Pourquoi la France est devenue une cible privilégiée des jihadistes

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La France est dans le viseur des jihadistes non seulement à cause de son engagement en Syrie mais également parce que son armée est l’une des principales forces engagées dans la lutte contre le terrorisme en Afrique. Le gouvernement a pêché par manque de pédagogie. Les guerres lointaines, là où l’armée française réalise des «opex»-opérations extérieures-sont tout sauf «extérieures». Elles suscitent logiquement des actions de représailles à l’intérieur. Aussi, la France est bien en guerre, et pour longtemps et il faut l’expliquer aux citoyens.

D’un point de vue simplement numérique, la France déploie en ce moment environ 7.000 militaires dans des opérations extérieures, auquel il faut ajouter plus de 3.000 hommes stationnés dans des bases à l’étranger et autant de marins en mer. Opération la plus visible, l’engagement de la France dans la coalition internationale contre l’Etat islamique, que le gouvernement préfère nommer Daech, remonte à septembre 2014. Paris a été l’un des premiers partenaires de l’armée américaine contre l’Etat islamique en Irak. Lancée le 19 septembre 2014, l’opération «Chammal» conduite par les armées françaises pour assurer un soutien aérien aux forces armées irakiennes dans leur lutte contre le groupe terroriste, mobilise un petit nombre de militaires (environ 700) mais offre un matériel sophistiqué : 6 Rafale, 6 Mirage 2000D, des avions ravitailleurs, qui sont stationnés dans les centres de commandement à Bagdad en Irak, Amman en Jordanie et aux Emirats Arabes Unis.

4% des frappes de la coalition internationale en Irak

À la suite de l’attentat raté dans le Thalys, l’Elysée a décidé d’étendre l’opération à la Syrie, afin de doter l’armée française de ses propres moyens de renseignement et de pouvoir le cas échéant, frapper ceux qu’elle soupçonne de vouloir mener des opérations hostiles contre le territoire français. Les trois dernières frappes annoncées ont surtout visé à saper les bases économiques de Daech, puisqu’elles concernaient des terminaux pétroliers et gaziers. La France n’a réalisé en gros que 4% des frappes de la coalition internationale en Irak, mais son appui est déterminant, grâce à son matériel militaire (rafales, sonars, frégates) comme en témoigne l’envoi prochain, le 18 novembre du porte-avion Charles de Gaulle dans le golfe arabo-persique. Cet envoi va permettre dans un premier temps de soulager les Américains, qui ont besoin de réaliser des travaux d’entretien sur le leur. Le navire appareillera de Toulon et doit être accompagné d’un groupe aéronaval conséquent (frégates belge et britannique, navires ravitailleur, sous-marin d’attaque).

Le grain de sable Barkhane

Si en Irak et en Syrie, la France ne joue qu’un rôle secondaire par rapport à Washington ou Moscou, elle est en revanche décisive sur un théâtre d’opérations bien moins connu des Français, mais essentiel : le Sahel. Avec l’opération Barkhane déployée dans la banque sahélienne (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad), le gouvernement de François Hollande est aux avant-postes de la lutte contre les groupes terroristes armés, qui cherchent à déstabiliser l’Afrique de l’Ouest, voire à se joindre à la bannière de l’Etat islamique ou d’Al Qaida : Shebab en Somalie, Boko Haram au Nigeria mais aussi au Niger et dans le pourtour du lac Tchad, Aqmi au Mali, etc.

C’est un grain de sable dans le flot des trafics d’armes, de drogue, d’œuvres d’art et d’êtres humains, qui nourrissent les mouvements terroristes, mais un grain de sable irritant. Après l’opération Serval au Mali, seule l’armée française a désormais un crédit suffisant dans la région pour réussir à fédérer les différents acteurs, afin qu’ils coordonnent leurs services de renseignement et leurs moyens militaires contre la multitude des mouvements qui prolifèrent sur la contrebande. Avec 3 postes de commandement à Gao (Mali), Niamey (Niger) et N’Djamena (Tchad), Paris tisse un réseau de renseignements essentiel à toute la communauté internationale pour freiner toute jonction entre les groupes armés.

Au Sahel, l’armée américaine s’appuie de plus en plus sur l’expertise française. En outre, Paris a encore 900 soldats déployés en Centrafrique, malgré la montée en puissance des forces onusiennes (Minusca). Paris redoute un regain de violence à l’approche des élections organisées en décembre. De fait, alors que les armées française et britannique sont traditionnellement les deux armées capables de défendre l’Europe en Afrique, pour l’heure, Paris est bien plus engagé que Londres, les forces militaires britanniques ayant perdu beaucoup de moyens au fil des coupes budgétaires et des engagements passés en Irak et en Afghanistan.

Source : Les Echos (France)

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