n’avons pas commis d’erreur. Le choix a été fait de façon correcte.

A notre connaissance, il y a eu une plainte contre un entraîneur…

Le procureur a classé la plainte sans suite. Ce qui veut dire que la base de la sanction est annulée. Mais, j’ai expliqué que le procureur ayant classé le dossier sans suite, il appartient à la plaignante de se constituer partie civile.

Maintenant, j’ai expliqué à l’entraîneur que je ne peux pas annuler ma propre décision et c’est Fiba qui m’a demandé de le sanctionner. C’est à eux d’aller vers les juges pour l’annulation de la décision. Moi de mon côté, j’ai suivi les instructions d’une instance supérieure qui est la Fiba dont les sanctions sont différentes des juridictions nationales.

Quelle est la politique mise en place par le bureau fédéral pour lutte contre ces genres de situation ?

Nous avons des kits de formation pour ça. Nous avons pris de nouvelles mesures aussi, j’ai dit aux entraineurs de ne plus rentrer dans les chambres des filles.

Qu’en est-il de la nomination du secrétaire général ?

Il sera nommé bientôt. C’est quelqu’un digne de confiance qui connait son travail. Il est sérieux surtout que le poste de secrétaire général est très sensible et technique.

Vous êtes en train de préparer un tournoi international pour les U18, où en sommes-nous ?

Les préparatifs vont bon train. Nous avons eu des confirmations verbales de la Côte d’Ivoire, du Sénégal et de la Guinée dernièrement. La date, c’est du 23 mars au 1er avril 2024. Nous avons pris contact avec des partenaires dont la BDM-SA. Nous avons écrit au CNT, à des ministres afin que ces bonnes volontés puissent nous appuyer. Les pays invités à cette compétition sont l’Algérie, la Tunisie, le Rwanda, la Guinée-Conakry, la Côte d’Ivoire, le Sénégal.

Depuis votre retour à la tête de la Fédération, quels sont vos principaux points de satisfaction ?

La stabilisation d’abord du basket, parce que ça allait dans tous les sens. On peut dire qu’aujourd’hui une équipe dirigeante est là. Je suis satisfait du fait que toutes les compétitions se jouent normalement malgré les difficultés financières que nous avons. L’année dernière, le Mali a pu participer à toutes les compétitions internationales. Moi-même j’ai participé au congrès de Fifa-Afrique à Maputo au Mozambique, au Congrès de Fiba-Monde aussi.

Nous pouvons dire que ça va, même si j’ai envie de faire un petit changement au sein du bureau. Parce que j’ai reçu assez de critiques, c’est un bureau de quinze membres avec une seule dame, ce n’est pas bien par rapport au genre. Je suis en train de voir un remembrement du bureau. Il ne s’agira pas d’enlever ceux qui sont là, mais d’ajouter d’autres postes pour le genre.

Est-ce que la sérénité existe au sein du bureau ?

Complètement ! La sérénité est de retour au sein du bureau exécutif de la FMBB et nous travaillons comme il faut au sein du bureau. La seule difficulté que nous avons, c’est l’électricité et j’ai décidé que nous achetions un groupe électrogène pour que nous puissions travailler en toute autonomie.

Quels sont vos rapports avec les départements des Sports ?

De très bons ! Mais une précision : avec la direction nationale des sports et le ministère des Sports, toute la difficulté que nous avons avec eux. On ne peut pas aller gagner une coupe d’Afrique avec moins de 10 jours de préparation. Si on veut gagner l’Afrobasket, il faut qu’on se prépare.

Et vos rapports avec le Comité national olympique et sportif du Mali (Cnosm)?

Nous avons les meilleurs rapports avec le Comité National Olympique et Sportif du Mali sous le leadership de son président Habib Sissoko, qui nous soutient beaucoup chaque fois que nous avons besoin de lui. C’est vraiment un dirigeant sportif exemplaire qui se bat pour l’ensemble des fédérations nationales sportives. C’est un vrai olympien, qui met en avant les valeurs olympiques.

Vos impressions sur la gouvernance d’Habib au niveau du Cnosm ?

Le président Habib Sissoko est une chance pour le Mali. Je l’ai connu il y a longtemps quand je n’étais pas président de la fédération. C’est quelqu’un qui m’a toujours dit : jeune homme calme-toi, tu seras un jour président de la Fédération malienne de basket-ball. Il m’a conseillé de rentrer dans le bureau et de travailler d’abord. Lorsque j’étais ministre des Sports, j’ai eu à voyager avec lui à Cuba, en Argentine. Dans le monde sportif olympique, c’est une personne qui compte énormément. Il faut que le Mali fasse tout pour le garder à la tête du Cnosm, car, si on le perdait aujourd’hui, le Mali va perdre beaucoup de places dans le Mouvement olympique à l’international.

Habib est un monument très respectueux à l’international et nous le soutenons corps et âme pour un nouveau mandat à la tête du Cnosm. C’est pour vous dire que nous avons toujours besoin de lui.

Quels sont les principaux défis auxquels vous faites face aujourd’hui ?

Le défi, je l’ai dit, c’est la fuite de mes joueurs et joueuses. C’est un fait qui rabaisse le niveau de nos championnats si tous les meilleurs vont à Abidjan, à Dakar. Ça nous pose des problèmes mais je n’ai pas la solution, parce qu’il faut que des mécènes prennent les clubs et paient les joueurs. Parce qu’ils partent ailleurs pour des meilleurs revenus car si une joueuse à 50 000 F CFA au Mali et au même moment en Côte d’Ivoire on lui propose 400 000 F CFA ou 500 000 F CFA, elle est obligée de partir.

Votre mot de la fin ?

L’objectif majeur de cette année, c’est de gagner les deux trophées en U18 filles et garçons et qualifier aussi l’équipe senior hommes en novembre pour l’Afrobasket. Au mois d’août, il y aura aussi les pré-éliminatoires de la Coupe du monde en seniors dames, nous nous préparons pour cela.

Réalisé par El Hadj A.B. HAIDARA et Kassoum THERA

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