Rive droite du fleuve Niger:Deux vrais faux militaires sèment la terreur

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    Quand les délinquants ont accès à l’accoutrement militaire, la réputation, la dignité et l’honneur de notre Armée en souffrent énormément. Le commissariat de police du 11e arrondissement vient de mettre la main sur deux bandits avec des tenues militaires et des rangers qui sévissaient dangereusement sur la rive droite du fleuve Niger depuis un certain temps.
    Tout est parti d’une patrouille de police que le commissariat de police du 11e arrondissement a organisée dans la nuit du 7 au 8 juillet dernier pour nettoyer la zone dont il a la charge de protéger et de sécuriser. Au cours de leur ronde, les patrouilleurs tombent sur un individu habillé en tenue militaire camouflée, tenant dans sa main une brebis dans le noir à Garantiguibougou en Commune V du district de Bamako. Ne connaissant aucune salutation militaire, Younoussa Kané, car c’est de lui qu’il s’agit, est resté figé comme un bois mort. Les policiers le conduisent au commissariat de police pour vérification d’identité, histoire de mettre le suspect à la disposition de la police militaire, le lendemain, au cas où l’enquête révèlerait qu’il est sous le drapeau. Le commissaire divisionnaire de police Moussa Balla Diakité, chargé du 11e arrondissement et son adjoint, le commissaire de police Adama Baradji, commettent l’adjudant-chef de police Assalia Attaher Maïga, chef de la brigade de recherche et ses hommes d’apporter toute la lumière nécessaire sur cette affaire. Mais, ce que ces derniers ne savaient pas, c’est que le complice de Younoussa Kané, avait discrètement filé au moment où les policiers parachutaient sur les lieux. Le lendemain, pendant que l’adjudant-chef de police Assalia Attaher Maïga et ses hommes s’activaient à tirer au clair la situation du vrai faux militaire arrêté en possession d’une brebis, un individu du nom de Kounkama Keita, connu des archives de la police pour ses activités délictueuses, se présente à la police. Il venait intervenir pour Younoussa Keita. Le visiteur jure que la brebis n’est pas un produit du vol. Pour convaincre ses interlocuteurs, il promet d’amener à la police l’agneau qu’elle avait mis bas, il y a quelques jours seulement.
     
    En lieu et place de l’agneau, le logeur !
    Kounkama Keita, soldat de deuxième classe de l’Armée de terre, radié de l’effectif en 2005 pour vol de moto, se fait accompagner par son logeur, Issa Coulibaly, en lieu et place du petit de la brebis qu’il avait promis d’amener à la police pour innocenter son ami Younoussa Kané. Mais auparavant, le jeune homme avait dit à Coulibaly qu’il venait juste d’apprendre l’arrestation d’un voleur d’ovidé par le commissariat de police du 11e arrondissement et qu’il pouvait l’accompagner pour vérifier si la brebis lui appartenait. Issa Coulibaly dont les moutons font des va et vient entre sa famille et celle des Doumbia, avait perdu sa brebis. Celui-ci l’accompagne alors à la police, pensant réellement qu’il était un porteur d’uniforme. A leur arrivée, l’adjudant-chef de police Assalia Attaher Maïga et ses hommes tendent un piège à Kounkama Keita dans lequel il finira par tomber. Arrêté sur le champ, il est mis au frais pour les besoins de l’enquête. Quant à Issa Coulibaly, la police l’interroge pour savoir ses liens avec le suspect. Selon ce dernier, il y a quelque mois qu’il a fait la connaissance des deux hommes. Un jour, Kounkama et Younoussa se sont présentés chez lui comme étant des militaires en service au camp de Bafo à Ségou en mission à Bamako. Convaincus qu’ils sont de vrais militaires, Coulibaly les présente à tous ses voisins avant de leur céder une piaule dans sa cour. Depuis, les deux hommes y vivent sans que leur logeur ne sache qu’il a affaire à des délinquants de gros calibre.
     
    L’oncle maternel de Kounkama crève l’abcès
    Sommairement interrogé, Kounkama déclare à l’enquêteur tantôt qu’il est gendarme, tantôt qu’il est un élément du Centre d’animation rurale (CAR), venu à Bamako en compagnie de 40 autres hommes pour le recrutement en cours dans l’Armée malienne. Il dit loger chez l’adjudant de l’Armée de l’Air Boubacar Diarra dit Goby. Ce dernier, ajoute-t-il, lui aurait remis 15000FCFA pour acheter un mouton à Zantiguila. Au retour, avec son ami, ils ont pris du retard. Alors vu la nuit très avancée, ils sont allés à Garantiguibougou où ils allaient passer le reste de la nuit. Pour la manifestation de la vérité, les policiers en charge du dossier, invitent l’adjudant Diarra à se présenter à la police pour affaire le concernant. Ce dernier n’est pas allé avec le dos de la cuillère. En vrai Bamanan, il déclare à la police que son neveu est pire qu’une ordure humaine. Lorsqu’il a débarqué chez lui, explique l’adjudant Diarra, quelques jours après, ses parents lui ont envoyé une lettre dans laquelle ils l’ont mis en garde, car Kounkama qui venait de loger chez lui, est un bandit de grand chemin. Il est capable de le mettre dans la merde tôt ou tard, poursuivent les parents de Kounkama dans la lettre, à en croire le militaire de l’Air. Ces déclarations édifient davantage les enquêteurs qui ont vu le chemin proprement déblayé pour retenir l’oiseau dans les liens de l’inculpation. Les témoignages d’un autre jeune homme du nom de Seydou Doumbia, domicilié à Niamakoro ont définitivement enterré la stratégie des deux voleurs. Selon celui-ci, dans la nuit du vol, il a surpris Younoussa Kané entrain de rôder autour du parc des moutons dans sa cour. A la question de savoir les raisons de sa présence dans cet endroit à cette heure tardive, il lui a fait comprendre qu’il cherchait à protéger les animaux contre la pluie qui s’abattait sur Niamakoro. Curieusement, le lendemain, Younoussa Kané avait disparu ainsi que le mouton de Issa Coulibaly. Avec ces détails, les policiers ont organisé une perquisition au domicile des pestiférés à Niamakoro au cours de laquelle ils ont mis la main sur une bande de fumeurs de chanvre indien, visiblement des élèves du duo. Dans la même chambre, ils ont découvert plusieurs équipements militaires que les deux hommes utilisaient pour semer la terreur dans les rues de Bamako. L’armée portera-t-elle plainte contre Kounkama et Younoussa pour usurpation de titre ? En tout cas, le procureur de la République près le tribunal de la Commune V devant lequel ils ont été conduits, saura leur faire comprendre que de tel comportement est intolérable au Mali.

    O. BOUARE

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