….N’Tji Laïco Traoré, Ambassadeur du Mali en Chine : ” Nous souhaitons que la partie chinoise nous aide à asseoir notre autosuffisance alimentaire”

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A l’issue de la 8ème réunion des hauts fonctionnaires du Forum de coopération sino-africaine (FOCAC) dont les travaux se sont déroulés le 26 octobre dans la ville de Hangzhou sous la présidence du Vice-ministre chinois des Affaires étrangères, Zhai Jun, l’Ambassadeur du Mali en Chine, S.E. N’Tji Laïco Traoré, a bien voulu se prêter à nos questions. Entretien.

L’Indépendant : Vous êtes  l’Ambassadeur du Mali en République Populaire de Chine, peut-on savoir comment se porte la coopération sino-malienne ?

N’Tji Laïco Traoré : Les relations sino-maliennes sont au beau fixe. Je ne suis certainement pas le  premier ni le seul à porter une telle appréciation. Vous avez constaté au fil des ans  qu’au plan politique les échanges de hautes personnalités sont devenus de plus en plus fréquents. J’en veux pour preuve la dernière mission effectuée par l’envoyé spécial du président Hu Jintao à l’occasion de l’inauguration du 3ème pont de Bamako. Cette visite avait été précédée par beaucoup d’autres visites qui ont eu lieu dans le cadre de ces échanges de haut niveau  et qui, manifestement, témoignent de la vitalité de la santé des relations sino-maliennes.

Sur le plan des relations économiques, sociales et culturelles il y a là aussi  matière à satisfaction à cause des multiples réalisations que l’on peut voir à l’intérieur du Mali à travers notamment les infrastructures et tous les autres projets dans le domaine socio-culturel. Ce sont des actions qui sont visibles en ces moments-ci et qui nous permettent de dire qu’à ce niveau aussi la coopération est exemplaire et témoigne, une fois de plus, des bonnes relations  entre la République Populaire de Chine et la République du Mali.

 

L’Indép. : Pouvez-vous évoquer certains aspects emblématiques de cette co

opération ?

N.L.T. : Effectivement, si vous regardez de plus près dans tous les secteurs de la coopération il y a la main de la Chine et cela ne date pas de cette année. Depuis les premières années de l’indépendance, les embryons de tissus économiques et industriels du Mali sont beaucoup plus l’œuvre de la coopération sino-malienne. J’en veux pour preuve des sociétés comme la COMATEX et d’autres sociétés dans d’autres domaines qui attestent que depuis longtemps cette coopération est très vivante surtout dans le domaine des infrastructures, de l’agro-industrie. Des  acquis qui compteront pour beaucoup dans le développement économique et social du pays. C’est connu, les infrastructures constituent un préalable à tout développement. Et dans ce secteur nos amis chinois se sont fait suffisamment connaître en termes de coopération.

 

L’Indép. : Excellence, vous venez de participer à la 8ème réunion des hauts fonctionnaires du Forum de Coopération Chine-Afrique qui vient de se tenir à Hangzhou, quelles sont vos impressions ?

N.L.T. : La 8ème réunion des hauts fonctionnaires du Forum de coopération sino-africaine, au vu des résultats que nous avons acquis  est une étape préparatoire à ce Forum ministériel qui est prévu pour la mi-juillet en 2012 en République Populaire de Chine puisque ce Forum se tient au niveau ministériel de façon alternative. C’est une réunion préparatoire à cette rencontre dans tous les domaines pratiquement. Comme vous le savez, il y a eu deux questions essentielles qui ont été mises sur la table des experts. C’est, d’abord, l’évaluation de façon générale  de la mise en œuvre des engagements de la partie chinoise au terme de la Conférence  de Sharm el Cheikh qui s’est tenue en novembre 2009 en Egypte et, d’autre part, les préparatifs matériels de la cinquième Conférence ministérielle. Donc, si nous prenons ces deux questions concernant l’évaluation des actions du Forum ministériel de Sharm el Cheikh, toutes les délégations ont exprimé leur satisfaction sur la mise en œuvre de ces engagements. En ce qui concerne le Mali, les autorités ont eu, à plusieurs reprises,  à faire cette évaluation. Nous n’avons fait que réïtérer cette position-là. Nous-mêmes sommes globalement satisfaits.

