Et si on relisait le coran de Hanane Keita : Une audacieuse tentative de remettre l’islam au cœur de la modernisation et de la démocratie

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Relire le Saint Coran pour permettre à l’islam d’être facteur de progrès et de modernisme, et surtout soustraire les croyants du diktat des interprétations voulues par des Oulémas en leur faveur ! En un mot, il faut revisiter les saintes écritures pour mieux appréhender la pensée divine et le message du Prophète Mohamed (PSL) ! C’est l’audacieuse proposition faite par Hanane Kéita Traoré, une jeune auteure, dans sa seconde œuvre. Une livre qui ne manquera pas sans doute de susciter un débat intéressant à suivre.

 

HananeAudacieuse ! Parce que ce livre paraît au moment où l’intégrisme islamique sévit dans le monde entier, y compris au Mali où les jihadistes ont occupé le septentrion pendant de longs mois en faisant régner la terreur avec des pratiques surannées (lapidation, coups de fouets, mains coupées…) et anti-islam au nom d’une prétendue Charia. Hanane est pourtant claire dans sa conclusion. Son ambition, à travers cette belle œuvre engagée, c’est de «répondre à certaines questions qui se posent à la conscience musulmane moderne». Elle précise : «notre propos n’est pas de porter un jugement en faveur ou à l’encontre des interprétations des Oulémas». Et cela, même si les interprétations de ces derniers ne devront pas constituer «un obstacle qui empêche les musulmans d’aujourd’hui de trouver des solutions aux problèmes de leur temps». Il ne s’agit pas donc d’une remise en question d’une foi religieuse, mais des diverses interprétations volontairement orientées en faveur de certains intérêts et qui empêchent la religion et ses fidèles de progresser. Dans le livre, elle appelle surtout à «une révision, de l’intérieur, des conceptions courantes encore attachées au crédo islamique ; à un renouvellement des interprétations historiques afin d’y intégrer des concepts modernes de démocratie et de droits de l’Homme» ! Ce qui est paradoxal, ce qu’il n’y pas de clergé en islam. C’est la première religion à avoir aboli ce pouvoir clérical. C’est simplement dire qu’il ne saurait donc exister un quelconque «intermédiaire entre l’homme et Dieu». Et ça, beaucoup de fidèles ne le savent pas ou cela leur échappe dans leur quête du salut éternel. Cette considération confère pourtant, selon l’œuvre de Hanane, à tout musulman «le droit de pratiquer un effort interprétatif appelé l’ijtihad ou raisonnement personnel».

 

Une religion loin d’être figée

L’ijtihad, nous révèle le livre, est la relecture du Coran en fonction des exigences de la société d’aujourd’hui. «Son but est de retrouver des solutions à des problèmes qui n’existaient pas auparavant», explique l’auteure de «Femmes sans avenir», son premier roman consacré à la polygamie et aux drames qui y sont liés.  «Et si on relisait le Coran» nous enseigne ainsi que l’islam n’est pas cette religion figée, réfractaire à toute évolution socioculturelle, politique, économique… ou fermée aux débats existentiels. Et cela est d’autant important à savoir que nous ne pouvons pas souvent nous empêcher de nous poser des questions telles : «Pourquoi l’islam est en retard sur sa propre histoire au point que la civilisation globale a pu l’absorber ? Pourquoi les Etats musulmans sont-ils incapables de produire un développement véritable, de quelle que importance que ce soit, et cela à tous les niveaux, scientifique, technologique ou culturelle» ? Pour répondre à ces questions, la talentueuse écrivaine engagée est formelle : «La seule et unique voie pour une sortie de la crise et du drame que vivent les musulmans, depuis la disparition de leur Prophète (PSL), est une nouvelle lecture du Coran basée sur une interprétation et une application du texte selon le contexte actuel… L’essentiel, c’est de rester fidèle aux principes de l’islam tout en tenant compte de l’évolution historique». Vu sous cet angle, l’islam est compatible avec la science, les nouvelles technologies, la philosophie et avec «tout ce qui peut aider l’homme à améliorer son niveau de vie et à se hisser au plus haut degré de connaissance et de savoir». La jeune auteure nous rappelle d’ailleurs, et à juste titre, que le Livre Saint (Coran) est à l’origine de beaucoup de découvertes scientifiques modernes. Autant dire que, insérant dans leur pratique religieuse des valeurs de la modernité, «les musulmans se donnent une haute ambition, une ambition universelle». Et comme le disait Averroès, appelé aussi Ibn Ruchd (médecin/mathématicien qui vécut en Cordoue, Andalousie/Espagne de 1126-1198), «La vérité (la révélation) ne peut contredire la sagesse (philosophie) ; au contraire, elles doivent être en accord l’une avec l’autre et se soutenir mutuellement».

