L’enseignement de 1962 à nos jours : « les autorités scolaires doivent revoir le système »

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On parle beaucoup de la faiblesse du niveau scolaire de nos jours. Qu’en est-il ?

En 1962, le 6 août précisément, un concours de recrutement de maîtres a eu lieu. Ceux qui ont passé à cet examen ont été appelés les ‘’six Aoûtard’’. C’était la politique du gouvernement, recruter des enseignants de masse et de qualité. Le niveau exigé pour être candidat était le Certificat d’étude primaire élémentaire (C.E.P.E). Tous ceux qui avaient le certificat, qu’ils soient menuisiers, tailleurs, jardiniers etc, étaient acceptés. Ils ont fait de bon résultat dans leurs carrières. Ce recrutement avait pour but d’appliquer la reforme de l’enseignement. Le résultat de l’examen a donné trois paliers.

  • Les moniteurs auxiliaires qui étaient recrutés à titre précaire essentiellement révocable (ils ont été remerciés en 1970) ;
  • Les moniteurs adjoints stagiaires ;
  • Les instituteurs adjoints stagiaires.

Au cours de la carrière, les deux corps avaient des examens : écrit, oral pratique. Les moniteurs avaient le C.A.M (Certificat d’aptitude aux fonctions de moniteurs, le C.E.A.P (Certificat élémentaire d’aptitude pédagogique) et le C.A.P (Certificat d’aptitude pédagogique).

Les instituteurs adjoints stagiaire avaient le C.E.A.P et C.A.P (écrit, oral pratique).

L’écrit demandait une sérieuse préparation intellectuelle, il fallait se former jour et nuit. Le candidat à l’écrit sacrifiait son petit salaire à acheter des documents. Moi, j’ai fait sept fois l’écrit du C.A.M pour ensuite me présenter au C.E.A.P. J’ai tellement appris qu’en un seul coup j’ai réussi l’écrit du C.E.A.P.

J’ai été titulaire instituteur en 1972.

En 1975, la France a organisé un stage à l’école liberté dans le but de préparer les candidats à l’écrit du C.A.P.

Un élève que j’ai eu en 2e année à Bandiagara en 1962-1963 m’a encadré au cours de cette formation.

J’apprends à mes lectures que des enseignants sont allés à la retraite sans le C.A.P.

En résumé, l’enseignant 6 Aoûtard  à terme pour être ce qu’il en ce moment. Parmi eux beaucoup sont entrés à l’ENSup et sont devenus catégorie A.

Moi, je me suis limité au grade de maitre de second cycle de classe exceptionnelle après 39 ans de carrière.

Qu’est-ce qu’on voit aujourd’hui ?

Les enseignants sortent des écoles de formation avec l’écrit qu’ils ont obtenu facilement. On peut le juger à leur franc-parlé. Ils n’ont alors que l’oral et la pratique à faire. Contrairement à nous 6 aoûtards qui n’avons pas bénéficié de complaisance à la pratique, les maîtres aujourd’hui passent à la pratique sur recommandation ou selon l’honneur du D.CAP.

Après l’oral et la pratique, le maître n’a plus rien à faire, il attend d’avancer chaque deux ans jusqu’en fin de carrière. Il ne s’améliorer plus. La lecture pour lui, est une perte de temps. Il travaille avec une fiche de préparation qui a servi plus de 10 ans. La paresse s’installe. Le niveau du maître baisse, il ne peut alors rehausser le niveau de l’élève, d’où la faiblesse des enfants.

Les autorités scolaires doivent revoir le système, qu’elles poussent les enseignants à se former. Ceux qui sortent des I.F.M doivent faire l’écrit du C.EA.P et du C.A.P pour les généralistes et l’écrit du C.A.P pour les spécialistes. L’enseignant en ce moment acceptera de se former sans perdièmes car, il verra en la formation un intérêt.

Samba Sidibé à Kati

 

 

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