Projet de constitution : Quand ATT détourne les partis politiques

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A travers son coup de poker, que représente le vote de la désormais loi portant révision constitutionnelle à l’Assemblée nationale, le Président ATT vient de démontrer que même en tant qu’indépendant, il lui est loisible de remporter des victoires. En détournant, s’il le faut, les partis politiques de leur vocation première celle de la conquête du pouvoir. Le passage dudit projet au forceps, laisse maintenant la place aux interrogations sur les intentions réelles du locataire de Koulouba. Que veut démontrer le Président sortant ? Que veut-il obtenir?

L’homme du 26 mars 1991, revenu au pouvoir en 2002 par la voie des urnes, a de prime abord défié le principe selon lequel les partis politiques sont des instruments et le lieu privilégiés de la conquête du pouvoir. Pendant les dix années de son mandat le Président Amadou Toumani Touré a rarement reconnu aux partis politiques l’importance et la prépondérance auxquelles ils prétendent dans le traitement des grands dossiers de la Nation.

 Que ce soit à propos du Nord ou sur les questions sécuritaires, sur l’école ou, plus récemment, sur le processus électoral, la gouvernance du héros du 26 mars ne fait aucune place aux partis politiques. La majorité à l’Assemblée nationale n’a jamais été consultée sur le choix du Premier ministre, à plus forte raison devoir le choisir en son sein. Cette prérogative le Président de la république se l’est octroyée et exercée tout seul sans tenir compte du fait partisan. Seul maitre à bord devant l’effacement, voulu et orchestré, des partis. Conséquence, même l’aide publique aux partis politiques puisée des caisses du trésor public est souvent attribuée avec le cachet de la magnanimité présidentielle.                  

Aujourd’hui, les partis politiques sont superbement réduits à « amuser la galerie» dans le cadre de concertations qui les réunit avec l’Administration. Conviés à plusieurs reprises par le département de Kafougouna Koné, très peu de leurs propositions sont prises en compte à l’issue de leurs différentes rencontres.               

Le 22 septembre 2009 le président ATT s’adresse à la Nation pour soutenir que les élections de 2012 se tiendront avec un fichier biométrique issu des résultats du recensement administratif à vocation d’état civil (Ravec). Pendant que la majorité des partis politiques soutiennent ce projet qui minimisera les risques de fraudes, le Président ATT et son ministre en charge de l’Administration les tournent presque en dérision, car rien ne sera fait par le gouvernement. Les partis politiques ne seront jamais mis à contribution ni pour penser le fichier ni pour prendre leur avis sur les nécessaires réglages de sa future mise en œuvre. Ils seront royalement ignorés maintenus dans le brouillard comme si l’on voulait, encore une fois, les détourner de leurs préoccupations légitimes d’acteur et de garde fou de la politique nationale.     

Puis vint la réforme constitutionnelle. Alors que le débat sur le choix et les moyens d’y parvenir de se doter d’un fichier propre et consensuel est loin d’être clos, ATT, comme mu par quelques desseins secrets, se lance à corps perdu dans la mise en chantier d’une réforme constitutionnelle dont le moins qu’on puisse dire est qu’il viendra perturber le déroulement normal d’échéances imprescriptibles dont tous les contours ne sont pas maitrisés.

 Contre l’avis d’un nombre important de partis, ce sera la fuite en avant, l’autisme qui feront le lit de la chienlit, si on ne prenait garde. Pendant que la majorité des partis politiques et de la société civile disent halte à la reforme pour se préoccuper d’organisation d’élections transparentes et régulières, ATT leur oppose un mépris souverain. Plus de Quarante partis sûrs de la justesse de leur analyse, de la pertinence et de l’actualité de leur préoccupation refusent de céder, ATT refusera de les recevoir malgré leur vœu exprimé d’un échange franc, direct et sans doute fructueux. Sous la houlette du Pr Younouss Hameye Dicko et de Tiebilé Dramé, ils adressèrent un mémorandum détaillé au Président de la République.

C’est le fruit de travaux intenses ayant abouti à des propositions concrètes et réalistes. Ils tiennent à des élections transparentes et crédibles. C’est pourquoi ils ont demandé au Président à surseoir à la reforme constitutionnelle pour que les efforts puissent être concentrés sur les élections. ATT fidele à sa logique de mise en berne des partis joue à ne leur reconnaitre aucune véritable légitimité à parler de la Nation, quand il n’a pas purement et simplement tenté, par tous les moyens de la fragiliser. Il les détourne de leurs objectifs, il se détourne d’eux et souhaite voir le pays se détourner d’eux ! Le moment semble bien choisi à l’approche de la présidentielle de 2012. Et si la politique du Président, candidat indépendant de 2002, visait à gommer l’opinion selon laquelle les partis politiques sont les véritables acteurs du jeu politique. ATT tente de démontrer, par le jeu politique qu’il a posé, qu’il est plus proche du peuple que les partis politiques et leurs leaders.

 A moins que tout ce scénario, savamment orchestré, ne vise en définitive, qu’à faire le lit à un autre indépendant qui lui succéderait ! Un indépendant pour qui, les partis rendus à sa dévotion, auront été détournés par milles stratagèmes depuis dix ans. Peut-on imaginer un tel schéma ? Un leader politique de répondre, « si un président indépendant (quel que soit l’habillage) succède à un autre indépendant (ATT), ce serait la fin du projet démocratique au Mali ».

B. Daou

 

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