Sénégal : l'opposition accentue la pression sur Diomaye Faye

L’opposition sénégalaise accentue la pression sur le président Bassirou Diomaye Faye pour qu’il fixe une date pour les élections locales, un scrutin qui pourrait constituer le premier véritable test électoral de son rapport de force avec son ancien mentor, Ousmane Sonko, depuis leur spectaculaire rupture.

20 Août 2026 - 07:30
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Sénégal : l'opposition accentue la pression sur Diomaye Faye

En mai, M. Faye avait démis M. Sonko de ses fonctions de Premier ministre, provoquant une fracture au sein du camp présidentiel et l’émergence de factions rivales, déjà tournées vers la présidentielle de 2029 dans un Sénégal confronté à un lourd endettement.

Depuis plusieurs semaines, Ousmane Sonko, qui a depuis retrouvé les bancs du Parlement et pris la présidence de l’Assemblée nationale, réclame la tenue des élections municipales et départementales dans les délais prévus. Il accuse le chef de l’État de retarder volontairement le processus électoral.

Lors d’un récent déplacement dans le nord du pays, M. Sonko, opposé à tout report du scrutin, s’en est même pris publiquement au président.

« Je demande aux patriotes » les militants de son parti, le Pastef « de lever un peu le pied sur la mobilisation pour que ce type (Faye) ait le courage » de fixer une date pour les élections, a-t-il lancé.

Un calendrier électoral toujours incertain

Les mandats de cinq ans des élus municipaux et départementaux arrivent à échéance en janvier. Le scrutin est donc considéré comme un premier test de popularité pour les deux anciens alliés, arrivés ensemble au pouvoir en 2024.

À l’époque, Ousmane Sonko, empêché de se présenter à la présidentielle en raison d’une condamnation pour diffamation, avait apporté son soutien à la candidature de Bassirou Diomaye Faye, qui avait remporté l’élection.

Depuis leur rupture, le paysage politique sénégalais s’est profondément transformé. Leur parti, le Pastef, qui demeure la principale force au Parlement, est désormais traversé par de fortes tensions.

À ce jour, le président Faye n’a toujours pas signé les décrets nécessaires au lancement du processus électoral, notamment celui fixant la date du scrutin et celui permettant l’ouverture des inscriptions sur les listes électorales.

Cette situation suscite d’autant plus d’interrogations que de nombreuses communes restent contrôlées par le parti de l’ancien président Macky Sall, au pouvoir de 2012 à 2024.

La coalition d’opposition FDR, dirigée par l’ancien parti présidentiel de M. Sall, s’est elle aussi prononcée contre tout report du scrutin ou toute prolongation des mandats des élus locaux.

Selon Mor Fall, maître de conférences en droit à l’université de Dakar, le Code électoral prévoit que le décret fixant la date des élections doit être publié au moins 80 jours avant le scrutin. Si les élections doivent avoir lieu avant l’expiration des mandats actuels, le décret devrait donc être publié au début du mois de novembre.

Mais Aminata Touré, responsable du parti Kiiraay récemment créé par M. Faye, a récemment estimé que le chef de l’État disposait de « toute l’année 2027 » pour organiser les élections, alimentant les spéculations sur un possible report.

En juillet, le président a officiellement rompu avec le Pastef en lançant son propre mouvement, Kiiraay — Les Patriotes républicains. Le nom signifie « protection » ou « bouclier » en wolof.

Un président « en difficulté »

Bassirou Diomaye Faye doit largement son accession à la présidence à Ousmane Sonko, son ancien mentor, qui aurait très probablement été candidat à la présidentielle de 2024 s’il avait pu se présenter.

Pour l’analyste politique Pathe Mbodj, le président pourrait être tenté de temporiser tant que son propre avenir politique demeure incertain.

« Il a du mal à maîtriser la situation politique… Nous sommes dans une situation quelque peu hybride où il ne dispose pas de tous les pouvoirs », a-t-il déclaré à l’AFP.

Une défaite aux élections locales face au camp de Sonko pourrait fragiliser M. Faye bien avant l’échéance présidentielle de 2029, estime-t-il.

« Pour la stabilité du pays, le président préférera reporter les élections plutôt que de fixer à tout prix une date en janvier », a ajouté M. Mbodj.

Selon l’analyste, M. Faye pourrait également chercher à se donner davantage de temps pour consolider sa formation politique avant de se soumettre au verdict des électeurs.

Toutefois, tout report des élections nécessiterait l’adoption d’une loi par le Parlement, a rappelé M. Fall.

Vers des élections anticipées ?

L’incertitude est renforcée par les déclarations du ministre du Commerce, Serigne Gueye Diop, qui a affirmé cette semaine que le président envisageait de dissoudre le Parlement en décembre et de convoquer des élections législatives anticipées.

Des médias locaux ont également rapporté que M. Faye aurait sollicité l’avis du Conseil constitutionnel sur la possibilité d’organiser simultanément les élections locales et les législatives en 2027.

La présidence n’a pas répondu aux sollicitations de l’AFP concernant ces informations.

Source: fr.africanews.com