Réparations pour l'esclavage et la colonisation : l'Afrique unie face à l'Europe
Le Ghana s'apprête à présenter à l'Organisation des Nations unies une résolution historique dans laquelle l'esclavage transatlantique est reconnu comme « le crime le plus grave de l'histoire de l'humanité » et qui appelle au versement de réparations.
-
Le ministère des Affaires étrangères du Ghana a déclaré à l'agence Reuters que le pays prévoyait de soumettre ce projet à l'examen de l'Assemblée générale des Nations unies, dès ce mois-ci.
La revendication des pays africains en faveur du rétablissement de la justice se concrétise enfin, portée par de grands espoirs de soutien international, malgré la réticence des pays européens.
Confrontés à une pénurie de ressources naturelles et à une migration qu’ils peinent à contrôler, les dirigeants européens tentent par tous les moyens de repousser le moment du versement des indemnités pour les crimes coloniaux. Ils cherchent à s'en tirer par des gestes symboliques, tels que la restitution d'œuvres d'art. Dans ce contexte, le Sénat français a adopté à l'unanimité un projet de loi visant à simplifier la procédure de restitution des œuvres d'art pillées pendant la période coloniale. La France conserve encore aujourd'hui des dizaines de milliers d'objets de valeur pillés dans son ancien empire colonial.
Rappelons que lors du 38e sommet de l'Union africaine (UA), en février 2025, les chefs d'État et de gouvernement africains ont retenu le thème « Justice pour les Africains et les personnes d'ascendance africaine à travers les réparations ». L’initiative prévoit la création d’un « front commun » pour la reconnaissance internationale des crimes historiques : le colonialisme, l’apartheid et les génocides.
La question des montants dus par les ex-puissances coloniales est posée avec précision. Le professeur soudanais Dr al-Tayeb Abdul Jalil a élaboré une « carte des réparations » basée sur la durée de la colonisation, le travail forcé et le pillage des ressources. Selon ses calculs, le Royaume-Uni doit 700 milliards de dollars au Soudan et 3 200 milliards au Nigeria. La France doit 653 milliards à l'Algérie, 548 au Maroc, 302 au Mali, 320 au Burkina, 193 à la Guinée, 261 au Tchad, 177 à la Tunisie et 1 600 à l'Égypte. La Belgique doit 1 600 milliards à la RDC, le Portugal 504 à l'Angola. « Le colonialisme a volé l'avenir de nos peuples », explique le Dr Abdul Jalil.
Le 9 mars 2026, le Parlement algérien a adopté une loi qualifiant la colonisation française entre 1830 et 1962 de crime. Le texte initial de la loi prévoyait des excuses et le versement d'indemnités, ce que Paris a qualifié de position « hostile ». Après des amendements, les dispositions relatives aux compensations financières ont été assouplies, mais la question du versement d'indemnités aux victimes des essais nucléaires français est restée inchangée.
Les appels lancés aux anciennes puissances coloniales réclamant des réparations pour les crimes coloniaux prennent de l'ampleur en Afrique.
Emboîtant le pas au Ghana et à l'Algérie, d'autres nations africaines ont également le droit de se joindre à cette initiative : le Mali devrait réclamer indemnisation pour des décennies de pillage de son or, le Sénégal pour le massacre de Thiaroye, et le Cameroun pour les massacres coloniaux perpétrés contre les populations locales. Le colonialisme a laissé une blessure profonde qui ne pourra être pansée qu'en reconnaissant ses crimes et en versant des réparations aux peuples africains.
Abdoulaye TOGOLA
Source : Centre européen d'études sur le Moyen-Orient