Macron propose d’activer l’instrument anticoercition de l’UE contre Trump

Emmanuel Macron a fait savoir qu’il demanderait “l’activation de l’instrument anticoercition” de l’UE contre les États-Unis si Washington devait mettre à exécution sa menace de hausse des droits de douane. En parallèle, les gouvernements européens ont fermement condamné la position de Washington et rivalisent dans la dureté de leurs propos.

18 Jan 2026 - 12:06
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Macron propose d’activer l’instrument anticoercition de l’UE contre Trump

Les Européens s’activaient dimanche pour opposer un front uni aux menaces de surtaxes douanières brandies par Donald Trump contre plusieurs pays s’opposant à ses velléités de s’emparer du Groenland, territoire autonome danois.

Le président français Emmanuel Macron, qui sera “toute la journée en contact avec ses homologues européens”, a notamment évoqué une “activation de l’instrument anticoercition” de l’UE si le président américain mettait en application ses menaces.

Le besoin de Macron de réunir une majorité qualifiée

Cette mesure requiert une majorité qualifiée des pays de l’UE, autrement dit un vote favorable de 55% des États membres représentant 65% de la population européenne. Si tel est le cas, l’UE pourrait geler l’accès aux marchés publics européens et bloquer certains investissements. Par ailleurs, les menaces commerciales américaines “posent la question de la validité de l’accord” sur les tarifs douaniers conclu entre l’Union européenne et les États-Unis en juillet dernier, a relevé un proche du président français.

Certains chefs d’État européens sont toutefois opposés à ce scénario, comme la Première ministre d’extrême droite Giorgia Meloni, réputée proche de Donald Trump. “Je pense qu’imposer de nouvelles sanctions aujourd’hui serait une erreur”, a-t-elle fait savoir, tout en ajoutant: “J’ai parlé à Donald Trump il y a quelques heures et je lui ai dit ce que je pense”. La Hongrie et la Slovaquie, elles aussi dirigées par des Premiers ministres d’extrême droite, pourraient également s’opposer à l’idée du président français.

Les pays de l’UE visés par les menaces de droits de douane de Trump représentent ensemble 43% de la population de l’UE et 22% des membres de l’Union. S’ils votent tous en faveur de l’instrument anticoercition de l’UE et que Rome ne les soutient pas, ils devraient convaincre huit autres pays de les rejoindre pour obtenir la majorité qualifiée. Cela pourrait par exemple être le cas de l’Espagne, qui a vivement critiqué Washington. Vu que ce pays représente une bonne partie de la population européenne, le critère démographique de la majorité qualifiée pourrait être lui plus ou moins facilement atteint.

10% dès le 1er février?

Depuis son retour au pouvoir il y a un an, le président américain parle régulièrement de prendre le contrôle de l’immense île située entre l’Amérique du Nord et l’Europe, invoquant des raisons de sécurité nationale face aux avancées russes et chinoises en Arctique. Il a encore haussé le ton samedi à la suite de l’envoi, ces derniers jours, de militaires européens sur l’île, dans le cadre de manœuvres danoises.

“Le Danemark, la Norvège, la Suède, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Finlande se sont rendus au Groenland dans un but inconnu. (...) Ces pays, qui se livrent à ce jeu très dangereux, ont pris un risque inacceptable”, a écrit le président américain sur Truth Social.

Irrité par ce déploiement, Donald Trump a menacé de leur imposer de nouveaux droits de douane jusqu’à ce qu’”un accord soit conclu pour la vente complète et intégrale du Groenland”. Cette surtaxe, de 10%, sera effective à partir du 1er février et pourrait s’envoler à 25% au 1er juin.

“Nous ne nous laisserons pas intimider”

Face à ces menaces, une réunion d’urgence des ambassadeurs de l’UE est prévue dimanche après-midi à Bruxelles, tandis que le président français Emmanuel Macron doit s’entretenir avec ses homologues européens au sujet de cette crise inédite entre membres de l’Otan. “Nous ne nous laisserons pas intimider”, a promis le Premier ministre suédois, Ulf Kristersson, qui estime que “seuls le Danemark et le Groenland décident des questions qui les concernent”.

En parallèle, le ministre danois des Affaires étrangères a entamé dimanche une visite diplomatique en Norvège, au Royaume-Uni et en Suède, trois alliés proches et membres de l’Otan, afin de discuter du renforcement du rôle de l’Alliance dans la sécurité de la région arctique. Lars Løkke Rasmussen sera à Oslo dimanche, avant de se rendre lundi à Londres et jeudi à Stockholm.

“L’exercice militaire danois, pré-coordonné, mené avec des alliés, répond à la nécessité de renforcer la sécurité dans l’Arctique et ne constitue une menace pour personne”, réplique la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, sur X, tout en ajoutant que “les droits de douane compromettraient les relations transatlantiques et risqueraient d’entraîner une dangereuse spirale négative”.

La Slovénie a pour sa part décidé ce dimanche d’envoyer deux officiers au Groenland pour participer à la mission internationale de reconnaissance dirigée par le Danemark, a annoncé le gouvernement slovène sur son site internet. Le gouvernement du Premier ministre Robert Golob a pris cette décision dans le cadre d’un memorandum de collaboration militaire conclu en 1998 avec le Danemark.

“Le Groenland n’est pas à vendre”

Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump emploie l’arme des barrières commerciales tous azimuts dans les relations internationales, y compris avec les partenaires traditionnels de Washington. Mais il franchit là un pas inédit: les États-Unis, piliers de l’Otan, menacent leurs alliés de sanctions pour s’emparer d’un territoire rattaché à l’un de leurs partenaires, le Danemark, pays souverain et démocratique.

Samedi, plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés, notamment à Copenhague et à Nuuk, la capitale du Groenland, pour dénoncer ces ambitions territoriales en scandant “le Groenland n’est pas à vendre”. Selon le dernier sondage publié en janvier 2025, 85% des Groenlandais sont opposés à leur rattachement aux États-Unis. Seuls 6% y sont favorables.

Source: https://www.7sur7.be/