 

La vraie démocratie, une exigence pour se hisser dans le concert des nations

Comme à l’époque de ce libre penseur, l’islam est aujourd’hui de plus en plus une religion «confisquée par les ignorants et les intégristes». Ce qui est fort dommage pour une religion qui se veut «universelle», donc ouverte au dialogue et aux échanges. Oui, Hanane défend à juste titre que «l’islam est une religion vivante. Il faut inscrire la réflexion sur la pensée islamique, dans une perspective moderne afin que les musulmans puissent se réinsérer dans l’histoire et accéder à l’universel». Dans cette seconde œuvre, Hanane Kéita aborde aussi de nombreux thèmes comme la démocratie. Pour elle, «les nations musulmanes ne pourront jamais égaler les autres tant qu’elles ne se donneront pas des objectifs élevés, à accomplir au niveau de la gouvernance démocratique qui est l’une des valeurs de la modernité». La plus «Egyptienne» des écrivaines maliennes définit la démocratie comme l’ensemble de ces «valeurs universelles» avec des «racines qui gisent dans la conscience de l’homme». Ainsi, ce système ne se limite pas seulement aux partis politiques et aux syndicats indépendants, à la liberté d’expression… Mais, il intègre aussi le respect de la vie, de la dignité et le refus de la souffrance humaine. Et, «la vraie démocratie n’existe pas dans la plupart des pays africains parce qu’ils n’en ont adopté que la forme superficielle, plus facile à emprunter que les bases essentielles qui en sont les fondements», déplore la très engagée Hanane Kéita Traoré.  Cette œuvre de moins de 100 pages (75), qu’on a tendance à lire d’un trait tant il est intéressant, est divisée en dix parties afin de faciliter sa compréhension. «Islam, patrimoine et culture de synthèse» ; «Le droit à la réforme ou l’Ijtihad» ; «Réconcilier l’islam et la science moderne» ; «La question de la femme en Islam» ; «Imams et prêcheurs» ; «Islam et législation»… sont, entre autres, questions abordées dans ce livre comportant aussi un glossaire pour mieux comprendre certains mots et expressions d’origines arabes.

 

Perpétuation d’une quête familiale

Ce livre a valeur de document précieux sur la théologie car les prises de positions sont bien argumentées avec des sourates citées ou d’autres sources écrites comme référence. La justesse des propos et des idées avancées n’est d’ailleurs pas surprenante de la part de cette native d’Egypte. La quête de la foi est une tradition voire un héritage familial qu’elle se bat aujourd’hui pour perpétuer. «Mon amour pour l’islam est né en même temps que je grandissais, à l’ombre de mon père». Un Papa, Salia Kéita, qui a quitté son Kiniéro natal (Mandé) pour se retrouver en Egypte afin de mieux découvrir le monde et surtout pour parfaire sa maîtrise du livre sacré. Une quête spirituelle qui le conduisit à Bamako, Ségou, Sinzani (Markala) puis en Egypte où il arriva à pied en 1940 après avoir traversé le Tchad et le Soudan. Et grâce à la politique de formation universitaire initiée par le Roi Farouk (1937-1952) à l’intention des immigrants africains, il fut admis à l’Université Al Azhar du Caire. C’est ainsi que ce descendant d’une lignée d’empereurs Malinkés, dont le très célèbre Kankou Moussa, fut «le premier Malien à décrocher un diplôme en sciences religieuses de cette prestigieuse université». Pour l’héritière de cette perpétuelle quête spirituelle, ce n’est pas le «hasard qui a conduit les pas de Salia Kéita à Al Azhar, mais le destin. Un destin qui l’a propulsé dans le sillage de ses prestigieux ancêtres, ces empereurs et érudits malinkés, issus du même terroir, mais à quelques siècles d’intervalle». Et Hanane est déterminée à reprendre ce noble flambeau en le hissant plus haut. Certes, le sujet abordé dans le bouquin n’est pas nouveau. Mais l’œuvre de Hanane Kéita Traoré est une immense contribution à ce débat intéressant entre réformistes et conservateurs. Et tôt où tard, il faudra se faire des concessions pour que l’islam puisse continuer à survivre en drainant du monde sur tous les continents sans que cela ne suscite crainte et stigmatisation comme c’est aujourd’hui le cas dans le monde occidental.

