Que sont- ils devenus ? Alassane Diallo dit Tom foot : Talent gâché d’un maestro

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Nous ne saurons parler d’Alassane Diallo dit Tom foot sans signaler que l’analyse de son cas révèle un paradoxe : malgré son talent, sa carrière a été comme une étoile filante. En d’autres termes il n’a pas récolté les fruits de son savoir-faire. Pourtant, il avait toutes les qualités : technicité, dribles, précisions dans les passes, balles arrêtées, etc. …

Il n’accordait aucune importance au ballon mais le maniait à sa guise. Né dans le quartier populaire de Bolibana, il fait partie des enfants qui ont été endoctrinés par l’infatigable Aly Koïta dit Faye, pour avoir rejoint les minimes du Djoliba en 1981.

Nanti du Certificat d’Aptitude Professionnelle (CAP) en transit, il a travaillé dans une entreprise avant que celle-ci ne tombe en faillite. Ensuite il s’est retrouvé dans une société de gardiennage. Aujourd’hui en chômage, c’est un Tom Foot décidé qui nous a déclaré qu’il n’y a pas de sot métier et se dit prêt pour tout emploi qui puisse lui rapporter quelque chose à la fin du mois. Soutenant que chacun suit son destin, Alassane Diallo dit Tom Foot ne s’offusque nullement de sa situation d’ancien joueur, un peu difficile, mais se console que « l’homme propose, Dieu dispose ».

Après avoir loupé un premier rendez-vous pour des raisons sociales, Alassane Diallo dit Tom foot s’est beaucoup excusé. Contrairement à beaucoup d’anciens joueurs, qui ont passé dans cette rubrique ou ont même rejeté notre demande, il s’est décarcassé pour nous rencontrer. Bref, il a fourni le maximum d’efforts pour nous retrouver parce qu’il s’est dit que le fait de le toucher dans le cadre de la rubrique « Que sont-ils devenus ? » est un honneur pour lui donc aucun acte de sa part ne serait de trop par rapport à l’importance de ladite rubrique. Cela est réconfortant. C’est un Tom foot très aimable que nous avons rencontré. Il venait juste de terminer les entrainements avec certains anciens joueurs.

Au Djoliba, il a gravi tous les échelons jusqu’à se retrouver junior. C’est à juste titre que les supporters ont réclamé son intégration dans l’équipe senior. Tom Foot joue son premier match officiel le 1er octobre 1987 contre le COB, où Abdoulaye Koumaré dit Muller marque l’unique but de la rencontre. Malgré le fait qu’il s’entrainait avec les séniors, Aly Koïta dit Faye lui faisait recours lors des matches de championnats juniors. La même année, il est sélectionné en équipe nationale pour les éliminatoires de la CAN de sa catégorie, sanctionnées non seulement par la défaite des Aiglons face au Nigéria, mais aussi par leur débâcle en Coupe du monde en Arabie Saoudite. Après ces campagnes, Tom Foot est convoqué en équipe nationale, entrainée à l’époque par Kidian Diallo. Mais il décide de s’envoler pour la France afin d’y signer un contrat.

Au Djoliba AC, l’enfant de Bolibana laisse les supporters sur leur faim. Il transfère au Stade malien de Bamako de façon prématurée et inattendue. Quelle mouche l’a piqué pour qu’il quitte le Djoliba, à un moment où les supporters et les dirigeants rêvaient déjà d’un joueur à la trempe de Michel Platini ? Alassane Diallo éclaircit « Après un match de championnat junior contre le Stade malien de Bamako, Cheick Diallo m’a approché pour me proposer de transférer au Stade. La génération du club qui a réalisé le premier doublé en 1984 commençait à vieillir, donc il fallait penser à assurer sa relève. Mieux il m’a rassuré de son affection et de sa considération à mon égard, compte tenu de mes qualités qui répondent à ses aspirations en sa qualité d’ancien joueur professionnel de haut niveau. Au-delà de l’argumentation de mon ainé Cheick, j’ai pensé aussi à mon avenir immédiat au Djoliba. Le milieu était saturé avec au moins huit tenants : Bourama Traoré, Amadou Bass, Mamoutou Tolo, Cheick Diallo, Moussa Koné, Kassim Touré. Est-ce que j’avais ma chance pour jouer à temps plein et dans l’immédiat ? A cette question, je n’ai pas eu une réponse dans ma tête. Karounga Keïta dit Kéké avait surement son plan pour mon cas. C’est-à-dire me garder, tout en m’offrant des bouts de matches jusqu’à ma maturité. Auparavant, un de mes tontons m’avait proposé le Stade contre une moto Yamaha 100. Je lui ai dit que seul un contrat sur l’Europe m’intéresse pour devenir comme Salif Keïta et autres. Il m’a promis quand même. Entre temps, avec la nouvelle donne, j’ai transféré au Stade malien où je suis resté pendant quatre ans, avec une coupe du Mali en 1990 et deux titres de champion (1989, 1991) ». 

