Fait divers : FAMILLE, JE VOUS …

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    Son passé de délinquant fait de I.B., le paria de la famille. Celle-ci ne se prive pas pour autant de tirer profit de sa bonne fortune.

    Dans les grandes familles, l”affection des parents couvre tous les enfants mais peut, à l”occasion, en privilégier un ou deux. Ce choix suscite alors des intrigues domestiques. Les enfants "adulés", pensant valoir mieux que les autres, se livrent à des excès qui portent atteinte à l”harmonie de la famille. Ceux qui s”estiment abandonnés sont naturellement jaloux des chouchous. Estimant que les premiers ont volé leur part d”affection, ils leur vouent un désamour qui peut se transformer en haine féroce.

    Les frustrés, si on en juge par l”histoire d”aujourd”hui, n”ont pas forcément tort. Car ce qu”ils réclament -avoir les mêmes droits et devoirs que les autres membres de la famille- n”est au fond que justice. Ils aspirent à être aimés et à bénéficier des mêmes privilèges que leurs frères et sœurs avec qui ils partagent le même sang.

    I.B. a 35 ans cette année. Le jeune homme a été renvoyé de l”ECICA pour mauvaise conduite. Ce renvoi, au lieu de lui servir de leçon, n”a fait qu”accentuer sa descente vers la délinquance primaire. "Je buvais de l”alcool, je fumais de l”herbe (ndlr : cannabis) et je passais plus de temps avec les prostituées qu”à la maison. J”ai séjourné plusieurs fois à la prison centrale de Bamako", confesse-t-il.

    Mais l”homme assure aujourd”hui avoir abandonné cette vie de mauvais garçon. Il est devenu un assidu des mosquées et un prêcheur à ses heures perdues. "Dieu m”a permis de changer totalement. Il a répondu aux prières de mes parents et de mes sœurs", déclare-t-il. Pourquoi le répenti I.B. est-il donc passé à la rédaction de l”Essor ?

    800.000 Fcfa : La réponse est, d”après lui, simple. "Ma famille ne croit pas encore à ma reconversion et me laisse seul. Personne ne s”intéresse à moi. On me considère toujours comme le jeune drogué que je fus. Il est temps qu”ils (ses parents) comprennent que Dieu m”a aidé à changer". I.B. raconte qu”il a été victime d”une injustice qui l”a poussé un jour de ce mois à tenter de suicider. "J”ai été si touché quand j”ai compris la machination que j”ai avalé 20 comprimés de nivaquine."

    Après sa repentance, I.B. raconte avoir rencontré une Française du nom de Véronique, avec qui il commença à vivre une idylle. La femme eut confiance en lui et lui tendit un jour 100.000 Fcfa pour se procurer un passeport et entreprendre les démarches pour l”obtention d”un visa pour l”Europe. Il engagea la procédure au bout duquel il obtint un document de voyage. Véronique qui était sur le point de rejoindre son pays, lui donna alors 800.000 Fcfa pour couvrir les démarches pour obtenir un visa et acheter un billet d”avion.

    Quand I.B. entra en possession de cette somme, il pensa à un oncle versé dans les affaires de visa pour lui trouver le précieux sésame. Il lui remit l”argent et son passeport ainsi que toutes les invitations envoyées par Véronique. Mais l”oncle avait son opinion sur cette affaire : il était persuadé qu”une fois en France, I.B. n”aiderait pas suffisamment la famille. Il décida que le jeune frère I.B. ferait mieux l”affaire. Il falsifia tous les documents et les mit au nom du frangin, un certain S.B. Ce dernier obtint rapidement le visa et est déjà à son quatrième voyage entre la France et le Mali.

    Notre amoureux attendit longtemps avant de demander à son oncle où il en était avec son problème de visa. L”oncle prétendit que le dossier était en voie de traitement. C”est la même réponse qu”il donna une deuxième, puis une troisième fois. Le repenti, malgré sa candeur, finit par comprendre que quelque chose clochait. Il décida, un matin, d”en avoir le cœur net et interpella son oncle pendant que tout le monde prenait le petit déjeuner.

    MOINS QUE RIEN : La réaction de l”oncle fut disproportionnée. Il se mit à injurier et à traiter son neveu de moins que rien. I.B. réclama alors ses dossiers. Il n”en fallait pas plus pour s”attirer les foudres de la famille. "Même si tu partais, tu n”aurais rien rapporté. Nous avons arrangé ton frère avec tes documents et c”est le fruit de cet arrangement qui te nourrit maintenant", lui aurait-on jeté à la figure.

    Le jeune homme s”effondra en entendant cette explication. Il alla s”enfermer dans sa chambre. Et ce vieil adage lui vint à l”esprit : "on n”est jamais mieux trahi que par les siens". I.B. finit par tirer de la situation une conclusion bizarre. "Je m”étais dit qu”il fallait prendre de la drogue jusqu”à voir Belzébuth, puis venir en famille pour bousiller tout le monde avec un pistolet et me suicider ensuite. Une fois de plus ma foi m”a sauvé", raconte en larmes celui qui est venu nous rendre visite à notre rédaction à la fin de la semaine dernière.

    Profondément déçu, I.B. prit contact avec Véronique à qui il expliqua le mauvais tour joué par ses parents. La Française ne crut pas une seconde à son histoire. Elle le traita de "salaud" et se mit à l”injurier. "Pour elle, tout ce que je disais était des balivernes. Elle croyait que je voulais faire partir mon frère d”abord en France, avant de le rejoindre plus tard avec son argent et son aide. J”ai juré par Allah, mais Véronique ne voulait plus m”écouter. Elle m”a raccroché au nez et a refusé par la suite de prendre mes appels. Quand je lui envoie un e-mail, elle ne répond jamais", regrette le jeune homme.

    Nous avons contacté la grande sœur de I.B., une certaine Niagalé. Dans un premier temps, elle répondit laconiquement : "c”est faux mon frère n”a jamais pris d”alcool ni de drogue". Puis, elle demanda le numéro de téléphone de la rédaction en nous promettant de rappeler. Elle n”a pas tenu sa promesse. Et lorsque nous l”avons relancée, elle a promis de faire le déplacement pour venir nous voir et discuter avec nous "sérieusement de cette affaire qui discrédite la famille". Niagalé n”est jamais venue malgré la promesse ferme qu”elle nous avait faite. Et lorsque nous l”avons relancé pour une troisième fois, elle nous lança au téléphone : "je ne sais pas ce que je vais vous dire". Tout est dit en fait.

    G. A. DICKO
    L”Essor du 22-02-2007

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