Boutout Aliou Sall, Groupe Walaha : “Le festival Ag’Na a réuni le Mali dans son ensemble”

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Fruit d’une collaboration entre Ciné A dos et  le festival au Désert, le festival “Ag’Na” a tenu sa première édition du 27 au 1er mars 2020 à Koulikoro. Dans cette interview  Boutout Aliou Sall, responsable communication, développement stratégique du groupe Walaha  revient sur cette édition spéciale qui s’était donnée  comme challenge de réunir deux mondes de création différente : la culture authentique  du Mali et les arts numériques.

Mali tribune : A sa 9e édition, Ciné A dos  s’est associé au festival au désert pour donner naissance à un évènement dénommé “Ag’Na”. Pourquoi ce changement ?

 Boutout Aliou Sall : le festival Ciné A dos existe depuis  près d’une décennie. Certes, à travers les arts numériques, on a fait beaucoup de choses pour pourvoir rétablir la paix et la cohésion entre les Maliens.  Dans nos réflexions, on s’est dit que cette année, on ne pouvait pas  faire un évènement comme si rien n’était.

A Wahaha, notre structure culturelle s’est demandée ce qu’on pouvait encore faire pour accompagner l’effort de l’Etat en travaillant dans une structure de développement culturel via le numérique et les technologies mobiles. Dans notre contexte actuel, il faut qu’on participe encore à cet effort pour la paix.

C’est là qu’on a réfléchi et cherché. Le festival au désert depuis les problèmes du Nord n’a pas eu lieu. On a rapproché les organisateurs du festival au désert pour montrer d’abord que le Mali est un et indivisible et  pour pouvoir renforcer nos cultures et échanges via les nouvelles technologies et l’innovation.

Parce qu’avant,  on nous faisait croire qu’il y a une mésentente entre les Maliens du nord et ceux du sud. Alors que ça n’a jamais existé. C’était juste pour créer l’amalgame  et nous séparer. Le groupe Walaha voulait  un peu être l’aiguille avec le fil qui va coudre cette déchirure sociale.

Avec l’expertise dont dispose Walaha dans ce domaine avec Walaha Web TV et notre incubateur Lab-Tap, peuvent être aussi un outil de renforcement. Du coup, ensemble on a créé “Ag’Na”, qui signifie  en tamashek : culture.  Avec cette fusion, on a décidé de réunir tout le Mali.

On a voulu cette rencontre qui s’appelle “Ag’Na” où la culture est renforcée et les innovations donnent plus de visibilité et plus de force pour cette cohésion.

Mali Tribune : Quelles sont les innovations  apportées à cette première édition ?

B. A. S. : Il y a eu beaucoup de changements. Cette édition était spéciale. On a fait venir des Maliens parce que c’est seulement entre Maliens qu’on peut régler notre problème et qu’on avait l’habitude de régler notre problème. La charte de Kurukanfouga est un exemple. C’était des cadres d’échanges et de partage.

En plus, il y a eu des rencontres professionnelles des membres du réseau Kya avec l’ensemble des acteurs du Mali sur le thème : le rôle des évènements culturels dans le processus de paix et de réconciliation au Mali.

“Ag’Na” a aussi donné la parole cette année aux photographes de Koulikoro et du Mali.  Ils ont ensuite fait des expositions photos. L’idée c’était de pouvoir réunir les professionnels au niveau local et national pour  qu’ils réfléchissent ensemble pour voir comment la culture peut être un vecteur de changement social et un accélérateur vers la paix et la cohésion entre les peuple. C’est un peu tout cela qui permet de faire de pierre en pierre et construire quelque chose de solide.

 Mali Tribune : Qu’est-ce qui a été fait  du côté de la programmation musicale ?

B. A. S. : On a carrément innové. On a fait rencontrer le Mali ensemble du nord au sud, du centre à l’est et à l’ouest sur nos scènes avec des artistes de renommée dont Oumou Sangaré, le groupe Tartit, Aratan Akal, Kader Tarhanine, Vieux Farka Touré, Habib Koité, Takamba Super 11. Tous ces artistes, des exemples dans le domaine culturel et des ambassadeurs du Mali, ont eu la parole durant le festival.  Ils ont chanté ensemble une seule chose, le Mali et la paix. La jeunesse était aussi présentée par Dr. Keb et d’autres rappeurs maliens.  Il y a eu la mixité. C’est ça le Mali.

Toutes ces activités se sont déroulées sur différents sites. Comme lors des éditions précédentes, Ciné A dos qui est aussi le développement via le numérique et les technologies, a  organisé des projections de films, des animations artistiques gratuites dans la ville de  Koulikoro. La population a eu la chance aussi d’échanger avec des réalisateurs sur place. C’était des films en bambara sous-titrés en français, films en français et des courts métrages faits par des réalisateurs maliens.

Aussi nous avons aménagé deux autres sites notamment l’espace vision sur le Niger et l’Ile Désert dernière sur le Fleuve pour permettre à tout le monde de profiter du festival.

Mali tribune : “Ag’Na” a confié l’organisation de cette première aux jeunes. Un élan qui sera maintenu lors des prochaines éditions ?

B. A. S. : Oui. C’est tout un programme de formation développé par le groupe Walaha. C’est des jeunes qu’on a eu à former dans le cadre de notre projet. Ces jeunes ont plus de ressources que nous et ils ont réussi à s’affirmer. C’est ça le plus important. Leur laisser venir sur les scènes permet d’innover et avoir des nouvelles idées. C’est une manière aussi de leur passer la main.

Outre ce projet, nous avons aussi un en cours d’exécution sur l’égalité des chances surtout à travers le genre. Dans ce cadre, on a formé une vingtaine de femmes déscolarisées et non scolarisées de Koulikoro sur la photo et vidéo. De petits commerces, aujourd’hui elles gagnent leur vie grâce à cette formation.

C’est une manière pour nous donner la chance à chacun de pouvoir profiter pleinement de l’économie du festival et de participer  au développement de leur pays.

 

Mali Tribune : Malgré la situation sécuritaire, les deux grands festivals sont arrivés à créer ce grand évènement.  Est-ce que Ag’Na essaye de passer le signal que la culture peut être un bouclier fort pour le retour de la paix, un souhait tant aspiré par les Maliens ?  

B. A. S. : Tout à fait. La culture est ce bouclier qui permet de s’opposer contre toutes formes de violences en permettant aux uns et aux autres de se connaitre et de se parler. C’est essentiel et c’est peu être notre identité culturelle.

Le fait d’en faire une rencontre comme “Ag’na” permet aussi de rendre au Mali tout ce qu’on lui doit. Il  est le pays qui reçoit le monde entier et très disponible. C’est aussi une façon de combattre tout ce qui se dit sur lui à l’extérieur et de montrer que le Mali est là et sera toujours là malgré tout. Je profite de cette tribune pour remercier le maire de Koulikoro, le gouverneur de la région, les nobles et autorités coutumières qui nous ont facilités l’organisation de nos activités.

Aussi, nous remercions les ministres de la Culture et du Tourisme et de l’Artisanat qui nous ont honorés de leur présence à ce festival.

Les autorités ont compris l’enjeu de cette rencontre, qui ne signifie que la paix. Leur présence ne fait que démontrer la volonté du président de la République, qui est aussi le champion de la culture africaine et du chef du gouvernement d’accompagner le secteur culturel dans un contexte très difficile aujourd’hui.

Recueillis par

Kadiatou Mouyi Doumbia

(envoyée spéciale)

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