Pour une banale affaire de chaussure, Tom Foot quitte le Stade et rejoint sa famille d’origine

Déjà en novembre de 1990, il s’envole pour la France en vue d’un test à Rennes. Au bout de trois jours, il réussit son examen de passage.  Les dirigeants du Stade Rennais lui demandent de retourner au Mali, le temps pour eux de tout peaufiner pour la signature du contrat. Effectivement ceux-ci se sont manifestés en envoyant à leur ambassade à Bamako une lettre confidentielle par rapport à sa situation administrative. Mais Tom Foot n’a été informé par qui que ce soit. Avec les marches pour demander l’intégration du multipartisme intégral, et les événements du 26 mars 1991, l’Ambassade de la France est restée fermée un bon moment.

Angoissé et perturbé, Tom Foot se confie au doyen Djibril Traoré. Lequel appelle le consul de la France, qui confirme que des documents concernant un certain Alassane Diallo lui sont parvenus depuis quarante-cinq jours. Il est finalement parti à Rennes, mais son long silence lié au retard a semé un doute dans la tête des dirigeants Rennais. Ce qui les a poussés à opter pour un plan B. Tom Foot va au Paris FC et retrouve sur place le coach Pierre Lechantre. A ce niveau rien n’est décidé, parce qu’il demeurait toujours un joueur de Rennes. Mais les choses vont se compliquer quand Tom Foot a voulu renouveler son récépissé. L’équipe du Stade Rennais n’était plus intéressée pour signer un contrat avec Tom Foot. Contre la volonté de Pierre Lechantre, qui l’avait d’ailleurs logé chez lui, Tom Foot prend la lourde responsabilité de retourner au Mali. La raison ? Sa mère multipliait les pressions et lui demandait de ne plus rester en France. Voilà comment son aventure dans l’Hexagone a tourné au fiasco.

Alassane Diallo ne reste au Djoliba que deux saisons, le temps de remporter une coupe du Mali et un titre de champion. Après, c’est la direction du nid des Scorpions pour un an. En 1997, il s’embarque pour la Côte d’Ivoire afin de donner plus de visibilité à la Renaissance Football Club de Daoukoro. Mais sa mère qui ne veut pas du tout que son enfant reste dans le milieu footballistique lui instruit de retourner et d’arrêter de jouer au ballon. Puisque Tom Foot avait déjà son DEF en poche, il change de fusil d’épaule pour s’inscrire au Centre Scolaire de Technique Commerciale (CSTC). Il y décroche un C.A.P en 2000.  N’ayant plus sa tête au football, un des jeunes du quartier, Moussa Fomba dit Moussa Gnoumany (tous les enfants qui ont évolué dans les catégories de jeunes du Stade malien de Bamako dans les 1980 doivent se rappeler de ce défenseur teigneux et agressif sur l’homme) entreprend toutes sortes de démarches pour que Tom Foot finisse sa carrière auprès de lui à l’Usfas. Le jeune Fomba a tellement insisté que son ainé lui a fait honneur de jouer, au moins une saison, avant de mettre définitivement un terme à sa carrière.

Faudrait-il rappeler que Tom Foot était un intime ami de feu Sory Ibrahim Touré dit Binkè. A la veille des duels Stade-Réal, ils se lançaient des défis autour du repas de midi. Binkè ne manquait de dire qu’il répliquerait à chaque but de Tom. Malheureusement, la mort arrachera Sory Ibrahim Touré à l’affection de tout le monde. Comment a- t-il vécu le décès de son complice ? Sur cette question, Alassane Diallo a fourni beaucoup d’efforts pour retenir ses larmes. Perdu dans un vent d’émotion, il revient sur les circonstances de la perte de son ami : « J’étais couché à la maison quand on est venu m’annoncer que Binkè a été victime d’un accident de train à N’tomikorobougou. J’ai voulu sauter dans la rue, quand mes parents m’ont retenu. Tétanisé pendant un long moment, je ne parvenais pas à supporter ce qui m’est arrivé : le décès de mon ami et frère. Ensuite ma famille s’est transportée chez Nany, le père de Binkè. C’est des moments durs de ma vie, auxquels je ne veux pas penser. Mais vous avez tellement insisté que je suis obligé d’en parler. Quelques jours après, je suis brutalement tombé malade et j’ai gardé le lit pendant deux mois. Ainsi va la vie…… ».

Pour ne pas être emporté par le vent d’émotion et empêcher Tom Foot de verser des larmes, nous avons ouvert une brèche pour glisser d’autres questions sur ses bons et mauvais souvenirs. C’est ainsi qu’il a retenu la coupe junior dans le royaume saoudien (1988) et la finale de la coupe N’Daya Mali (1990). Cet événement en Arabie Saoudite est son seul mauvais souvenir, sous la forme de la grosse défaite des Aiglons face au Brésil.

Quelle explication au fait qu’il n’a pas pu récolter les retombées de son talent ? Alassane Diallo soutient qu’il ne saurait l’expliquer, sinon il a tout tenté. Ce qui est évident, si sa mère ne l’avait pas intimé de rentrer de la France, il aurait pu jouer en Europe. Parce que toutes les conditions étaient réunies avec le Paris FC après le faux bond de Rennes. Au-delà de tout, Tom Foot se résigne et lie les choses au destin. Une façon de dire que personne n’est maître de son destin, sinon il était un surdoué en football. Mais hélas !

O. Roger Sissoko

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