Passage du Rallye Paris-Dakar au Mali et en Mauritanie : les services secrets français mettent en garde

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Le Nord du pays serait-il au point d’échapper au contrôle de l’Etat malien ? La question mérite réponse à cause de la présence de deux groupes armés : l’Alliance des insurgés de Kidal et le groupe Salafiste pour la prédication et le combat (GSPC). Face à cette présence, les services secrets français viennent de demander aux organisateurs du Rallye Paris-Dakar d’annuler purement et simplement l’étape Néma-Tombouctou.

En effet, les services secrets français sont formels : les conditions sécuritaires ne sont pas réunies entre la ville mauritanienne de Néma et Tombouctou. Les barbouzes français, en conséquence, ont mis en garde les organisateurs de la compétition et ont demandé l’annulation de cette étape. Et pour cause…

Pour l’instant, l’on attend la réaction des organisateurs du Rallye qui doit débuter dans les prochains jours.
Cependant, la mise en garde émise par les spécialistes des renseignements est très prise au sérieux à Paris. Car, c’est la sécurité des compétiteurs du Rallye qui est en jeu. Il est vrai que ce n’est pas la première fois que les Services secrets français s’intéressent au déroulement du Rallye Paris-Dakar. L’année dernière, sur la base de renseignements sur la présence de groupes armés, toujours sur la bande Sahelo-saharienne, ils avaient demandé la suppression de certaines étapes au programme de la compétition.

Cette année, les Services secrets français semblent prendre en compte à la fois la présence des membres du GSPC sur le territoire national, et surtout ceux de l’Alliance des insurgés de Kidal, retranchés depuis le mois de mai 2006 dans les montagnes de Tegharghat.

Pour le GSPC, le fait n’est pas nouveau. En effet, depuis quelques années, ce groupe islamiste algérien s’est replié le long de la frontière algéro-malienne. L’on signale, la présence de près de 200 combattants de ce groupe sur le territoire malien. Au-delà du Mali, le GSPC se signale sur toute la bande Sahélienne de la Mauritanie au Tchad, où une unité conduite par El Para, un des chefs du mouvement, a été démantelée, l’année dernière.

Cependant, ni la traque organisée par l’armée algérienne, ni la surveillance des Américains n’ont entamé la résistance du GSPC, que l’on dit proche de Alkaïda. Au contraire.

L’armée algérienne a subi des revers à chaque opération menée au-delà de la frontière algérienne, au Mali ou en Mauritanie. Face à l’impuissance de son armée de mater une rébellion toujours en mouvement et très bien organisée, l’Algérie a souvent reproché au Mali de faire preuve de "complaisance" à l’égard des éléments du GSPC réfugiés sur notre territoire.

Alors que les Algériens ont voulu une implication directe de l’armée malienne dans la croisade contre les islamistes. Or, le Mali, avec le concours des Etats-Unis, dans le cadre de l’opération Trans-Sahel opte pour une approche plus globale de lutte contre le terrorisme. Dans ce cadre, Bamako n’envisage pas de prendre le GSPC comme unique cible contrairement au souhait des Algériens.

Ce désaccord entre les deux pays explique en partie bien d’événements survenus récemment au Nord du Mali, précisément dans la localité de Kidal, frontière d’Algérie.

Il y a eu surtout au mois de mai 2006 cette insurrection qui a ébranlé la ville de Kidal. Dans le rang des insurgés, plusieurs responsables entretiennent des relations avec certains milieux politiques et militaires d’Alger. Le chef de l’insurrection, Iyad Ag Ghaly, a longtemps séjourné en Algérie, durant la rébellion qu’il a déclenchée en 1990.

C’est pourquoi, aujourd’hui à Bamako, certains milieux militaires et même diplomatiques n’hésitent pas à dresser un parallèle entre l’insurrection armée de Kidal dirigée par… Iyad Ag Ghaly et la présence sur le territoire malien du GSPC et cette autre présence des Libyens à Kidal. Pourquoi ?

