Assemblée nationale : Les députés, ces «enfants gâtés» de la république

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Textes de loi mal préparés, absentéisme, soupçons de corruption… Les députés ont mauvaise presse. Ils exigent malgré tout le confort offert à eux par la Constitution et veulent  encore une hausse de leurs indemnités. Privilégiés ou incompris?     

Ces jours-ci, des textes de loi votés à la va-vite par nos honorables députés ou à défaut, ce sont des absences injustifiées que l’on constate. Pour punir ces absences non justifiées de nos élus du peuple, ne doit-on pas revoir les textes ? Beaucoup de gens estiment que ces derniers temps, les députés bâclent leur  travail à cause de l’élection présidentielle à venir. Manquant de sérieux, un peu « cossards » et parfois corrompus, les élus qui siègent à Bagadadji sont sous le feu des critiques. Pourtant, avec plus de 800 000 FCFA par mois auxquels s’ajoutent les primes de carburant et de téléphone et bien d’autres avantages, les députés maliens comptent parmi les privilégiés de la République. En revanche, il est de bon ton de ne pas le crier sur les toits : en effet, les élus estiment qu’en parler, c’est leur nuire. Et ils reprochent aux médias d’en faire étalage pour « les discréditer auprès de l’opinion publique ». Aussi vous diront-ils qu’ils ne roulent pas sur l’or.

 

Pouvoir d’achat           

 

Mais si l’on regarde bien les choses, on dirait que les deux tiers des députés devraient être en prison. Il n’y a qu’à voir les maisons qu’ils ont construites. Rien à voir avec leurs salaires! Nos députés sont des enfants gâtés. Ce jugement est partagé par beaucoup de Maliens qui ne comprennent pas pourquoi, alors que la plupart d’entre eux tirent le diable par la queue, les « honorables » se battent pour une augmentation de leurs indemnités. Les indemnités ne sont que la partie visible des revenus des députés. Le reste est constitué par un fonds spécial d’intervention qui comble leur manque à gagner. Ce que réfutent les membres de l’Assemblée nationale. Selon eux, ce fonds spécial d’intervention n’est pas un complément du salaire, mais plutôt une caisse destinée à la résolution de problèmes d’ordre personnel ou humanitaire que rencontrent les élus. La différence est subtile. On reproche aussi à ces honorables de refuser de payer l’impôt sur le revenu. Ce qui est choquant, c’est le fait que selon un ex- député, les députés (qu’ils soient de la majorité ou de l’opposition)  sont  souvent payés avant d’adopter une loi. Cette vénalité est inadmissible. Un autre ex- député  reconnaît que « l’argent circule toujours dans l’Hémicycle lorsqu’il y a de gros enjeux ». Même si les sommes restent dérisoires « cela marche à tous les coups », explique un habitué des coulisses de l’Assemblée. Et les plus heureux dans l’affaire sont les députés à revenus très faibles dans la société. Bien avant son élection en tant que député,  le député n’est pas tenu à une discipline de rigueur et doit souvent  venir en aide à sa base qui l’a élu. Mais comment en est-on arrivé là?

 

Certains analystes un peu sévères se moquent de ces élus qui n’ont que « trois références: la fréquentation des jeunes filles, la grande gueule et le fait d’être chantés par les griottes ». D’autres, plus sérieusement, notent que « beaucoup de députés n’ayant pas d’autre métier, ni de patrimoine personnel, cherchent donc à engranger de l’argent par tous les moyens ». D’autres ont une autre perception du phénomène: « La faute incombe à la majorité qui soutient à l’aveuglette le régime en place ». Cependant, malgré tout ce qu’on lui reproche, l’Assemblée nationale malienne reste un véritable espace d’expression démocratique.

 

Paul N’guessan


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