Nicolas Normand, ancien ambassadeur de France au Mali : « L’accord d’Alger entre Bamako et les rebelles armés a créé plus de problèmes qu’il n’en a réglés »

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Pour Nicolas Normand Nicolas Normand, ministre plénipotentiaire honoraire, ancien ambassadeur de France au Mali, au Congo et au Sénégal, auteur du Grand Livre de l’Afrique, « il est urgent de réviser le compromis signé en 2015 », dans une tribune publiée dans Le Monde, 9 juillet 2020.

Tribune. Depuis plus de sept ans, l’armée française combat au Mali des bandes djihadistes qui contrôlaient le nord du pays en 2012. Et voici cinq ans qu’un accord issu d’une négociation à Alger avec une partie des groupes armés est censé ramener la sécurité dans la région avec l’appui de trois forces : les 12 000 casques bleus des Nations unies, les 5 100 hommes de la force offensive française « Barkhane », et la Force conjointe du G5 Sahel d’environ 5 000 soldats africains. Cependant, la situation n’a cessé d’empirer, l’insécurité s’étant même étendue à de nouveaux territoires. Il y a de quoi s’interroger sur les remèdes apportés.

Pourquoi l’accord de 2015, toujours en cours d’application, n’a-t-il pas ramené « la paix et la réconciliation au Mali », comme le promettait son intitulé ? Est-ce le résultat d’une inadéquation profonde entre les méthodes militaires et l’aide apportée ? La gouvernance locale est-elle en cause ? Ou est-ce l’accord lui-même qui pose problème ?

L’idée reçue est qu’une application plus volontariste, par Bamako, du compromis signé en 2015 améliorerait grandement la situation. C’est même devenu une idée fixe de la diplomatie française et onusienne, d’autant que sa mise en oeuvre accuse de nombreux retards. Pourtant, il devient de plus en plus évident, comme nous allons le préciser, que l’accord crée plus de problèmes qu’il n’en a réglés.

« Syndicalisme de la kalachnikov »

Pour commencer, le texte prévoit que les groupes armés signataires, placés au même niveau que le gouvernement, bénéficient d’une impunité totale, malgré leur rebellion et les exactions commises. Cette disposition a encouragé les autres

factions touareg restées loyales à l’Etat malien et les communautés non touareg à se venger, en se faisant justice elles-mêmes.

L’impunité s’est également doublée d’avantages divers, et notamment la nomination à des postes de dirigeants et à des promesses d’intégration dans la fonction publique. Ce « syndicalisme de la kalachnikov » a fait des jaloux. Peuls et Songhaï, majoritaires, ont compris qu’ils avaient tout intérêt à prendre les armes pour obtenir des gratifications dans une région de chômage de masse.

Mais un autre facteur a considérablement alimenté l’insécurité : le désarmement différé des groupes signataires. Prévu comme l’aboutissement final d’un interminable marchandage, il a favorisé l’apparition, au nom de l’autodéfense, de nombreuses milices tribales ou ethniques, en plus des milices touareg. Certaines se sont rapprochées des djihadistes pour se procurer des armes, d’autres simplement pour se protéger et parce que des raisons de solidarité communautaire pèsent plus que la distinction occidentale « laïcs-djihadistes ».

La situation est d’autant plus problématique que l’accord d’Alger ne traite pas, pour l’avenir, les causes véritables de la rébellion du nord. A l’origine de la révolte de 2012, il y a l’opposition entre des Touareg nobles Ifoghas et le « tiers Etat » des Touareg tributaires, les Imghads. Le séparatisme des premiers résulte de la remise en question de leur autorité par les seconds. La démocratisation du Mali donne en effet progressivement le pouvoir aux Imghads majoritaires. Le séparatisme des Ifoghas, visait à maintenir leur pouvoir féodal et des trafics divers. En réaction, les Imghads, vassaux, ont formé leur propre groupe armé pro-Bamako. Une majorité de Touareg s’est déclarée loyaliste.

Le compromis de 2015 a accordé des faveurs majeures aux leaders de groupes rebelles dont la seule légitimité est la détention d’armes. Selon l’ancien premier ministre du Mali, Moussa Mara, « l’une des conséquences de ces faveurs s’illustre dans l’exclusion de fait des autres composantes des sociétés civiles du nord et l’acceptation de la caporalisation de celles-ci par les groupes armés. On encourage ainsi la détention d’armes comme seul critère de représentativité… Nous avons progressivement mis les cinq régions du nord sous la coupe des groupes armés. Ceux-ci parviennent ainsi à obtenir pacifiquement ce qu’ils n’ont pu conquérir par la force. »

