Mali–Russie : plus de six décennies d’une coopération stratégique en constante évolution

La coopération russo-malienne était au cœur d’une conférence-débat organisée en fin de semaine au siège de l’Association Perspective Sahelienne. Les relations entre le Mali et la Russie plongent leurs racines dans les premières années de l’indépendance malienne. Nouées dans le contexte de la Guerre froide, elles ont traversé plusieurs périodes de rapprochement, de ralentissement et de renouveau, jusqu’à devenir aujourd’hui l’un des axes majeurs de la politique étrangère malienne.

13 Juin 2026 - 21:35
14 Juin 2026 - 11:54
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Mali–Russie : plus de six décennies d’une coopération stratégique en constante évolution
Dr Fousseini Ouattara, Daouda Tekete

Nouées dans le contexte de la Guerre froide, elles ont traversé plusieurs périodes de rapprochement, de ralentissement et de renouveau, jusqu’à devenir aujourd’hui l’un des axes majeurs de la politique étrangère malienne.

Organisée à Bamako par l’Association Perspective Sahélienne, membre du groupe « Africa Initiative », cette conférence portait sur le thème : «Les relations Mali-Russie : état des lieux ». Les débats étaient animés par deux anciens étudiants de l’Union soviétique. Il s’agit notamment de l’actuel vice-président de la Commission Défense du Conseil national de Transition (CNT), Dr Fousseini Ouattara, et du journaliste-écrivain à la retraite, Daouda Tékété. Premier à intervenir, M. Tékété a indiqué que, dès l’indépendance du Mali en 1960, le président Modibo Keïta a choisi de développer des relations étroites avec l’Union soviétique. À cette époque, Bamako adopte une politique socialiste et non alignée, tout en bénéficiant du soutien économique, technique et militaire de Moscou.

Selon ses explications, l’Union soviétique a contribué à la formation de nombreux cadres maliens dans les domaines de l’administration, de l’ingénierie, de l’agriculture et de la défense. Des centaines d’étudiants maliens ont été accueillis dans les universités soviétiques grâce à des bourses d’études. Cette coopération a également permis la fourniture d’équipements militaires et le développement de plusieurs projets économiques destinés à soutenir le jeune État malien. Il a cité, entre autres, la construction d’infrastructures telles que le Stade omnisports, le bâtiment de la DNAFLA, l’IPR de Katibougou, ainsi que la dotation de la compagnie Air Mali en avions de transport. Après le coup d’État de 1968, la coopération militaire s’est poursuivie avec la formation de plusieurs officiers maliens dans les académies soviétiques et l’équipement progressif de l’armée en matériels d’origine soviétique. L’effondrement de l’Union soviétique en 1991 a néanmoins entraîné un ralentissement significatif des échanges entre les deux pays. Pendant plusieurs années, les relations bilatérales sont restées relativement limitées.

Un rapprochement accéléré après 2020

Pour sa part, le Dr Fousseini Ouattara a souligné que les relations entre Bamako et Moscou ont connu une accélération notable après les changements politiques intervenus au Mali en 2020 et 2021. Dans un contexte marqué par la détérioration des relations avec certains partenaires occidentaux et le retrait progressif de l’opération française Barkhane, les autorités maliennes ont renforcé leur coopération avec la Russie dans les domaines sécuritaire, économique et diplomatique. Pour cet ancien étudiant en Union soviétique, cette coopération se manifeste par l’acquisition de nouveaux équipements militaires russes, notamment des hélicoptères de combat, des avions de chasse et des systèmes d’armement destinés à soutenir les opérations contre les groupes armés terroristes. S’y ajoutent la formation des militaires maliens et l’assistance technique. « Le traité de coopération prévoit la formation des militaires et l’acquisition d’armements sans divulgation de secrets. C’est une coopération gagnant-gagnant », a affirmé le Dr Fousseini Ouattara, ajoutant que « le gouvernement russe n’a jamais accusé l’armée malienne d’exactions contre les civils. C’est une coopération fondée sur le respect mutuel ».

Il s’est réjoui du dynamisme de cette coopération qui, selon lui, a permis le déploiement des soldats de l’Africa Corps aux côtés des Forces armées maliennes dans la lutte contre les groupes armés terroristes.

Si la dimension sécuritaire occupe aujourd’hui une place centrale, les deux pays cherchent également à renforcer leurs échanges dans d’autres secteurs. C’est d’ailleurs la thèse défendue par André Bienlogon, responsable de Perspective Sahélienne Mali. Selon lui, depuis plusieurs décennies, la coopération économique demeure l’un des maillons faibles des relations russo-maliennes. Pour lui, au-delà du volet militaire, les deux parties doivent travailler au développement des secteurs économiques afin de rendre cette coopération plus efficace. D’autres intervenants ont proposé que les nouvelles relations russo-maliennes s’accompagnent d’une accélération de l’apprentissage de la langue russe.

Aujourd’hui, la coopération entre les deux pays s’étend aux domaines de l’énergie, des mines, des infrastructures, de l’éducation, de l’agriculture et des nouvelles technologies. Les deux États affichent régulièrement leur volonté de consolider leur partenariat sur la base du respect de la souveraineté des États et de la défense de leurs intérêts communs. Le renforcement de cette coopération s’inscrit dans une dynamique plus large de retour de la Russie sur la scène africaine, tandis que le Mali poursuit une politique de diversification de ses alliances internationales. Plus de soixante ans après l’établissement des premières relations diplomatiques, Bamako et Moscou continuent ainsi de bâtir une coopération qui, malgré les changements géopolitiques mondiaux, demeure l’une des plus anciennes et des plus significatives de l’histoire diplomatique malienne.

Siaka DIAMOUTENE/Maliweb.net