49ème anniversaire de la mort de Modibo Keita : Tout n'a pas été dit sur sa politique

Chaque année, depuis l'instauration de la supposée démocratie multipartite dans le Mali, les autorités nationales rendent un hommage au premier Chef de l'État du pays à l'occasion de sa disparition, le 16 mai 1977.

4 Juin 2026 - 10:25
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49ème anniversaire de la mort de Modibo Keita : Tout n'a pas été dit sur sa politique

Un décès survenu après un coup d'État militaire perpétré le 19 novembre 1968 à son encontre. Il est intéressant de s'interroger sur ce qui a été beaucoup occulté dans la politique de Modibo Keïta.

Le Premier ministre, Chef du Gouvernement, le Général de Division Abdoulaye Maïga a, au nom de Son Excellence le Général d’Armée Assimi Goïta, Président de la Transition, Chef de l’État, déposé le samedi 16 mai 2026 une gerbe de fleurs sur la tombe du Président Modibo Keïta. Il a affirmé qu’« en ce lieu de mémoire et de recueillement, la Nation malienne s’incline avec respect devant l’immense héritage laissé par le Président Modibo Keïta, père de l’indépendance du Mali et symbole de dignité ». Certes, l'homme a beaucoup fait pour le Mali. Il est magnifié à tous les niveaux. Cependant, force est de constater que tout n'était pas " rose".

Un bilan occulté par ses thuriféraires

Modibo Keita a été le premier Chef de l’Etat du Mali. C’est lui  qui, en compagnie de ses camarades de l’Union Soudanaise pour le Rassemblement Démocratique Africain (US-RDA), a conduit le pays à l’indépendance sous le nom de République du Mali en souvenir à la fédération du Mali qu’il a voulue constituer au départ avec la Haute-Volta (actuel Burkina Faso), le Dahomey (actuel Bénin), le Soudan français (actuel Mali) et le Sénégal, qui finalement n’était constituée que par le Soudan français et le Sénégal. Malheureusement, cette éphémère fédération, d’à peine deux mois, s’est éclatée le 20 août 1960. Modibo Keita a posé les premiers jalons dans tous les domaines de la vie du Mali. Son régime avait une base solide au départ. Il portera très haut le prestige international du Mali. Au plan interne, il a construit un État fort et amorcé une industrialisation volontariste du pays. Toutefois, l’autre aspect de son bilan, occulté par ses thuriféraires, est loin d’être reluisant : en effet, le premier président du Mali a enfermé dans les bagnes de Taoudéni et de Kidal ses opposants emblématiques, parmi eux Fily Dabo Sissoko et Hamadoun Dicko, sous prétexte de complots avec des « preuves » laborieusement exposées. Le socialisme économique radical qu’il instaura dans un pays héritier d’une longue tradition de liberté commerciale, sans compter les dérives des miliciens, favorisera l’émergence d’un front hostile et déterminé contre son régime. Il est aussi vrai que son engagement en faveur des mouvements de libération de l’Afrique dérangeait considérablement le camp occidental.  A ces problèmes est venu s’ajouter en 1966 le Coup d’Etat militaire contre son ami le panafricaniste Kwamé N’Krumah, Chef d’Etat du Ghana. Dès lors se sentant isolé même à l’interne, Modibo Keïta dissout le bureau politique national de l’US-RDA en le remplaçant par un Comité national de défense de la révolution (CNDR). Dans la foulée, il dissout aussi l’Assemblée nationale en la remplaçant par une délégation législative de 28 membres qui sont ses plus proches. C’est dans ce contexte de méfiance à l’égard de ses anciens camarades et d’isolement par des pays voisins à la solde de l’impérialisme occidental qu’intervient le Coup d’ Etat militaire perpétré par celui là-même qui était instructeur de la milice populaire, le Lieutenant Moussa Traoré. A la tête de 13 autres officiers subalternes, Lieutenant Moussa Traoré, mit fin, le 19 novembre 1968, au régime de Modibo Keïta.

