Professeur Issa N’Diaye sur le conflit au Centre du Mali : « Il y a eu un cycle infernal, de cycles de vendetta de part et d’autre »

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Professeur Issa N’Diaye : « l’Algérie n’a pas trop intérêt à ce qu’il y ait un territoire autonome Touareg»
Professeur Issa N’Diaye

Jeudi 24 janvier 2019, Le Monde a publié une vidéo d’un entretien que Coumba Kane et Laureline Savoye ont eu avec le professeur de philosophie Issa N’Diaye sur la crise au centre du Mali. Dans cet entretien, Issa N’Diaye est un peu plus clair sur cette situation pour laquelle il pose l’hypothèse de l’implication de mercenaires étrangers. 

Dans une vidéo réalisée par Coumba Kane et Laureline Savoye dans le journal Le Monde, le professeur de philosophie à l’université de Bamako, Issa NDiaye, se prononce sur la crise au centre du Mali. À ses dires, les conflits entre éleveurs et agriculteurs constituent un conflit traditionnel. Des cadres traditionnels existaient pour la gestion de ces conflits, précise-t-il avant de noter que ce sont ces cadres qui définissaient les temps de passages, les couloirs de passages voire les périodes de passages pour les animaux des éleveurs. À en croire aux propos de Issa NDiaye, ces animaux pouvaient même séjourner dans les champs des agriculteurs et contribuaient ainsi à les fertiliser. « Il y avait une sorte de symbiose entre les populations, et les conflits qui naissaient à l’époque trouvaient rapidement des solutions dans le cadre des concertations traditionnelles », a-t-il martelé.

Quant à savoir ce qui pourrait expliquer cette flambée des violences, l’auteur de Silence ! On démocratise explique qu’il s’agit juste d’une « crise identitaire » qui fait que les Peuls s’identifient des Dogons et les Dogons des Peuls. À ses dires, quand ces conflits avaient commencé, on avait supposé qu’ils ne pouvaient venir que des Dogons, d’autres trouvaient qu’ils ne pouvaient venir que du côté des Peuls. « Il y a eu un cycle infernal, de cycles de vendetta de part et d’autre », explique-t-il avant de préciser que le « réflexe communautaire » a amené chaque communauté à créer ses milices. Chose qui a abouti à cet embrasement, dit-il.

L’auteur de Le festival des Brigands n’exclut pas l’immixtion des mercenaires étrangers dans cette crise au centre du Mali. À l’en croire, la tuerie de Koulogon qui a fait 37 morts le 1er janvier 2019 ne relèverait pas de la responsabilité des milices Dogons dans la mesure où celles-ci ont fait comprendre qu’ils n’y sont pas mêlés. Outre cela, l’ex-chef du département de philosophie note que par définition la confrérie des chasseurs est « pluriethniques ». À ses dires, ils ne connaissent pas de distinction identitaire.

Lors du carnage de Koulogon, explique-t-il, ceux ayant commis la bavure étaient certes habillés en tenue de chasseur, mais certains parlaient une langue étrangère au milieu. Chose qui a fait penser aux autorités qu’il s’agit d’un groupe terroriste, précise-t-il.

Issa N’Diaye, dans son allocution exclut l’hypothèse d’une implication de milice dogon ou de milice peule, car, précise-t-il, « il n’y a pas de raison que des gens appartenant au regroupement de Amadou Kouffa viennent égorger des Peuls ». Alors d’où peut venir ces attaques ? s’interroge-t-il pour préciser que nous assistons au même mode opératoire au Burkina Faso. C’est ce qui l’amène à l’hypothèse de l’implication de mercenaires étrangers dans ces attaques. Des hommes qui appartiendraient au foyer de l’ex-rébellion ivoirienne et qui seraient en train de s’organiser pour des entreprises de déstabilisation des contrées, doute-t-il.

À ses dires, au Burkina, les chercheurs pensent que ces groupes restent liés à Blaise Compaoré et qui n’ont d’autre but que de déstabiliser l’état burkinabè. Tout compte fait, le professeur Issa N’diaye trouve qu’il serait plus judicieux de prendre en considération l’hypothèse de l’intervention de mercenaires étrangers au Mali afin de mettre le feu à cette partie du pays.

Fousseni TOGOLA

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1 commentaire

  1. Analyse pertinente. Il est temps que l’Etat malien sorte du cadre restrictif de gestion du conflit en s’appuyant fondamentalement sur le DDR qui a montré des limites. Il doit amener les sociologues, historiens, anthropologues et hommes de culture imprégnés des réalités socio-historiques et culturelles de ces zones de conflit à réfléchir et proposer des pistes d’action susceptibles d’établir un dialogue intra et interculturel entre les communautés locales. Les zones naturelles où vivent Dogon et Peul ne sont pas des blocs monolithiques et la prise en compte de leurs diversités culturelles et de la biodiversité des aires que ces groupes ethniques partagent méritent des analyses plus approfondies dans un contexte de crise sécuritaire. Il y a très certainement des “pêcheurs en eau trouble” qui exacerbent ces conflits dits communautaires

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