Présidentielles aux Comores: A quitte ou double

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Quelque 308.000 électeurs sont appelés aux urnes pour élire le prochain président de la République dans le cadre d’une élection présidentielle anticipée ce 24 mars. Le président sortant Assoumani Azali a décidé d’écourter son mandat et de le remettre en jeu. Face à 12 autres candidats de calibres politiques différents. Enjeux

Le président sortant Assoumani Azali a décidé d’écourter son mandat et de le remettre en jeu. Un pari qui semble risqué devant douze candidats qui rêvent mordicus d’une alternance politique en dépit de l’élimination de la course des dirigeants de l’opposition.

Bilan qui va peser

Le président sortant mise davantage sur son bilan et son nouveau plan «émergent» pour être réélu par ses compatriotes dès le premier tour. Lors de ses différents meetings, il a tenu à expliquer qu’il avait à cœur l’unité, la stabilité, la cohésion du pays et la lutte contre la pauvreté pour assurer le développement économique et social de l’archipel. Des projets phares seront mis en exécution pour jeter les bases de l’émergence attendue à l’horizon 2030, avancent ses partisans. Le candidat Azali a d’ailleurs réitéré son engagement et sa vision samedi devant des milliers de ses supporters massés dans le stade d’Ajao au cœur de Moroni. Déjà, le pays s’enorgueillit d’un taux de croissance qui serait passé de 0,1 % en 2016 à 3.8 % en 2018.

« Il y a une réelle volonté de relance de l’économie », avance Fakrididine Abdoulhalik, secrétaire général de chambre de commerce de Moroni. En plus du partenaire <<stratégique>> qui reste la France, la Chine, les pays du Golfe, la Turquie, la Russie sont autant de pays qui s’intéressent aujourd’hui davantage à l’archipel.

Mais dans un pays ou 65 % de la population a moins de 25 ans, les défis restent importants.

Élection sur fond de polémique

A quelques heures du vote, la nouvelle Constitution est toujours au cœur d’une vive polémique dans le pays. Validée le 30 juillet lors d’un référendum, elle autorise le président qui sera élu à effectuer deux mandats de cinq ans consécutifs. Elle prévoit donc une alternance tous les dix ans, au lieu de tous les cinq ans comme dans la précédente loi fondamentale du pays. S’il remporte cette présidentielle, le président Azali pourrait rester au pouvoir jusqu’en 2029, déplorent la plupart de ses détracteurs.

En cas de deuxième tour, l’opposition pourrait soutenir le candidat le mieux placé et mettre ainsi en difficulté le président sortant. Un pari risqué que ce dernier a décidé de prendre.

A l’approche du scrutin, l’opposition n’a cessé aussi d’accuser le pouvoir de dérives autoritaires surtout après l’arrestation de ses membres dont le chef du parti Juwa et ex-président Ahmed Abadallah Sambi, ainsi que l’invalidation de la candidature de l’opposant Mohamed Ali Soilihi.

Tentatives de bourrages d’urnes, achat de conscience, utilisation anormale des moyens de l’État, tentatives d’intimidation sont autant de récriminations des détracteurs du régime qui parlent d’une procédure «biaisée» en amont.

A la veille du scrutin, elle dénonce aussi une mauvaise distribution des cartes d’électeurs.

«Certains électeurs qui devaient voter dans l’ile de Grande Comore vont se retrouver dans l’ile d’Anjouan. Tout cela est fait à dessein pour décourager les votants», lance un opposant rencontré au siège du parti de l’opposition Juwa.

Sur les réseaux sociaux, les débats sur une prétendue tentative du pouvoir en place de passer en force au premier tour font aussi rage.

Mais toutes ces accusations ont été balayées d’un revers de main par Homed Msaidie, directeur de campagne du candidat sortant, qui accuse l’opposition d’être de «mauvaise foi».

 

«Ils auraient pu se retirer du processus, s’ils pensent que tout cela n’est pas clair. Le prochain président s’appellera Azali », lâche-t-il, confiant, devant la presse.

Pour sa part, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) s’est voulue rassurante.

Devant les medias, elle s’est engagée, jeudi, à organiser des élections libres et transparentes sur l’ensemble des trois iles.

‘’Toutes les dispositions matérielles et sécuritaires ont été prises pour l’organisation d’élections fiables, crédibles et paisibles et ou l’égalité des chances pour tous est garantie », a déclaré le président de l’institution, Ahmed Mohamed Djaza.

Quelque 200 observateurs internationaux de l’Union africaine, de la Ligue des Etats arabes (LEA), de l’Organisation internationale de la francophonie (Oif) mais aussi d’autres organisations sous régionales sont présents dans le pays pour veiller au bon déroulement des différents aspects du processus électoral.

Par Mamadou Moussa BA, Envoyé Spécial à Moroni

Confidentiel Afrique

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