Restaurants en plein air Quand les règles d’hygiène laissent à désirer

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La question de l’hygiène alimentaire demeure un véritable casse-tête dans la « Cité des trois caïmans » (Bamako).  Les mets (repas) sont mis en consommation, voire consommés sans aucun respect des règles d’hygiène les plus élémentaires, et cela, au vu et au su de tous. Les autorités chargées de la sécurité alimentaire ne semblent ne pas trop s’occuper de la question, au grand dam des populations.

On a l’impression que ces « restaurants » situés aux abords de nos voies sont issus d’une autre époque. Il faut manger vite et partir vite : on ne sait jamais. Ici, on sert des plats de toutes sortes qu’on consomme sous le bruit des véhicules, la poussière et les points d’ordures. Pourtant, les clients  sont toujours de plus en plus nombreux à s’y restaurer midi, soir et même la nuit. Les tarifs très attractifs de ces « restos du cœur » charrient chaque jour de nouveaux clients. Auparavant, ces lieux étaient bondés de charretiers, de porteurs de bagages et autres commençants ambulants. Aujourd’hui, la restauration « fast food » (nourriture rapide) attire des consommateurs de tout genre : stagiaires d’entreprise, cadres, apprentis Sotrama, chauffeurs de taxi…, bref toutes les couches sociales s’y précipitent pour se restaurer à moindre frais. Ces restaurants ont pignon sur rue dans les quartiers de Bamako. En effet, sans eux, comment pourrait se nourrir ce nombre incalculable de citadins sans le sou?

A la gare routière de Sogoniko

Assa et Saran gagnent leur vie en improvisant, chaque midi, un restaurant de rue aux alentours d’une compagnie de la place qui dessert les villes de Ségou et Sikasso. Elles nourrissent en moyenne 100 clients en proposant de petits plats de riz et « d’attiéké » à 150, 200 et 300 FCFA. Les sauces sont connues des habitués : sauce arachides, sauce « nandji », sauce feuilles ou tomate avec du poisson ou de la viande.  «  Ce n’est pas parce que la nourriture est moins chère qu’elle est de mauvaise qualité. Si vous ne faites pas bien la cuisine, vous perdez vos clients. C’est vrai qu’avec ce qu’on gagne, tout n’est pas donné sur le marché au niveau des denrées. Mais on joue sur la quantité en fonction de la bourse du client », souligne Saran. Assa et Saran avaient quitté la Côte d’Ivoire suite à sa crise postélectorale. Tous les jours, elles se lèvent à 6 h du matin et finissent de cuisiner à 11 h. C’est dire que les plats sont servis  fumants au resto. Généralement, elles finissent le service à 13h ou entre 16 et 17h quand les clients se font désirer. Dans ce cas, il faudra réchauffer les plats. La plupart des clients semblent satisfaits.  » La majorité des femmes chez lesquelles je mange font bien la cuisine : si c’est mauvais, personne ne viendrait, je pense ! Le seul problème, c’est la proximité de la route avec la poussière et les mouches, à cause des ordures de la gare routière »,  soutient  Abasse, un diplômé sans emploi.

« Monsieur, regardez vous-même » !

Contrairement aux habitués des restos de rue, certains trouvent qu’il est difficile de s’arrêter devant ces plats, encore moins les manger. La qualité et surtout le manque d’hygiène découragent les estomacs les plus affamés.  » Monsieur, regardez vous-même. Ce n’est pas possible de manger ici ! », s’indigne Kassim (un convoyeur burkinabé) en nous montrant une poubelle). Selon lui, les autorités doivent interdire ces restaurants de rue, mais, les professionnels de la santé, eux, préfèrent garder le silence.  «  Les restaurants de rue rendent d’énormes services aux consommateurs. Mais je pense qu’il faut penser d’abord à la santé. La proximité des bouches d’évacuation, caniveaux et poubelles est dangereuse pour le client car les mouches sont de puissants vecteurs de maladies typhiques», soutient  Affou, une infirmière nutritionniste. La restauratrice Saran entend bien toutes ces critiques, mais elle demande aussi à être entendue : «  Ce n’est pas de gaieté de cœur que nous vendons à manger au bord de cette route. Mais que pouvons- nous faire ? Pour éviter de mettre nos clients en danger, nous couvrons nos plats et maintenons nos espaces propres ».

«Il faut vivre pour manger et non manger pour vivre», dit-on. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’il faut manger tout ce qui s’offre à nous. Pourtant, il n’est pas rare de voir des vendeuses de pain, de beignet et autres exposer leurs marchandises à l’air libre et sans couverture.  Ce qui rend malades ceux qui en consomment. Une veille permanente de la Police sanitaire et des organisations de défense de consommateurs et autres structures impliquées permettrait d’éviter les désagréments liés à ce manque d’hygiène. La santé n’a pas de prix, mais un coût. Alors prudence !!!

    Paul N’guessan

 

 

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sambou<span class="wpdiscuz-comment-count"><i class="fa fa-commenting"></i> 1039</span>
Membre
sambou 1039
4 années 7 mois plus tôt

Paul N’guessan, “Quand la nécessité s’impose, le vouloir s’incline”.Il
ne plait à personne de manger près d’un tas d’ordure mais quand on a à choisir entre manger dans ces conditions ou rester comme ça…. 😉

kbk<span class="wpdiscuz-comment-count"><i class="fa fa-commenting"></i> 29</span>
Membre
kbk 29
4 années 7 mois plus tôt

Et que dites vous de ce spectacle d’hommes et de femmes, très certainement affamés, qui prennent leur quartier sur la table d’une vendeuse de brochettes et autres nourritures en s’abritant à l’ombre des citernes de vidange (Spiros)garés en face de la mairie de Sogoniko. Faites y donc un tour pour voir! Ceux de la gare contrairement mangent dans un 5 étoiles.

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