Chasser les Libyens, traquer le GSPC, l’insurrection de Kidal, au fil de l’évolution des événements, semble avoir plus bénéficié aux Algériens qu’aux insurgés, eux-mêmes, qui au départ avaient réclamé, sans grand espoir, une autonomie pour la région de Kidal. Une revendication superficielle, estiment certains.

Derrière cette revendication des "Kidalois", c’est le voisin qui en fait avait des objectifs clairs et précis : chasser les Libyens de Kidal puis traquer les salafistes. Aujourd’hui, il est évident de constater que le voisin du Nord a réussi doublement. Le premier objectif de l’Algérie était d’obtenir la fermeture du Consulat de Libye à Kidal qui avait ouvert ses portes au mois de mars 2006, soit précisément deux mois seulement avant le déclenchement des hostilités dans cette localité. Cet objectif initial de l’Algérie fut atteint. Le Consulat de Libye a été fermé aussitôt après le début de l’insurrection.

Les Algériens qui n’avaient jamais accepté la présence libyenne à ses portes (les deux pays se livrent à une rivalité dans le septentrion malien) a réussi à les faire partir pour ensuite occuper leurs places àKidal. Consécutivement à la signature de l’Accord d’Alger entre le gouvernement malien et les insurgés, les Algériens sont en effet présents dans le Comité de suivi de l’Accord dit d’Alger, ils sont dans les autres sous-commissions, notamment la sous-commission chargée du cantonnement des combattants. Ce sont encore eux, Algériens, qui doivent récupérer les armes enlevées par les insurgés et veiller à la création des unités spéciales. En somme, l’Algérie est devenue maîtresse des lieux à Kidal. A la faveur de cette insurrection, le voisin a réussi un autre coup. Elle a surtout permis à Alger d’envoyer un signal fort à Bamako : "vous abritez le GSPC, nous avons désormais les insurgés de Kidal à nos portes et sous notre protection".

En d’autres termes, les Algériens ont disposé, avec la création de l’Alliance des insurgés, d’un moyen de pression armé, afin d’amener les autorités maliennes à combattre le GSPC. En vain.
Faute d’obtenir une "coopération" des autorités maliennes dans ce combat contre le GSPC, les Algériens, depuis le mois d’octobre dernier, sont passés à une autre étape de leur plan. En effet, selon des informations concordantes, Alger a mis à la disposition de l’Alliance des insurgés d’importants moyens matériel et financier. La stratégie des généraux algériens est simple : charger désormais Iyad Ag Ghaly d’organiser la chasse au GSPC.

L’instrumentalisation et la récupération de l’Alliance ont fonctionné à merveille. Conséquence : depuis deux mois, le septentrion malien connaît des accrochages entre insurgés de Kidal et éléments du GSPC.
Autre conséquence : le désarmement et le cantonnement des insurgés de Kidal, initialement prévus en octobre dernier, n’ont pas été effectifs.

Aujourd’hui, des questions se posent logiquement sur la suite de l’application de l’Accord d’Alger. En effet, avec la nouvelle donne, les Algériens vont-ils s’empresser de désarmer une Alliance qui est devenue leur allié ? Si cela arrivait, quelle sera la mission des unités spéciales dont la création est prévue après le désarmement des insurgés ? Pour l’instant, les autorités maliennes se gardent de toute prise de position envers un voisin qui, de toute évidence, semble jouer un jeu à la fois flou et douteux. En effet, les Algériens ont revêtu plusieurs manteaux suite aux derniers événements qui ont secoué Kidal. Ils sont médiateurs, facilitateurs, protecteurs des insurgés et alliés de l’Alliance.
Le tout sur un discours diplomatique qui fait de l’Algérie, un pays frère et ami du Mali. Cependant, un fait est là : jusqu’ici le chef de l’Etat, Amadou Toumani Touré, n’a daigné faire le déplacement à Alger, malgré plusieurs annonces faites dans ce sens. Ceci explique-t-il cela ?

En attendant, la situation sécuritaire au Nord du Mali, au lieu de se stabiliser, s’enlise et est loin de rassurer. D’où le constat des services secrets français…

C.H Sylla

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