Affaire Betram Sa : Quand la justice malienne se discrédite

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    La justice malienne ne doit s’en prendre qu’à elle-même au regard du peu de respect que certains magistrats accordent aux décisions des cours et partant, à la profession. La preuve par les faits.

    Ce début de fin de mandat du président sortant est admirablement mis à profit par de malhonnêtes citoyens  et véreux cadres de l’administration et de la justice pour faire de la récupération. L’affaire de la BETRAM S.A en est la parfaite illustration. Attention !

    Un particulier sans aucune responsabilité morale au sein d’une entreprise et qui parvient à fermer la porte du service aux actionnaires.  Pis ! Qui les convoque devant  les autorités  judiciaires, lesquelles se prennent au jeu et décident de leur interdire purement et simplement l’accès de l’entité. Voilà ce en quoi ressemble aujourd’hui le Mali en fin de règne d’Amadou Toumani Touré.

    C’est la fille bien aimée de Mamadou SIMAGA, le PDG du groupe SIMAGA qui, en complicité avec des agents de l’Etat malien, s’est rendue coupable de cet abus.

    Après avoir abusivement fermé les portes de l’entreprise aux travailleurs et non moins actionnaires, elle qui ne dispose d’aucune responsabilité morale, a fait interpeller, courant semaine dernière, certains membres du Conseil d’administration, par le Procureur de la Commune VI. Ce dernier, contre toute attente les a intimé ordre de ne plus se rendre sur leur travail. Peu s’en est fallu  qu’il les retienne en détention pour injures et agressions selon une plainte émanant du chérubin de M SIMAGA.

    Nous avions été témoins des faits le mardi 06 juin dernier. Le personnel, dans son bon droit et avec le soutien de l’UNTM a brisé le scellé condamnant abusivement la porte d’accès.

    Cette décision est consécutive à la lettre n° 0154 /DRTEFP du 17 mars 2010 du directeur régional du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle du District de Bamako, autorisant le licenciement des travailleurs. 

    Mais seulement voilà : la décision a été attaquée par le personnel devant la Cour d’Appel laquelle, par arrêt n° 474/G.09 en date du 20 Avril  a débouté M Simaga de ses prétentions. Conséquence : la lettre n° 0154/DRTEFP du directeur régional du travail en date du 17 mars 2010 s’avérait nulle et de nul effet.

    C’est pourtant sur la base de cette décision que les proches de M Simaga ont, d’abord scellé les portes de l’entreprise et ensuite fait convoquer les travailleurs, par surcroit, actionnaires du groupe à qui le procureur de la Commune VI interdira purement et simplement l’accès des lieux.

    Par ce geste, c’est le procureur qui vient de rendre nul et de nul effet l’arrêt de la Cour d’Appel. Et l’on s’étonne après que les justiciables ordinaires n’aient pas foi en la justice de leur pays.  Il ne peut en être autrement si les magistrats eux-mêmes n’ont pas de respect pour leur profession.  

    Concernant les prétendus actes d’agression et injures, le magistrat n’a  même pas ordonné une enquête. C’est sur la seule foi des déclarations d’une personne n’ayant, par surcroit aucune qualité ni droit sur l’entreprise, qu’il a décidé d’entendre et de garder pendant plusieurs heures des pères de famille.

    Nous étions témoins au moment des faits ce lundi 6 juin à la BETRAM. Nous n’avions constaté aucune violence ni physique ni verbale. Selon toute évidence, c’est plutôt le camp d’en face qui s’était préparé au pire puisqu’il des loubards attendaient pour passer à l’action. La présence de la presse les a probablement dissuadés. 

    Les travailleurs se sont contentés de briser le scellé illégal et d’accéder à leur lieu de travail. Et quelques jours plus tard, ils seront convoqués par la Gendarmerie sur plainte de la fille de M SIMAGA et sur instruction du procureur de la Commune VI.

     

    Nous avions le pressentiment que cette affaire finira un jour très mal. Et pour cause, les travailleurs concernés n’ont plus rien à perdre dans la vie.  La justice qui était leur dernier recours ayant décidé de cautionner l’arbitraire.  

    En attendant, nous publions de nouveau la note technique produit par l’Etat lui-même à propos de ce dossier. Très édifiant !

    B. Diarrassouba

     

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