Grand marché de Bamako : Les marchands ambulants sèment le désordre

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Fréquenté quotidiennement par des milliers de visiteurs étrangers, le grand marché de Bamako peine à booster l’économie du pays. Cette situation est due à l’anarchie que font régner les marchands ambulants qui occupent les trois quarts du marché sans pour autant s’acquitter du payement des taxes.

Un désordre indescriptible empêche les visiteurs d’accéder facilement au grand marché de Bamako. C’est une voie à sens unique, communément appelée ‘Place kôrô’ par les Bamakois, que tout le monde emprunte pour aller au grand marché. Situé en plein centre ville au niveau de commune 3, il regroupe le marché dibida, le marché rose et l’artisanat. Le grand marché est envahi par des vendeurs de tout genre (habits, chaussures, produits de beauté, nourriture, les vendeurs de cigarettes, de cartes de recharges qui occupent les deux côtés de la route).

Outre les vendeurs à la sauvette qui dictent leur loi aux usagers des voies publiques, les étalagistes vont parfois jusqu’à occuper une bonne partie des passages avec leurs marchandises. Du fait de ce tohu-bohu indescriptible et du nomadisme de ces ‘clandestins’ du grand marché, la collecte des impôts et taxes par les agents mobilisés devient une véritable gymnastique.Selon un agent de la municipalité de la commune 3, cette situation de désordre créée par les marchands ambulants constitue, pour eux, un moyen d’échapper au paiement des taxes quotidiennes. Selon lui, les conséquences de ces comportements des marchands ambulants sont visibles sur l’économie du pays. ‘Les caisses de l’Etat sont privées d’entrées d’argent et les grands commerçants, qui s’acquittent normalement de leurs impôts et leurs taxes, sont exposés à une concurrence déloyale. Ces petits vendeurs qui ne paient aucune forme d’impôt, perturbent la règle de la concurrence au grand dam des tenanciers des grands magasins en vendant leurs marchandises à des prix inférieurs à ceux pratiqués par ces derniers’, s’indigne-t-il.

Abondant dans le même sens, Diaguili Touré, membre de l’Association des commerçants propriétaires de magasins au sein du grand marché, estime que les actions entreprises par la Mairie du district ne sont pas suffisantes pour venir à bout de cette anarchie digne d’une autre époque. Pour lui, l’Etat doit trouver d’autres solutions pour assurer la bonne gestion du grand marché de Bamako. ‘Le gouvernement malien a intérêt à se préoccuper de la rentabilisation de ce secteur du commerce au niveau du grand marché qui est certes rentable, mais mal exploité’. Dans un autre registre, Diaguili Touré avoue que le Projet d’appui aux commerçants détaillants (Pacd) qui a été lancé il y a deux ans par l’Etat est louable. Car sa mise en vigueur peut contribuer à régler le problème des marchands ambulants. Selon lui, l’accès au Pacd est à la portée de tout le monde, ‘il suffit pour tout commerçant désireux d’obtenir un financement, de remplir un certain nombre de critères allant de sa mise à jour dans le paiement des impôts et taxes, à l’enregistrement dans le registre du commerce, en passant par la désignation d’une adresse fixe’. Seulement, se plaint-il, ‘deux bonnes années après le lancement du Pacd, on est encore loin de cet objectif du fait de l’anarchie qui caractérise dans le monde du commerce’.

En guise de répondre, le marchand ambulant Fodé Coulibaly soutient qu’un tel projet sous-entend que lui et ses pairs doivent quitter le grand marché pour aller s’installer ailleurs. ‘Un tel sacrifice, nous ne sommes pas prêts à l’assumer’, martèle-t-il. Toutefois, il reconnaît que ‘ce n’est un plaisir pour personne de s’installer sur la voie publique pour qui connaît l’imprudence des chauffeurs de transport en commun’. Le marchand ambulant se dit conscient du danger qu’il court en tenant son étal composé d’habits pour enfants et chaussures sur le trottoir, mais préfère cette situation que de déménager dans n’importe quel autre marché de Bamako. A l’en croire, ‘un jour de recettes au grand marché de Bamako est plus intéressant que celles de deux semaines dans d’autres marchés’. Pour lui, pas question de céder sa place du grand marché pour un autre endroit. Ce quadragénaire affirme qu’il fait une recette journalière de 30 000 francs Cfa, toutes dépenses journalières exclues.

Néanmoins, l’association des commerçants propriétaires de magasins compte combattre à sa manière le phénomène des marchands ambulants. Mais elle ne tient pas à dévoiler les stratégies de riposte qu’elle va employer pour faire face à cette situation.
Avec Walf

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