Avantages indus aux milices

Par ailleurs, l’opération « Serval », qui cherchait des alliés sur le terrain en 2013 pour combattre les djihadistes, s’est appuyée sur la milice des Ifoghas. En soutenant ainsi les séparatistes armés et en leur offrant même la ville de Kidal, au grand dam de Bamako, les Français ont commis une erreur lourde de conséquences et suscité l’indignation des populations maliennes qui suspecte

désormais Paris de favoriser la partition du Mali. L’occasion a été manquée par la France en 2013 de désarmer ou de neutraliser tous les groupes armés sans distinction pour faire respecter le monopole de la force par un Etat démocratique. Il aurait alors fallu aussi traiter les doléances spécifiques des Ifoghas (leur reconnaître certains privilèges) ainsi que les droits du « tiers Etat », c’est-à-dire des Imghads et des anciens esclaves Bella.

Enfin, le pari de l’accord d’Alger était d’ignorer les groupes djihadistes, espérant les marginaliser, et de considérer les seuls séparatistes comme des interlocuteurs politiques. Il aurait pourtant fallu traiter le cas particulier d’Iyad Ag-Ghali, qui n’était pas encore le chef terroriste irrécupérable qu’il est devenu. Il était naïf d’ignorer son pouvoir chez les Ifoghas, dont le groupe dominant est devenu le Haut Conseil de l’unité de l’Azawad (HCUA), islamiste, sorte de branche politique de l’ancien mouvement terroriste Ansar Eddine d’Iyad.

Les erreurs se paient cher. Aujourd’hui, personne n’a réellement intérêt à l’application complète de l’accord d’Alger. Les groupes armés n’ont rien à gagner à un désarmement et à des élections libres qui entérineraient leur disparition comme minoritaires armés. Quant aux autorités maliennes, elles ont au moins quatre raisons de laisser traîner : l’impopularité d’un compromis qui accorde des avantages indus aux milices, le cessez-le-feu déjà obtenu vis-à-vis de l’armée nationale, l’objection de l’armée professionnelle à intégrer les ex-rebelles qu’elle considère comme des traîtres et enfin la reconnaissance d’une partition du pays.

Il est donc urgent de réviser l’accord signé en 2015 en redonnant la primauté à l’Etat, en associant les diverses composantes de la nation malienne, sans pression extérieure d’acteurs bien intentionnés mais ignorant la complexité locale.

Nicolas Normand, ministre plénipotentiaire honoraire, ancien ambassadeur de France au Mali, au Congo et au Sénégal, auteur du Grand Livre de l’Afrique, Eyrolles, 201

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6 COMMENTAIRES

  1. Le compromis de 2015 a accordé des faveurs majeures aux leaders de groupes rebelles dont la seule légitimité est la détention d’armes. Selon l’ancien premier ministre du Mali, Moussa Mara, « l’une des conséquences de ces faveurs s’illustre dans l’exclusion de fait des autres composantes des sociétés civiles du nord et l’acceptation de la caporalisation de celles-ci par les groupes armés. On encourage ainsi la détention d’armes comme seul critère de représentativité… Nous avons progressivement mis les cinq régions du nord sous la coupe des groupes armés. Ceux-ci parviennent ainsi à obtenir pacifiquement ce qu’ils n’ont pu conquérir par la force. »

    Il est urgent de trouver une solution a tout ça avant que les jeunes de Bamako (Médina coura Missira Bagadadji quinzambougou banconi sikoroni bamako coura bolibana hamdallaye badialan lafiabougou badala bougou maganambougou etc… ne fassent bloc et trouvent les moyens de s’approvisionner aux armes; ils ont plus de raison que les ressortissants du nord et sont plus dangereux et plus déterminés que tous les groupes armés et djihadistes réunis.