 

Un thème d’actualité

Le livre est d’actualité car publié au moment où les fidèles croyants traversent des moments difficiles en ce début du 21ème siècle. Des moments de doute spirituel à cause «des violences politiques, sociales et culturelles. D’où la nécessité de l’émergence d’une nouvelle pensée islamique. Une pensée axée sur l’ouverture, la critique et non l’orthodoxie…». Cela est d’autant nécessaire que l’auteure, comme beaucoup de jeunes, est convaincue que, une fois purifiée de ses éléments rétrogrades, l’islam sera cette religion «adaptée aux nécessiteux de l’époque». Cette œuvre est donc la contribution de Hanane à cette indispensable modernisation de la pensée islamique. Et elle se devait d’y contribuer d’autant qu’elle a toujours nourri la conviction que «le Coran est une révélation divine que nous n’avons pas le droit d’abandonner à l’irresponsabilité, à l’inconscience et aux caprices des uns et des autres. Il ne faut pas surtout laisser le Coran aux seuls théologiens qui sont incapables d’insuffler un sang nouveau à l’islam». Comme beaucoup de jeunes intellectuels, l’écrivaine engagée essaye d’éveiller les consciences en rappelant que les religieux ont «confisqué le Coran» afin de «garder un pouvoir sur la société», d’en faire un instrument de «domination politique». Pour donner à l’islam un visage rassurant dans le monde, nous devons nous battre contre ce «totalitarisme intellectuel» qui est sans doute l’une des sources auxquelles se nourrit l’intégrisme.

 

La nécessaire prise de conscience pour neutraliser le poison de la foi : l’intégrisme !

Aujourd’hui, il est plus que jamais nécessaire que les musulmans prennent conscience que les temps ont changé et que la justice d’un siècle n’est pas forcément celle de tous les siècles. Un extrémisme qui ne s’attaque jamais à l’origine des problèmes. Pour l’écrivaine et l’interprète, «l’intégrisme est le cancer de toute religion. La meilleure façon de vaincre cette maladie mortelle, c’est de soumettre le plus grand nombre  de citoyens à un enseignement de l’islam fondé sur une lecture éclairée». La bataille mérite d’être menée quand on connaît l’apport de notre religion à la civilisation universelle, aux progrès du monde à une époque donnée. Et son apport à l’humanisation de notre société peut être toujours crucial lorsqu’elle n’est pas victime d’un repli dogmatique qui l’empêche de progresser. Comme Hanane, nous sommes convaincus que «la modernité sans le sacré ne pourra jamais seule rendre à notre existence son caractère sublime. Une interprétation éclairée du Coran peut nous aider à surmonter les sentiments de désordre intérieur. L’islam peut communiquer ses valeurs à cette civilisation qui traverse une crise d’humanisme et le Coran peut aider considérablement à revaloriser l’image que nous avons de nous-mêmes». Et pour ce faire, il faut avoir le courage et surtout l’audace de relire le Saint de Coran, de sortir du diktat des Oulémas pour donner un souffle nouveau à la pensée islamique et lui redonner ainsi son universalité !

Moussa BOLLY

Journaliste/Critique

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3 COMMENTAIRES

  1. Bon vent à Mme TRAORE HANANE KEITA d’avoir gratifier les musulmans du moins l’humanité de cet autre livre enrichissant pour le progrès de l’islam et sa saine compréhension. Chacun de nous doit chercher à explorer ce livre , ô combien de fois bénéfique , écrit par une visionnaire !

  2. Merci ma belle, le coran dit qu’il est un Banquet, il ya tout dedans donc demande aux gens de chercher çà connaître le coran qui est une parole divine le coran parle des trois temps qui compose le temps à savoir le passé le présent et le future, vraiment ne donne pas l’occasion aux Antis musulmans de nous manquent de respect en nous méprisant de grâce chercher à comprendre la parole de Dieu et sa ne peut jamais être dépasser par le temps car c’est la parole du créateur du temps qui parle dedans ok; ces créateurs de démocratie ke tu parle on traduit le coran en leur langues Anglais pour faire lois de société, ces des gens complexes comme toi qui nous dénigre; il ne s’agit pas d’avoir le sang d’Égypte et connaître tous va apprendre le coran encore ma belle ! le coran parle de ma meilleur conduite de l’Homme sur cette terre donc ne nous distrait pas dit autres chose !

  3. Je suis d’accord avec Hanane KEITA!Comment comprendre que les distances dans la religion musulmane sont encore estimées en “nombre de jours de marche à pied ou à dos de chameau…”, dans un monde où un
    jet peut parcourir les 2 jours de marche à pied en 2 minutes? 🙄

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