La République actuelle du Mali créée de façon unilatérale

C’était un jeudi 22 septembre 1960, dans la salle de conférence du Lycée technique de Bamako, que la République du Mali a été proclamée, par Modibo Keïta, en remplacement de la République du Soudan, membre de la Fédération du Mali. C’était au cours d’une réunion extraordinaire du bureau politique national de l’US-RDA (Union Soudanaise-Rassemblement démocratique africain). Cette déclaration est intervenue, quelques jours, après l’éclatement de la fédération du Mali, composée du Sénégal et du Soudan, survenu le 20 août 1960. Cette fédération avait  proclamé son indépendance le 20 juin 1960. La date du 22 septembre pour proclamer la naissance de la République du Mali a été choisie par les dirigeants de l’époque, en souvenir au 22 septembre 1878, date à laquelle a eu lieu la bataille de Sabouciré (capitale du royaume de Logo) située à 25 Km de la ville de Kayes au cours de laquelle le roi Niamody Sissoko et ses hommes ont mené une farouche résistance contre l’avancée de la pénétration coloniale des troupes françaises. Pourtant, l'US-RDA n'était pas le seul parti politique du pays.

L'indépendance du Mali acquise sur fond d'accords négociés avec la France

Le 17 janvier 1959, il y a eu la formation, par les dirigeants du Sénégal et du Soudan, de la fédération du Mali, qui demeure dans la Communauté jusqu’à son indépendance, proclamée le 20 juin 1960. La Haute-Volta  (actuel Burkina Faso) et le Dahomey (actuel Bénin) avaient  également adhéré initialement à la Fédération mais le référendum organisé en mars 1960 en Haute-Volta débouche sur un rejet massif de la Fédération. La réaction est identique au Dahomey (actuel Bénin) dont la population se sent plus proche du Conseil de l’Entente, l'autre regroupement d'élites politiques, constitué de la Côte-d’Ivoire, du Dahomey, du Niger et de la Haute-Volta (actuel Burkina Faso). Après le retrait de ces deux pays, le Soudan et le Sénégal continuent l'aventure.  Ainsi, le 4 avril 1959, le Sénégalais Léopold Sédar Senghor est élu président de l’Assemblée fédérale et le Soudanais Modibo Keita président du gouvernement, le Sénégalais Mamadou Dia devenant vice-président. Dans les deux pays, les scrutins organisés en mars 1959 ont dégagé une majorité très nette en faveur de ce système fédéral. Ses défenseurs, Modibo Keita et Jean-Marie Koné, ont obtenu au Soudan 78% des voix contre les tenants de l’indépendance soudanaise, Hamadoun Dicko et Fily Dabo Sissoko. Le 28 septembre 1959, Modibo Keita le Soudanais et Mamadou Dia, le Sénégalais, sont reçus par De Gaulle et lui annoncent que la fédération du Mali compte accéder à l’indépendance sans quitter la Communauté française, ce qu’accepte le général. Des accords relatifs aux transferts de souveraineté sont ensuite négociés jusqu’en avril 1960. Les 11 et 12 décembre 1959, lors du conseil exécutif de la Communauté réuni à Saint-Louis (Sénégal), le général De Gaulle annonce l’accès à l’indépendance du Mali, par transfert des compétences communautaires, mais en concluant avec la France des accords de coopération qui seront négociés jusqu’en avril 1960. Le 18 janvier 1960 sont ouvertes à Paris des négociations relatives à l’accession du Mali à la souveraineté internationale. Louis Jacquinot, Roger Frey et Jean Foyer négocient avec Senghor, Mamadou Dia et Modibo Keita. Les accords sont signés le 4 avril et ratifiés les 9 et 16 juin par l’Assemblée nationale française et par le Conseil de la République. Et le 20 juin 1960, l'indépendance de la fédération du Mali est proclamée.

Il faut rappeler que par rapport à la Communauté française, le 8 août 1958, De Gaulle a annoncé dans une allocution télévisée que les territoires africains auront à se prononcer pour choisir entre l’indépendance et l’association à la France. Le 28 septembre 1958, il a été organisé un référendum par lequel les Français de métropole et les Africains ont été appelés à se prononcer sur l’adoption de la constitution de la Ve République et sur la mise en place de la Communauté appelée à remplacer l’Union française et à préparer les voies de l’indépendance. La Guinée est le seul territoire qui rejette le projet de Communauté. Et le 5 octobre 1958, la Constitution de la Vè République a été promulguée consacrant ainsi la création de la Communauté dont faisait partie intégrante le Soudan (actuel Mali).

Cyrille Coulibaly