Edito : le 15 Mai, une date historique

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Moustapha Diawara - pardonnons - avance - marasme
Moustapha Diawara

Une évidence : un événement doit  se distinguer d’un simple fait. Il s’en distingue par son caractère exceptionnel et unique.  Celui de ce vendredi 15 Mai dans la splendide salle du Centre International des Conférences de Bamako (CICB). Il s’agit de la signature de l’accord pour la paix et  la réconciliation au Mali.

Dans le bon sens, aucun qualificatif n’est de trop pour magnifier cet évènement. D’aucuns  évoquent  un ‘’fait historique’’ du régime d’IBK. Sauf que tous les faits historiques ne sont pas des évènements. Des philosophes estiment qu’un fait, pour s’inscrire dans l’histoire comme évènement, doit introduire une rupture dans son cours. Autrement dit, il faut qu’il y ait un avant et un après évènement : l’évènement fait date, c’est-à-dire qu’après, rien ne sera plus comme avant.

Cet accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger, tout en prenant en son compte les Accords antérieurs ainsi que les difficultés rencontrées dans leur mise en œuvre, est en passe  d’être la vraie clé pour ouvrir la porte qui mène à l’unité nationale, respectueuse de la diversité humaine, caractéristique de la Nation malienne.  Donc, un évènement historique.

Selon Kant, on peut trouver dans l’histoire, des évènements qui manifestent un progrès de l’humanité en tant qu’espèce morale, qui, peu à peu se détache de son égoïsme particulier pour accomplir sa disposition morale. Ces évènements ne sont pas des preuves, mais seulement des indices de ce progrès. Ces signes ne sont pas des hauts faits accomplis par les hommes : il s’agit seulement de la manière de penser des spectateurs de l’histoire. Ce sont les signes d’une sensibilité à la liberté, que Kant nomme « enthousiasme ». Face à l’évènement historique, l’opinion publique accède à cette expérience du sublime, où l’espèce humaine apparaît à elle-même dans sa moralité, en oubliant ses égoïsmes particuliers. Et c’est le cas pour cet accord, qui, certes ne fait pas l’unanimité, mais ne mérite point l’inimitié de ceux qui veulent faire prévaloir leurs égoïsmes particuliers pour travestir sa portée.

On peut ne pas être content que cet exploit soit l’œuvre de tel pays ou de tel personnage. On peut aussi souffrir intérieurement de voir nos ennemis d’hier briller sous les lampions de la majestueuse salle du CICB, bénéficier de toutes les considérations pour apposer leurs signatures. Mais, on a le devoir de reconnaître que la concrétisation de ce processus après des mois d’inlassables efforts de certains, constitue une avancée énorme pour la paix.

Jamais sous nos tropiques, un processus d’accord n’a mobilisé autant la communauté internationale, les grandes puissances, les pays frères et même ceux qui ont payé un lourd tribut pour nous.

Jamais dans notre pays, la signature d’un quelconque accord n’a réussi une telle majesté, avec la présence annoncée de nombreux chefs  d’Etats, de gouvernements et autres personnalités.

 

Cet évènement du vendredi, qui permettra à notre pays d’accéder à une universalité supérieure, ne peut disparaître ni être oublié. C’est un nouveau point de départ: c’est donc là un véritable évènement historique.

Moustapha Diawara

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