Coronavirus: les travailleurs afro-américains durement éprouvés

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Les chiffres sont sans appel. Plus de 40 millions d’Américains se sont inscrits au chômage depuis février, début de la pandémie aux États-Unis. Parmi eux, les Afro-Américains et les minorités sont les plus vulnérables.
En février, avant la pandémie de nouveau coronavirus, le chômage de la première puissance économique mondiale affichait fièrement un taux global de 3,5 %, le plus bas depuis 50 ans. Il était de 5,8 % pour les personnes noires contre 3,1 % pour les Blancs. Ce taux a depuis explosé à cause de la pandémie : 16,7% pour les Noirs, contre 14,2 %, pour les Blancs, avec plus de 20,6 millions de postes détruits fin avril, selon le Bureau américain des statistiques du travail.
Entre février et avril, 17,8 % des travailleurs noirs, soit une personne sur six, ont perdu leur emploi, contre 15,5 % pour les travailleurs blancs. Sachant que les premiers représentent un travailleur sur neuf, soit près de 12 % des effectifs du pays, lit-on dans l’étude de l’EPI, the Economy Policy Institute, publiée le 1er juin, dans un contexte particulier aux États-Unis. Au coronavirus s’ajoutent les violences qui émaillent le pays depuis le décès, le 25 mai, de George Floyd, un Afro-Américain de 46 ans asphyxié par un policier de Minneapolis, dans le Minnesota.
Inégalités dans le marché du travail
« Non seulement les travailleurs noirs perdent leur emploi à un rythme incroyable, mais ceux qui ne le perdent pas occupent des fonctions essentielles peu rémunérées, sans télétravail possible, parfois sans assurance-maladie », déplore Valerie Wilson, économiste à l’EPI, un think tank progressiste. Ces personnes travaillent dans la grande distribution, les transports, la santé ou encore l’aide à la personne. « Elles sont donc en première ligne, face à la pandémie », En première ligne et de santé plus fragile. « Les plus grandes disparités raciales existent dans la prévalence du diabète, des problèmes cardiaux-vasculaires, de l’obésité », selon l’étude. Plusieurs générations de ménages noirs, vivent ensemble sous le même toit, dans des logements sous dimensionnés et des régions très peuplées.
Pour toutes ces raisons, les Noirs sont « trois à quatre fois » plus affectés par le coronavirus que les autres citoyens, a reconnu Donald Trump. Alors qu’ils constituent 12,5 % de la population du pays, les Noirs représentent 22,4 % des décès dus au Covid-19. Au 2 juin, la pandémie a tué plus de 105 000 personnes aux États-Unis et en a contaminé 1,8 million.
Historiquement, peu de minorités ont accès aux postes de responsabilités dans les entreprises du pays. Seuls trois Afro-Américains et 24 femmes sont à la tête des 500 plus importantes entreprises américaines. Et un seul, Ken Frazier, patron du laboratoire pharmaceutique Merck, dirige une des 30 sociétés cotées en Bourse aux États-Unis.
Moins de 10 % des chefs d’entreprise sont des personnes de couleur. Elles sont à la tête de secteurs qui emploient un grand nombre d’employés et sont touchés par les fermetures dues au Covid-19. Selon le département d’Etat au Travail, « 40 % des revenus des entreprises appartenant à des Noirs sont réalisés dans les cinq secteurs les plus vulnérables », comme les loisirs, l’hôtellerie, la restauration, la vente au détail, les services.
Quant aux ménages, le revenu médian en 2018 des ménages blancs est 70 % plus élevé que celui des ménages noirs : plus de 70 000 dollars annuels contre près de 42 000. Ces revenus bas aux États-Unis ne permettent pas à ces populations vulnérables d’économiser pour faire face aux tempêtes comme celle du coronavirus. Tout en bas de l’échelle des revenus, le taux de pauvreté des Noirs est deux fois et demi plus important que celui des Blancs. Un Noir sur cinq vit au-dessous du seuil de pauvreté, soit avec tout juste 26 000 dollars par an pour une famille de quatre personnes.
Accès difficile aux aides fédérales
Le Congrès américain a versé, à ce jour, environ 2 900 milliards de dollars de soutien budgétaire aux ménages, aux entreprises, au secteur de la santé, aux États et aux collectivités locales, soit 14 % du produit intérieur brut du pays. Mais les populations fragiles n’ont pas facilement accès à ces coups de pouce. Pourtant, l’une des dispositions du CARES Act, la loi destinée à lutter contre les retombées économiques du coronavirus, comprend un versement de 1 200 dollars aux contribuables dont le revenu brut est inférieur à 75 000 dollars et aux foyers qui gagnent moins de 150 000 dollars. Les familles avec enfants peuvent également recevoir 500 dollars de plus.
Puisque les ménages noirs perçoivent des rémunérations inférieures à ces seuils, ils sont éligibles à ces aides. Mais 17 % d’entre eux ne peuvent pas les recevoir, car ils n’ont pas de compte bancaire. C’est le cas également pour 3 % pour ménages blancs. « Ces inégalités ne sont pas nouvelles. Elles existent depuis toujours. On ne pourra pas les résoudre tant que nous ne remettrons pas en cause notre système de capitalisme prédateur », s’indigne l’économiste et chef d’entreprise Julianne Malveaux.
Une remarque dont se fait l’écho Jaribu Hill, juge, fondatrice du Centre des droits de l’homme du Mississippi et également afro-américaine. « Les Noirs en sont là parce qu’ils ne gagnent pas assez pour vivre correctement. Ils n’ont pas de droits sociaux de base, pas de respect de leur dignité dans le monde du travail, s’insurge-t-elle. Nous avons besoin d’une législation rigoureuse qui corrige les disparités au lieu de mettre un pansement dessus. Mais les élus, les différents acteurs, a qui j’ai écrit, n’osent pas aborder ces questions parce qu’ils ont peur d’être pénalisés par leurs homologues blancs. Nous avons besoin d’une gouvernance courageuse. Nous avons besoin de gens engagés pour contrer cette politique historique qui consiste à défavoriser et à marginaliser la population noire. Il faut des révolutionnaires pour que les choses changent. »
Une lueur d’espoir ? Bank of America, la deuxième banque américaine, a annoncé ce 2 juin une enveloppe d’un milliard de dollars pour lutter contre les injustices raciales aux États-Unis ? Une réaction au décès de George Floyd, le 25 mai. « Les événements de la semaine dernière ont créé une véritable urgence à travers le pays, particulièrement au vu des injustices raciales que nous observons dans nos communautés où nous travaillons et vivons. Nous devons tous faire davantage », a déclaré Brian Moynihan, le PDG de la deuxième banque américaine dans un communiqué.
La banque veut soutenir des initiatives dans les domaines de la santé et améliorer les compétences des salariés afro-américains et hispaniques, afin de leur faciliter l’accès au postes à responsabilités.
Par: rfi

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