Les maux de l’école malienne passée au peigne fin: Le Recteur de la FSJP met le pied dans le plat

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Dans un entretien qu’il a bien voulu nous accorder, le recteur de la faculté des Sciences Juridiques et politiques (FSJP), Pr Salif Berthé, déplore la politisation de l’espace universitaire ainsi que les violences qui se déroulent sans chacun en ce qui le concerne ne s’assume. La prise en otage de l’école malienne est une réalité que ce haut cadre de l’enseignement dénonce sans sourciller car pour lui, il est temps de mettre fin à la chienlit. Lisez plutôt  l’entretien réalisé par notre reporter Bokari Dicko.

Salif Berthé recteur

Mali Demain : Comment se prépare la rentrée universitaire à votre niveau ?

Des recrutements à la pelle

Pr Salif Berthé : Elle s’effectue tout doucement malgré l’effectif pléthorique car avec l’ouverture de l’Université du Mali, nous avions 5000 étudiants recensés, de nos jours, le rectorat devrait gérer plus de 100 000. Ce sont des recrutements à la pelle qui se font. Ce qui complique le travail et entraîne les pouvoirs publics dans un engrenage suicidaire. C’est-à-dire c’est si on voyait le caïman surgir de tes urines pour te bouffer. (Rires). Je veux dire qu’il y a eu un véritable laisser aller dans les inscriptions à un plus haut niveau puisque els étudiants ayant compris  qu’ils n’ont rien à voir avec le professeur, ni le recteur, ni les Ministres, puisqu’ils peuvent traiter en haut lieu, ne font que ce qu’ils veulent. Ils n’ont peur de rien.

Mali Demain : Quels changements comptez-vous apporter au niveau de la FSJP ?

Chacun devrait s’assumer à son niveau

Pr Salif Berthé : Vous savez, rien n’est impossible puisqu’il suffit de comprendre que l’école est incontournable dans le développement du pays et que chacun à son niveau devrait s’assumer et que les enseignants doivent sentir qu’ils sont protégés.

Mali Demain : Est-ce à dire qu’il s’agit d’une question d’argent pour mettre de l’ordre dans l’école malienne ?

17 ans après, pas de bibliothèque universitaire au Mali…

Pr Salif Berthé : Il est vrai que l’éducation bénéficie de 33% du budget d’état. Il faut voir ce que l’enseignement supérieur engrange. C’est ce qui est important. Comment comprendre que dans certaines facultés, 17 ans après, n’ont pas de bibliothèque universitaire ? Ceci est un scandale. Sauf certaines facultés ont pu se doter de bibliothèques spécialisées. La FLASh est un exemple. Que comprendre dans le niveau des professeurs ?

Mali Demain : Beaucoup imputent la baisse de niveau des étudiants par manque d’étude. Que répondez-vous ?

« La baisse de niveau est de la faute de l’apprenant »

Pr Salif Berthé : Il faut reconnaître que plus de 70% du corps professoral de l’université  est sans un niveau requit. Cela est une triste vérité qu’il faut dire. A l’université, nous avons plutôt besoin de détenteur de DEA que de Doctorat. La baisse de niveau est de la faute de l’apprenant. Mieux, avec le système LMD, 60% de la réussite est dans les mains de l’apprenant, les 40% sont du ressort des professeurs. C’est une façon de pousser els étudiants à travailler. En clair, par ce procédé, tout étudiant doit pouvoir consulter une bibliothèque virtuelle sur la toile mondiale. C’est comme cela les bibliothèques d’Alexandrie, du congrès Américain sont consultables sur le Net. Il revient aux étudiants de fournir des efforts.

Les enseignants ne veulent pas évoluer…

Parlant des enseignants, ils ne veulent pas évoluer puisque la routine aidant et même la paresse. Ils ont le devoir d’enseigner et aussi respecter la déontologie. Et l’apprenant devrait se battre pour acquérir un savoir. Mieux, les étudiants qui sont les corrupteurs doivent savoir que cela va se retourner contre eux plus tard. Ce sont eux les grands perdants puisqu’ils ne pourront jamais acheter le savoir. C’est pour cela que le mal est très profond. Il faudrait que les gens acceptent prendre des décisions courageuses à un niveau donné. C’est-à-dire politique.

Il faut souligner les conditions de travail difficiles et pour les professeurs que pour les étudiants. Ce qui rend difficile les résultats escomptés.

Mali Demain : Peut-on savoir votre bord politique ?

« j’ai cessé de militer depuis que mon parti a adhéré à l’ADEMA »

Pr Salif Berthé : Je ne suis d’aucun bord politique par rapport à l’éducation. Certes, je suis du MIRIA et depuis que mes camarades ont décidé de revenir à l’ADEMA, j’ai cessé de militer dans ce parti. Mais je demeure convaincu qu’on ne peut pas être en dehors de la politique. De puis lors, je cherche à savoir où aller pour servir avec ma conscience mon pays.

