Tribune : « Ni ba fè ka Kodon, fi ka kalan kè », étudions !

Il y’a quelques jours, j’ai publié une statistique qui disait que moins de 1 % de la population malienne a un niveau d’études supérieures. Ce n’est pas une réflexion personnelle. C’est une réalité froide de notre pays. Par contre, j’ai ajouté que si on enlevait ceux qui ont des diplômes mais pas le niveau, la statistique risque d’être malheureusement encore plus basse.

19 Nov 2025 - 01:26
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Tribune : « Ni ba fè ka Kodon, fi ka kalan kè », étudions !

Beaucoup de réactions ont trouvé que j’ai humilié le Mali. Beaucoup d’autres ont estimé que les savoirs et les compétences obtenus dans les écoles ne sont pas importants. Et que notre passé nous suffit. D’autres m’ont rappelé que Soundiata n’a pas été à l’école. D’autres m’ont rappelé que beaucoup de milliardaires n’ont pas été non plus à l’école.

J’avais mal mesuré l’impasse dans laquelle notre société a été installée. La réalité est pire. Et ça craint surtout au niveau des jeunes. La haine de la compétence et du savoir est véritablement installée dans notre société.

Heureusement qu’il y’en a eu des lucides dans les réactions. En face des commentaires exprimés sous forme d’insultes et de haines, nous avons essayé de répondre poliment avec arguments raisonnés. Celui qui a construit l’automobile se déplaçait surement à cheval, à bicyclette ou à pied. Ceux qui ont amélioré l’automobile ont été l’école pour y arriver. Oui il y’a des milliardaires qui n’ont été à l’école, mais ils ont eu besoin de gens compétents et formés à l’école et à l’université pour construire, développer et gérer leur fortune. Oui, Soundiata n’a pas été à l’école et n’a pas eu de diplôme écrit. Mais il a suivi plusieurs niveaux d’initiations qui constituaient les écoles et les universités de cette époque et chaque niveau d’initiation était un diplôme et lui conférait les compétences en lien avec les enjeux de son époque.

La haine de la compétence, du savoir et de la réussite est une donnée importante de notre crise multidimensionnelle. Son traitement doit être inscrite dans les priorités nationales.

Cette situation me rappelle un article que j’avais écrit il y’a 3 ans. L’article avait également titillé beaucoup de personnes. Je le partage ci-dessous avec vous.

Ce 21 juillet 2022 : J’avoue qu’il fut un temps où j’ai été presque convaincu par l’assertion « kalan ni kodon tè kélégné », comme si on pouvait être détenteur de savoirs et de sagesse sans passer par le processus d’apprentissage. On nous a tellement ressassés cette assertion qu’il est quasi impossible de ne pas y adhérer. Cette assertion est tellement intériorisée par notre société que le détenteur du savoir ( et de talent) est exclu de toute dynamique . D’ailleurs le créatif est isolé et quasiment classé dans la case des fous de la société.

Comment voudriez-vous qu’une société qui a un mépris assumé du savoir et du talent émerge ? Comment voudriez-vous qu’une société qui a une indifférence endossée de l’apprentissage puisse se mettre au travail. Pas au semblant de travail ! Mais au travail !

La preuve ! Il nous est donné ces jours-ci d’observer que des élèves sortent publiquement pour se plaindre du fait qu’on ne leur a pas donné la possibilité de « frauder ». Nous sommes également dans un pays où le titre de professeur a été régulièrement donné en conseils de ministre. Nous sommes dans un pays où le titre de Général est donné parce qu’on fait partie d’un groupe de militaires qui est arrivé à faire un coup d’État. Nous sommes dans un pays où le compétent qui affirme son dynamisme par le travail bien fait, la publication de ses points de vue, est considéré comme un « gonflé », donc immédiatement isolé, s’il n’est pas professionnellement « détruit ». C’est vous souligner jusqu’à où le mépris de l’apprentissage et de la compétence est ancré.

Et pourtant, nous sommes issus de sociétés traditionnelles dont le principal « danbé » est le travail. Rien d’autre !!! le travail !!!

C’est pourquoi d’ailleurs elles étaient organisées en communautés professionnelles et non en ethnies. Dans les sociétés traditionnelles, si on vous disait Peulh, Bozo, Noumou, etc… on savait immédiatement quelle était votre itinéraire d’apprentissage, votre fonction et votre compétence. Et à la base, tous les codes de fonctionnement de ces sociétés ont été organisés sur l’apprentissage, le travail et un meilleur partage des fruits du travail. Si on doit donc aujourd’hui faire référence au « danbé » de nos anciens, le voilà notre « danbé » !!! L’apprentissage (acquisition de compétence), le travail, un meilleur partage des fruits du travail (solidarité).

Nous devons partir de ces principes et de nos problèmes structurels originels pour nous réinventer. Je peux me tromper, mais je ne crois que les réformes bureaucratiques soient la solution à ces problèmes structurelles. Nous n’avions pas de mauvais textes dans les gouvernances passées. Il y avait plutôt une absence d’articulations entre ces règles et nos pratiques de tous les jours.

On est une société jeune (plus de 80% ont moins de 40 ans) ouverte aux nouveautés. Nous disposons d’outils modernes (le numérique, les énergies renouvelables, etc…) qui nous donnent des opportunités inimaginables pour nous réinventer.

Bon Dieu de Bon Dieu !!!! Sortons des petits jeux partisans ! Donnons le pouvoir aux compétences ! Rien qu’aux compétences !!!! Et je vous assure que nous allons surprendre le monde !!!

Toute cette digression pour vous dire que je ne suis pas en phase avec l’assertion « Kalan ni kódón tè kélégné » !!!! J’oppose à cette assertion que « ni ba fè ka Kodon, fi ka kalan kè » !

 

Alioune Ifra NDiaye