A part  quelque trois projets  de dimension, d’ailleurs, modeste,  touchant un peu la construction de deux écoles primaires à Bamako, le creusement de puits aux fins d’équipement en pompes manuelles  et un projet d’énergie solaire qui vont,  d’ailleurs, débuter dans les deux mois à venir, pratiquement tous les autres projets sont dans le pipeline. Certains sont achevés, d’autres sont très avancés. Donc, sur ce plan nous sommes en phase avec l’ensemble des délégations. Cependant, pour les trois prochaines années nous souhaitons que les efforts se poursuivent dans les domaines des infrastructures, l’agriculture, le changement climatique, les questions sécuritaires régionales, les ressources humaines et le transfert de technologie. Nous souhaitons qu’au-delà de quelques projets dans le domaine agricole tels que les centres d’expérimentation agricole que la partie chinoise  va financer que nous allions dans le financement de projets physiques en tant que tels pour des aménagements hydroagricoles et asseoir davantage notre autosuffisance alimentaire. Nous avons mis aussi l’accent sur d’autres préoccupations dans un certain nombre de filières. Parmi ces filières, nous avons mis l’accent sur la filière coton.

A ce sujet,  d’ailleurs, je dois préciser que lors du passage de l’envoyé spécial du président Hu Jintao à Bamako, cette question avait fait l’objet d’entretiens assez avancés aussi bien avec le ministère des Affaires étrangères  qu’avec le ministère du Commerce.

S’agissant des questions politiques qui ont été soulevées, ici et là, nous retenons en particulier la lancinante question de l’adhésion de l’Union africaine au Forum. Heureusement que la sagesse a prévalu finalement cette adhésion ayant été acquise de façon consensuelle.

Reste maintenant la définition des contours des attributions de l’Union africaine au sein du Forum.

Dans l’ensemble, c’était une réunion globalement satisfaisante qui promet déjà de poser les jalons d’une réunion plus fructueuse au niveau du Conseil des ministres.

L’Indép. : Où en est le Mali dans la mise en œuvre des projets du FOCAC ?

N.L.T. : La réponse à cette question est très simple. Tous les projets qui ont été retenus ne  sont pas choisis ex-nihilo. Ce sont des projets approuvés par le gouvernement malien après discussion avec la partie chinoise. Donc tous les projets réalisés ou sont réalisés ou en cours de réalisation sont des projets qui nous conviennent parfaitement et il n’y a pas de raison qu’ils ne le soient pas. La satisfaction est là.

L’Indép. : Avez-vous des messages à l’adresse des autorités maliennes et de la partie chinoise à propos de cette coopération?

 

N.L.T. : Message d’un Ambassadeur aux autorités c’est trop dire. Nous sommes à leur écoute et d’elles nous recevons des instructions et nous les déclinons sur le plan international. Mais si je dois, peut-être, donner mon propre sentiment, je pense que la coopération sino-malienne et la coopération sino-africaine de façon générale comptent de plus en plus d’activités, des actions  internationales avec pratiquement tous les pays africains. Je crois que tout le monde a intérêt à promouvoir cette coopération afin de faire face aux défis de ce monde particulièrement dans les trois années à venir. Ces défis sont d’ordre économique avec les bouleversements que nous connaissons actuellement, des crises financières  mais aussi des crises identitaires et sécuritaires. Nous avons donc tout à gagner  à renforcer cette coopération et c’est ce à quoi nous nous employons, bien entendu, sous l’éclairage des autorités maliennes compétentes. 

 

         Interview réalisée par   Yaya SIDIBE

 

Envoyé spécial    en Chine

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