Résolution de la crise au centre du Mali : Crisis Group recommande à harmoniser et séquencer les mesures

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Dans son nouveau rapport sur la crise sécuritaire au Mali, notamment dans la région de Mopti, Crisis Group pointe du doigt l’insuffisance des mesures mises en place pour sa résolution. Il formule plusieurs recommandations aux autorités de la transition pour venir à bout de cette crise multidimensionnelle.

« D’importants changements sociaux, environnementaux et politiques ont exacerbé les clivages et accentué la compétition autour des ressources, notamment foncières. Ces changements, auxquels s’ajoutent une crise de la gouvernance et une incapacité des autorités à gérer les conflits locaux, ont fait le lit des groupes armés qui s’implantent durablement dans la région », explique Crisis Group dans son nouveau rapport publié, lundi 9 novembre 2020 et qui s’intitule « Enrayer la communautarisation de la violence au centre du Mali ».

Tuerie de masse, vols et destruction de biens sont le dénominateur commun des acteurs à l’origine des conflits dans la région de Mopti, selon le Crisis Group. Ces violences, dont les civils pour la plupart sont victimes depuis 2016, sont perpétrées par des djihadistes, des groupes d’autodéfense mobilisés pour protéger leur communauté ou encore par des forces de sécurité, indique la même source.

Origine de la crise

Dans ce rapport, Crisis group retrace la genèse de cette crise ainsi que celle de la création des groupes d’autodéfense, dans cette région au centre du Mali. « L’engrenage de la violence est récent, mais le conflit s’ancre dans des rivalités anciennes entre communautés. Celles-ci se sont exacerbées au cours des dernières décennies sous l’effet d’une crise du pastoralisme ayant appauvri les Peul nomades, de la pression sur les ressources naturelles, notamment foncières, et de l’incapacité des pouvoirs publics et autorités traditionnelles à apporter des réponses crédibles à ces enjeux », explique ce rapport.

« L’implication d’activistes à Bamako »

La création de ces groupes, à l’origine pour défendre leur communauté contre des attaques, a contribué à la multiplication des exactions contre des civils et à plonger la région dans la guerre intercommunautaire qu’elle traverse, explique-t-on. « Celle-ci [guerre intercommunautaire ndlr] est également aggravée par l’implication d’activistes à Bamako, par celle de membres des diasporas peul et dogon, et, enfin, par l’instrumentalisation politique du conflit, en particulier lors des élections présidentielles de 2018 et des législatives de mars et avril 2020 », déplore-t-on.

« Ces violences facilitent le recrutement de combattants par les groupes jihadistes et d’autodéfense au centre du pays », alerte le groupe international d’analyse sur la sécurité dans le monde.

La responsabilité de l’État

Dans cet état de fait, ce rapport ne blanchit point les autorités de l’État qui ont manqué quelque part à leur responsabilité. Si depuis des années, les autorités maliennes et leurs partenaires ont mis en place des mesures pour mettre fin à ces crises, Crisis Group constate que la mise en œuvre de ces mesures est inadéquate. Tout d’abord parce que tous les efforts de sécurisation sont orientés vers la lutte contre le terrorisme que la protection des civils. « Le gouvernement [ndlr] s’est concentré sur la lutte antiterroriste sans suffisamment soutenir la réconciliation intercommunautaire ni reconstruire la légitimité de l’État », souligne le rapport avant de déplorer : « Les forces maliennes n’ont été capables ni de désarmer les groupes d’autodéfense ni de repousser la menace des groupes jihadistes ».

« Harmoniser et séquencer les mesures »

Les autorités de transition ont alors du pain sur la planche. Pour une pleine efficacité de toutes les mesures adoptées, Crisis Group propose un changement d’approche. Il estime qu’il faudrait harmoniser et mieux séquencer les mesures adoptées tout en envisageant d’employer des outils complémentaires.

Ce rapport suggère une réponse en trois phases : arrêter la spirale des violences en accentuant et harmonisant les efforts de dialogue pour négocier des cessez-le-feu locaux, envisager une réponse structurée visant à restaurer la présence et la crédibilité de l’État ainsi qu’à promouvoir le désarmement. Une fois que le conflit aura pris fin, « l’État devrait tenter de créer les conditions d’une réconciliation durable en s’attaquant à certaines causes structurelles profondes du conflit dans cette partie du centre du Mali, en particulier la gestion de l’accès aux ressources naturelles. »

Crisis group invite les autorités de transition à porter une attention toute particulière à la zone exondée de Mopti. Une localité en proie à des « flambées de violence à caractère communautaire dont sont victimes des civils principalement issus des communautés peul et dogon, majoritaires dans la zone », précise-t-on. L’essentiel des violences contre les civils se passe dans cette partie du Mali, qui représente 5 % du territoire malien, rappelle-t-on.

« Au-delà de la grogne sociale et de la mise en œuvre délicate de l’accord de paix intermalien signé en 2015, qui concerne surtout le nord du pays, les autorités de transition doivent également mettre un terme aux violences contre les civils et arrêter l’expansion des groupes armés jihadistes ou d’autodéfense dans le centre du pays », indique-t-on dans ce rapport.

Fousseni Togola

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