  2. L’historique de l’intervention française ne confirme pas que “l’opération SERVAL qui cherchait des alliés sur le terrain en 2013 pour combattre les jihadistes s’est appuyée sur la milice des ifoghas”
    L’INTERVENTION FRANÇAISE NE DATE PAS DE L’OPÉRATION SERVAL, MAIS DU MASSACRE D’AGUEL’HOC EN JANVIER 2O12.
    Il faut rappeler à l’ambassadeur que le MNLA est une création de la France.
    Le MNLA s’est associé aux jihadistes alliés de IYAD AG GHALI pour attaquer le camp d’aguel’hoc.
    Pour maîtriser ce camp, constatant l’héroïsme du chef de camp le capitaine BAD et ses éléments,une stratègie consistant à empêcher tout renfort afin que les éléments n’aient plus de munitions pour résister à été établie.
    DES CHEFS MILITAIRES TOUAREGS ONT CONFIRMÉ LA STRATÉGIE QUI EXPLIQUE LA PRISE D’AGUEL’HOC.
    Nous avons tous accusé ATT d’abandonner les éléments d’aguel’hoc,mais la réalité est qu’il a été trahi par ses propres chefs militaires.
    Le service de renseignement français était dans les parages.
    ATT a commis la même erreur que MODIBO KEITA c’est à dire envoyé ses hommes de confiance combattre au Nord facilitant le coup de force des SANOGO.
    MODIBO KEITA AUSSI AVAIT ENVOYÉ LES DIBI DIARRA,SES HOMMES DE CONFIANCE,AU NORD PERMETTANT AUX ALLIÉS MILITAIRES FRANÇAIS D’AGIR QUE SONT MOUSSA TRAORÉ ET SES CAMARADES.
    N’a t’on pas profité de cette erreur quand on sait que les éléments envoyés pour maitriser la mutinerie à kati n’ont pas exécuté l’instruction du président ATT afin de faciliter la déstabilisation du pouvoir central?
    LE COUP D’ÉTAT A FACILITÉ LE TRAVAIL DES ALLIÉS FRANÇAIS JIHADO-SEPARATISTES.
    Le plan initial était de renforcer les séparatistes à travers le Qatar face à l’ARMEE MALIENNE afin de rester indéboulonnable pour ensuite demander l’indépendance que va soutenir la France au conseil de sécurité de l’ONU.
    IYAD AG GHALI était contre.
    Il a chassé les éléments du MNLA pour ensuite se diriger à Bamako croyant pouvoir prendre le pouvoir afin d’établir la charia.
    C’est là l’ARMEE FRANÇAISE est intervenue pour aller installer le MNLA à kidal,pas pour libérer le Mali des jihadistes car elle a contribué à les installer.
    De 2013 à aujourd’hui l’attitude des autorités politiques françaises a consisté à affaiblir l’ARMEE MALIENNE au profit des séparatistes.
    L’ACCORD D’ALGER A CODIFIÉ CE CHOIX.
    Il est la manifestation de la volonté de l’État français de s’implanter au Nord du Mali.
    C’est la résistance du peuple malien qui empêche son application.
    L’État du Mali n’a qu’un seul ennemi L’ÉTAT FRANÇAIS.
    Il a suscité l’insécurité qu’on vit actuellement.
    Il peut y mettre fin aussi.
    Redonner la PRIMAUTÉ À L’ÉTAT est tellement naturel que son absence confirme le complot contre notre pays.
    Que la France finisse par privilégier l’État du Mali est le signe qu’elle a échoué à diviser le Mali.
    Elle le fera que si le peuple arrive à dégager IBK.
    Depuis le 5 juin ce processus est en cours.
    OSER LUTTER,C’EST OSER VAINCRE!
    La lutte continue.

  3. “Par ailleurs, l’opération « Serval », qui cherchait des alliés sur le terrain en 2013 pour combattre les djihadistes, s’est appuyée sur la milice des Ifoghas. En soutenant ainsi les séparatistes armés et en leur offrant même la ville de Kidal, au grand dam de Bamako, les Français ont commis une erreur lourde de conséquences et suscité l’indignation des populations maliennes qui suspecte”

    1. Arrêtez de prendre des franSSais pour des enfants …. Ces gens font la guerre depuis des siècles et des siècles : des guerres de 10 ans, 30 ans, 100 ans …
    Les franSSais très bien ce qu’ils ont fait en offrant la ville de kidal aux rebelles racistes touaregs, qui étaient battus et anéantis et protégés au Burkina par Blaise ba Bien …

    2. Le problème , ce sont nos dirigeants qui continuent décennies après décennies, à se soumettre à la franSS et sa suBprmeaSSie blanche !!!

    Nous avons dit que : laisser entrer l’armée franSSaise dans notre pays est la plus grosse erreur des politichiens vendus depuis 90

    La solution : se prendre en mains (cela fait des années que je le dis ici, mais les maliens nègres cons se moquaient de nous, maintenant ils comprennent.
    Le mali ainsi que les autres pays doivent
    -virer l’armée franSSaise
    -dégager la monnaie de merde blanche fransSaise : le franc des KKKolonies franSSaises d’afrique
    -arrêter avec la franKKKofolie de merde

    Même si on vire ibkon et sa famille d’abord… il faut degager la franSS !!!
    Aucun pays ne se developpe dans la soumission et l’esclavage !!!

  4. Under Malian constitution of existence at time agreement was made agreement is illegal plus now void. Agreement was exercise in treating stupid rebels like stupids they are. Nothing more. It is time Malian government cease this costly plus unproductive charade plus give that attention to ongoing sometimes murderous crisis that should not exist.
    Henry Author Price Jr aka Kankan

  5. Merci Nicolas encore et encore du courage car vous dites haut ce que les autorités maliennes n arriveront jamais a dire. Que des flemmards la peur de perdre une place fera que le pays risque de disparaitre.

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