FĂŞte de Tabaski : Le blues des mendiantes

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Elles arpentent les rues, accostent les voitures pour pouvoir offrir ce jour-lĂ  un peu de bonheur Ă  leurs enfants.

« Je ne sais point que faire pour faire face à mes dépenses récurrentes encore moins m’acheter un mouton de fête. La veuve que je suis, ne peut plus mentir à ses enfants. Chaque année depuis 5 ans je redoute ce mois plus que tout. Qui veut bien aider une femme en détresse comme moi ? ». Tels sont les propos qu’une endiante assise au bord du trottoir de l’avenue du Mali ne cessait de ressasser aux passants qui empruntaient cette voie mercredi. La quinquagénaire implorait ainsi les bonnes volontés pour pouvoir se procurer un mouton pour la Tabaski. Elle était pitoyable et se faufilait entre les voitures sans se rendre même compte qu’elle risque de se faire renverser ou provoquer un accident qui peut lui coûter la vie. Le mouton tant convoité est un luxe voire un rêve pour nombre de Maliens. Les enfants de parents démunis comme cette mendiante éprouvent d’énormes difficultés pour s’offrir des habits neufs et autres accessoires pour la fête. Ils demandent d’abord à manger à leur faim. Pourtant la majorité des défavorisés sont obligés de faire du porte-à-porte le jour de la fête pour avoir de quoi manger comme les mendiants et leurs enfants qui arpentent les grandes artères de la capitale pour se procurer de quoi faire la fête. Dans cette guerre pour la survie cependant chacun a sa stratégie. Certains choisissent les devantures des mosquées, pendant que d’autres préfèrent arpenter tout simplement les rues. Mme Diarra Oumou et une dizaine d’autres femmes ont jeté leur dévolu sur le long de cette avenue à la quête de leur pitance. Elle avoue que depuis 3 ans que ses enfants de 8 à 15 ans se contentent des vieux habits offerts par leurs voisins pour la fête. « Depuis le décès de leur père, mes pauvres gosses n’ont pas eu la chance de porter un habit neuf même pas pour la fête. Cette année le benjamin, me fatigue un peu. Il ne comprend pas pourquoi tout le monde dans notre quartier a un mouton sauf nous » explique- t-elle. Ce petit garçon de 8 ans, aurait suggéré à sa maman de faire tout son possible pour que la famille puisse avoir au moins un mouton et ne pas avoir à attendre des autres. Depuis la pauvre s’est jetée corps et âme à la rue pour se procurer le fameux bélier Elles sont nombreuses les familles dans cette situation dans notre pays. Ce qui est frustrant pour ces milliers de personnes c’est que la pression psychologique est très grande. Ces parents sont partagés entre la honte et le désespoir en cette période de fête. La tabaski, au-delà de son caractère religieux est devenue par la force des choses un événement hautement social pour lequel de nombreux musulmans s’endettent à tort.

PARTAGE ET GENEROSITE. La fête de Tabaski est synonyme de partage et de générosité envers les pauvres et les nécessiteux. Malgré les stratégies mises en place par certaines ONG et associations humanitaires plusieurs mendiantes sont obligées de quémander pour avoir juste un peu de viande pour leurs enfants. Quelle perception ont-elles de la fête de Tabaski ? Comment font-elles face aux dépenses ? Pour Mme Oumou la fête n’est pas pour les pauvres. « Tous les jours se suivent et se ressemblent pour nous. Des défavorisés comme nous ne pouvons pas se permettre de penser à la fête. Si l’on ne sort pas pour aller quémander on risque de ne pas manger », lance-t-elle. En cette veille de Tabaski où la capitale est en proie à la fièvre des préparatifs, le spleen de cette mendiante décuple. Elle maudit sa condition de miséreux qui lui rappelle la fête du mouton. Dans un réflexe de révolte cette mère de 3 enfants s’énerve : « Comment pouvez-vous croire que nous sommes concernés par la Tabaski ? Quand on est incapable d’assurer un seul repas de la journée, pense-t-on à la Tabaski avec son cortège de dépenses ? Cela fait exactement 5 bonnes années que mes enfants et moi n’avions pas droit au luxe d’égorger un mouton le jour de la Tabaski ». Assise au bord de la route entourée de ses jumeaux, Djenèba partage cet avis de sa compagne de galère. Notre interlocutrice à une mine soucieuse, bien que musulmane, elle a oublié qu’il y a une fête dénommée Tabaski. « La misère associée à la cherté de la vie exclut encore davantage les défavorisés que nous sommes. Pour nous tous les jours se valent. Notre existence se confond avec la misère », lâche-t-elle. Au moment où certains exposent fièrement de beaux béliers à la devanture de leurs maisons l’horizon ces mendiantes comme M.C attendent dans une sorte d’indifférence la Tabaski. Elle raconte qu’elle ne se souvient plus le nombre d’années qu’elle a passé sans le mouton de la Tabaski. Elle avoue par contre que ce n’est pas l’envie qui manque. « Ma famille et moi aimerions tellement immoler un mouton comme tout le monde, malheureusement nous n’en avons pas les moyens. Grace à la solidarité agissante des voisins qui nous offrent de la viande nous préparons un repas copieux » explique t-elle la mine défaite. Une autre mendiante que nous avons rencontrée indique qu’elle fait le tour de la ville depuis trois ans pour pouvoir déguster avec ses enfants la viande le jour de la fête. Au cours de sa ronde des bonnes volontés lui offrent de la viande et des condiments. « Voilà comment moi je passe la fête de Tabaski. Je ne sais pas comment je peux la voir autrement. Car ce n’est pas parce que c’est la fête que nous les mendiantes et notre famille mangerons à notre faim. Bien au contraire. C’est le jour où nous et nos enfants sommes le plus marginalisés, plus déprimés et frustrés » dit-elle, triste. Elle ajoute que la viande qu’on leur offre est très souvent de mauvaise qualité donc on ne peut pas faire grand chose avec. Dans un pays comme le nôtre dont l’une des valeurs principales est l’entraide et la solidarité l’on doit avoir plus d’égard pour ces dames et leurs enfants en cette veille de la fête du mouton. Qui est aussi fondée sur le partage et la solidarité.

ATTENTION LES ENFANTS !

Notre pays célèbre dimanche, l’Aïd-el-Kebir appelé fête de mouton. Ce jour-là, les mendiants occasionnels envahissent les rues de la capitale. Des enfants entre 3 à 16 ans passent de maison en maison pour souhaiter à leurs proches et voisins du quartier bonne fête. Ils récitent avec talent la litanie du « Sambé-Sambé » en espérant recevoir des pièces pour les remercier des bénédictions bien apprises par cœur. Par ce geste les enfants respectent une tradition ancrée dans notre société. C’est aussi le jour où de nombreux enfants s’égarent dans la cohue. Un grand nombre de ces « disparus » de la Tabaski sont accueillis dans les commissariats. Souvent certaines disparitions tournent au drame comme ce fut le cas du petit Souleymane Camara de N’Golonina. Cette histoire a fait la Une des journaux il y a quelques années. Le petit Souleymane a disparu le jour de fête et est retrouvé mort quelques jours plus tard. Malgré ce tragique incident il n’est pas rare de voir des tout-petits enfants de 2 ans se balader avec ses aînés qui ne peuvent pas s’occuper d’eux convenablement.

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