Anicet Dena, promoteur de l’hôtel Hambé de Ségou : « Certains clients n’hésitent pas à me traiter de fou dans mon combat agro-écologique… »

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Anicet Dena est le promoteur de l’Hôtel Hambé de Ségou. Depuis plusieurs années, il se bat pour l’agro-écologie. Dans une interview qu’il nous a accordée, il nous parle des raisons qui l’ont poussé à mener ce combat. Lisez plutôt.

 

Le Tjikan: Qui est Anicet Dena?

Anicet Dena : Je m’appelle Anicet Dena, promoteur de l’hôtel Hambé de Ségou. Je suis titulaire de trois diplômes universitaires. Un Master en gestion hôtelière et Tourisme, un Master en Management et un autre en Anglais. J’ai travaillé dans plusieurs hôtels à Bamako dont l’hôtel Kimpesky, la Résidence Komé, l’hôtel Laico de l’Amitié de Bamako, etc.

Qu’est ce qui vous a poussé à mener ce combat écologique ?

Après ma démission d’un hôtel de Bamako, j’ai décidé de déménager avec ma femme à Ségou pour faire d’abord l’élevage du cochon, faire la transformation et de la valeur ajoutée. C’est moi qui fournissais tous les hôtels de Ségou en viande de cochon. A un moment donné, je suis tombé sur un endroit que j’ai eu la chance d’acheter au bord du fleuve. Mon premier combat, c’était comment faire pour une bonne gestion du local. C’est ainsi que m’est venue l’idée de faire un jardin qui me permettrait d’être indépendant vis à vis des produits importés, qui, de façon générale sont nuisibles à la santé. Je me servais des produits naturels de mon jardin pour alimenter mon hôtel et je partais au marché pour acheter uniquement la viande de bœuf. Les pêcheurs à côté me fournissent du  poisson frais naturel du fleuve. Nous sommes très hostiles aux produits chimiques dans notre hôtel. On n’y consomme généralement que les produits locaux. Même l’hôtel est conçu dans une philosophie locale pour promouvoir le développement local. Quand on construit en ciment, 90% des ressources partent à l’extérieur, mais quand on construit en banco, c’est à dire en tenant compte des aspects écologiques, 90% des ressources restent sur place.

Pourquoi  êtes-vous autant déterminé dans ce combat ?

Ce qui m’a poussé à m’intéresser à ce combat agroécologique, c’est que c’est un combat noble qui prend en compte le développement local. Je le dis à qui veut l’entendre, le développement local ne peut être fait que par nous-mêmes. Ce n’est pas l’occident ou d’autres pays qui le feront à notre place. Chacun doit agir de la sorte. Le réchauffement climatique est une réalité alarmante. Chacun doit apporter sa contribution pour réduire son effet. En matière de santé, on boit le lait venu de la Hollande et on ne sait même pas comment il est conditionné. Même si c’est bien conditionné, on a le lait local produit par les peulhs ici. Il est de notre devoir de promouvoir les produits du terroir. Mon entourage a commencé à comprendre mon raisonnement et commence à y adhérer.

Est ce que le fonctionnement de l’hôtel prend en compte cet aspect agro-écologique?

Bien sûr. Par exemple, le jus d’ananas que vous êtes en train de consommer est un produit naturel qui vient du Bénin. On ne vend pas du coca cola dans mon hôtel. Les produits de mon hôtel sont naturels et viennent du terroir. L’établissement fonctionne sous forme d’un réseau. Toutes les personnes qui se trouvent dans ses rayons bénéficient du fonctionnement de l’hôtel. Par exemple, les femmes veuves de Bamako nous fournissent en jus naturels de papaye, de mangue,  d’orange etc… Je préfère laisser mes dividendes dans le pays que de les faire sortir en important des produits.

Êtes-vous soutenu dans ce combat agro-écologique?

A vrai dire, on me voit comme un fou dans ce combat. Quand on dit à certains clients qu’on ne vend pas de coca cola dans notre hôtel, ils nous manquent de respect sans chercher à comprendre notre vision. Il en est de même souvent pour des ministres, des hauts cadres qui nous affrontent dans ce combat. Mais à travers une forte sensibilisation, certains arrivent à nous comprendre. Il y a une forte réticence, un rejet de la culture.

Un  dernier mot ?

Je lance un appel à tout le monde. Qu’on sache que le développement local passe par nous-mêmes. Personne ne le fera à notre place. C’est à nous de le faire. Si on veut le faire tout de suite, c’est bien. Mais tôt ou tard, on devra aller vers cela. On n’est pas obligé de suivre les autres dans ce qu’ils font. Nous avons nos propres manières de nous habiller, de nous nourrir…qu’il faut promouvoir.

Propos recueillis par Modibo Dolo

 

 

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