Mali Demain : Quels sont vos rapports avec les SG de l’AEEM ?

« Je n’ai jamais accepté composer avec l’AEEM »

Pr Salif Berthé : Je n’ai jamais eu de rapports étroits avec l’AEEM. Surtout avec ses dirigeants. Lorsque j’étais Doyens à la FLASH, j’étais chargé de travailler avec l’AEEM. C’est ainsi qu’en 2009/2010, j’ai eu en maille à faire avec le bureau de l’AEEM par rapport aux examens qui ont été fortement perturbés. Malgré les menaces du syndicat des étudiants, j’ai appliqué la loi grâce à une synergie d’un Conseil de professeurs de la catégorie « A » déterminés à restaurer son autorité celle d’un rectorat soucieux du devenir de l’université. Ils n’ont jamais plié l’échine devant des étudiants déterminés puisque savions qu’avions un devoir vis-à-vis du pays. Je n’ai jamais accepté composer avec l’AEEM pour qu’un jour je sois mis devant les faits accomplis pour être en compromission avec la loi. Il faut dire que c’est nous autorités qui avions fait de nos étudiants des nos Maîtres. En tout cas à la FLASH, le groupe d’enseignants que j’avais ne s’est jamais laisser faire.

Mali Demain : Est-ce à dire que cette façon de faire régner la discipline et l’ordre a été pour beaucoup dans les résultats engrangés ? Quand est-il de vos rapports avec Hamadoun Traoré ?

« Il n y a jamais eu de rapports avec Hamadoun Traoré »

Pr Salif Berthé : Cela est juste. A la FLASH, le conseil des professeurs prend des décisions par rapport aux étudiants et non par individu. C’est l’organe pédagogique supérieur. Donc, nous évitons les cas isolés. Avec le professeur, on ne tergiverse pas avec les principes. Je suis victime de l’application de la loi. C’est pour cela que je suis traité de dur.

S’agissant de Hamadoun Traoré, il n’a jamais été dans ma classe. Il n y a eu de rapports étroits qui nous lient. En tant que professeur, je suis au service de tous les enfants du Mali. Pas de partie pris. Tous les étudiants doivent traiter sur le même pied d’équité. Pas d’injustice surtout !

Prélèvement des bourses marche ailleurs

L’autre raison pour laquelle, je suis combattu à l’AEEM, c’est le fait d’avoir refusé à la FLASH le prélèvement d’un pourcentage sur les bourses des étudiants. Ailleurs, cela marchait fort bien. C’était la loi de l’AEEM de connivence avec l’administration. Je n’ai jamais pactisé avec l’AEEM sur ce plan. Professeur dans l’administration depuis 2000, vice-Doyen auprès du Pr Drissa Diakité qui était d’une probité exceptionnelle, jamais pris dans les compromis ou compromissions, homme intègre. Je suis de cette école. Avec ma conviction politique qui consiste à travailler avec des hommes qui ont l’amour du travail, une chose avec la quelle on ne peut pas tricher, je demeure convaincu sur ces valeurs qui permettront de former l’homme malien moderne, patriote et engagé pour le peuple.

Mali Demain : Comment expliquez-vous la violence sur l’espace universitaire ?

« Ce sont des choses qui ont été acceptées depuis le départ »

Pr Salif Berthé : Ce sont des choses qui ont été acceptées depuis le départ de l’université du Mali parce que la loi n’est pas appliquée. A la FLASH, nous avions eu à exclure trois étudiants à cause de leurs comportements exécrables. Ceci a servi d’exemple et a dissuadé d’autres. Seulement, la grande inquiétude, c’est que notre sécurité n’est pas assurée. A vrai dire, l’impunité a été la règle d’or sur l’espace universitaire malien à tel point que les responsables universitaires vivent en danger. Ici à la FSJP, les étudiants tentent de dicter leur loi au rectorat qui subit les pressions d’une mafia, voir d’un lobby. Mais de nos jours, le professorat est déterminé à démanteler ce lobby malgré que le mali en étant devenu corrupteur.

Mali Demain : j’imagine que le département a pris des dispositions pour se faire ?

« L’étudiant qui étudie obstinément, obtient de mauvaises notes et les tocards engrangent les bonnes notes »

Pr Salif Berthé : Le département ne désapprouve mas notre méthode. Nous lui faisons confiance quant aux dispositions à prendre pour assurer notre sécurité. C’est vrai qu’il n y a pas eu de candidat pour venir gérer la chienlit à la FSJP. Mes camarades et moi avions accepté de relever ce défi de mettre fin au désordre, à la magouille. Vous savez, ma vie est faite de stress. Je ne me bats pas pour avoir des galons mais pour servir mon pays. Il s’agit d’un devoir de mener les enfants sur le bon chemin car leur réussite me servira de bonne fin de carrière. Et leur échec, sera le mien. Les premiers perdants, les seuls sont les étudiants qui refusent d’étudier. Mais avec notre politique ici à la FSJP, la majorité silencieuse est d’accord avec moi puisque la minorité bruyante est écoutée en haut lieu. Mieux, les responsables des classes pensent que leur poste est un passe-droit. L’autre constat est que l’étudiant qui étudie obstinément, obtient de mauvaises notes et les tocards engrangent les bonnes notes. C’est cet état de fait que nous combattons à la FSJP avec tous les risques que cela comporte.

Propos recueillis par Bokari Dicko

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6 COMMENTAIRES

  1. Après cette intervention claire du recteur, nous comprenons maintenant que nous, parents pauvres, sommes foutus car nos enfants vont continuer d’échouer jusqu’à l’exclusion. Si rien n’est fait dans le sens d’extirper le vers du fruit nos enfants nous retourneront dans les bras malgré leur brillant niveau.
    Nous en appelons au gouvernement de mission de tout faire pour éradiquer ce fléau qui n’a que trop duré .

    • Cher Kouyate, le gouvernement est represente a l’universite par le recteur et le doyen. Voyez-vous comment il analyse les choses ce monsieur? J’ai la conviction qu’il ne connait pas son role: “je ne suis pas avec l’AEEM, je lutte pour que ceux qui travaillent soient reconnus… l’ecole n’a pas de bibliotheque…bla, bla, bla…” Exactement comme un homme de la rue. En realite, la bibliotheque, les salles de classe, les bureaux, les laboratoires… doivent etre inscrits dans des propositions (un plan detaille) de l’assemblee de faculte en qualite de BESOIN. Puis, la proposition sera defendue a l’arbitrage budgetaire de l’Etat (chaque mois d’Aout) et propose pour financememnt par le departement (ministere). Puis, en fonction des possibilites, les realisations seront planifiees et executee petit a petit. Faites un tour a la FAST. Vous verez des classes renovee, d’autres construites… Il a fallu que Salikou Sanogo, doyen a l’epoque, fasse un plan pour le proposer a l’arbitrage budgetaire (2007). Puis, chaque annee, on fait un pas. Je n’est rien contre Pr Berthe, mais quelles sont les propositions concretes qu’il a eu a faire pour l’acquisition d’une bibliotheque, salle de classe? C’est ce qui devrait apparaitre dans cet interview a mon sens. Puis, il parle de magouille, de corruption… Les textes en vigueur prennent des sanctions concretes par rapport a tout cela, que l’auteur soit etudiant ou enseignant. Qui applique les textes? Le doyen, le recteur. Point. Ni le juge, ni le ministre, ni le syndicat, ni l’assemblee nationale… ne sont habilites a appliquer ces textes. C’est le responsable direct des etablissements de le faire. Dans son interview, on voit bien qu’il est au courant de la corruption ou des magouilles. Mais qu’a-t-il fait precisement pour empecher cela? Voila ce que j’attendais dans sa reaction. Puis, il se permet de dire qu’il “travaille pour son pays”. Personnellement, je ne comprends rien. Tout le probleme de l’ecole, ce sont les responsables memes de l’ecole. Ils doivent rendre compte. On parle des politiciens. Je trouve que ce sont des histoires. Si on suspend tout de suite un etudiant et que les politiciens obligent l’administration de le reprendre, le doyen peut refuser et personne ne peut le destituer car il est elu et non nomme. En cas de probleme, le syndicat est pret. L’histoire retient des cas a l’IPR et c’est pourquoi les etudiants de l’IPR sont cools a present. En renvoyant un etudiant, il ne sera plus de l’AEEM, car on est de l’AEEM si et seulement si on est etudiant. En cas de soulevement, une vague de renvoi s’en suivra. Mais, il fsut que les renvois soit justifie par des textes en vigueur. On verra qui sera le prochain a aller contre les textes. Personne n’est fou.
      Il faut du courage et au moins une petite vision. Malheureusement, nos dirigeants directs “doyens, recteurs…” n’ont aucune visibilite. C’est dommage.

  2. Total recall: quand tout est a refaire au sein de cette universite, rien que la desolation pour acquerir le savoir qui ouvre toutes les portes et meme atterir sur d’autres planetes a l’image du navigateur Premier…

  3. c’est decevant, si c’est le recteur d’une université qui s’exprime aussi plat, qui analyse les questions universitaire de la façon d’un homme de la rue. Je suis désolé. comment voulez-vous que l’université avance avec des personnalités d’approximations?

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