El Hadj Patrice Dembele, président de l’AMSUNEM : “Nous accompagnons ce processus qui contribuera à faire partir honorablement les militaires”

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Selon le secrétaire général de l’Amicale des anciens militants et sympathisants de l’Union nationale des élèves et étudiants du Mali (Amsuneem), El hadj Patrice Dembélé, l’Amsunem va accompagner et soutenir le processus en cours, c’est-à-dire, le referendum, élection législative, élection régionale, élection présidentielle. Dans un entretien ci-dessous, M. Dembélé nous explique les raisons de leur soutien à la tenue des élections référendaires qui auront lieu le 18 juin prochain.

 Mali-Tribune : Pourquoi soutenez-vous ce référendum ?

Patrice Dembélé : Pour qu’on aille au changement, après aller aux élections, il faut commencer par le référendum, c’est pourquoi nous supportons le processus en cours, c’est-à-dire, le referendum, élection législative, élection régionale, élection présidentielle. Vous voulez que les militaires partent et vous ne voulez pas du premier pas qui les fera partir par la meilleure manière, ça c’est vouloir une chose et son contraire.

Nous à l’Amsuneem nous ne sommes pas dans ce chemin-là, nous nous allons vulgariser cette Constitution et nous allons nous donner le temps et le devoir de le faire. Ces militaires ont décidé de sortir là où ils sont et aller aux élections, donc ils commencent par la rédaction d’une nouvelle Constitution. Si Alpha a voulu réviser, si ATT a voulu réviser, si IBK a voulu réviser, ça veut dire que cette Constitution mérite d’être touchée, elle mérite d’être révisée ou elle mérite d’être changée.

Certes certains points font l’objet de contestation quelque part mais l’essentiel pour nous, il faut changer la Constitution. Je l’ai souvent répété que pendant 30 ans de vie démocratique, nous les acteurs du 26 mars, la société civile, le politique, et quelque part beaucoup les religieux, nous avons failli à cause de nos égos, nous avons failli à cause de notre incapacité à nous mettre d’accord pour le Mali.

Le président Alpha Oumar Konaré pour qui j’avais beaucoup d’estime, a difficilement pu faire ses dix ans démocratiquement élu à la tête du pays, et pourtant il a fait ce qu’il pouvait faire. Il est l’artisan de beaucoup de monuments et d’autres pour lesquels nous sommes fiers. Il a voulu réviser la Constitution, il n’a pas pu.

Le président Amadou Toumani Touré qui lui a succédé, paix à son âme, a été je peux dire, le bâtisseur, le soldat de la démocratie. Pour ceux qui ne le savent pas, il a vraiment bâti ce pays-là. En son temps, il y a eu une large ouverture de concertations et de consensus pour que nous avancions. Il y a eu beaucoup de réalisations, multiformes pour compléter ce que le président Alpha avait fait et en ajouter. Il n’a pas pu terminer son mandat, c’est le politique et le religieux encore qui étaient en bas pour lui faire un coup d’Etat et je dirais le coup d’Etat le plus stupide qui nous a mis dans la situation à laquelle nous vivons aujourd’hui.

Est venu un autre grand frère à nous que son âme repose en paix, président Ibrahim Boubacar Kéita, démocratiquement élu avec un taux très élevé de suffrage. Premier mandat difficile, deuxième mandat impossible, jusqu’à ce qu’on lui a fait un coup d’Etat à lui aussi. Et quand vous venez encore en filigrane, c’est toujours la tranche politique et les religieux, la société civile pour la plupart qui étaient encore dans les coulisses pour ce coup d’Etat.

Avec tout cela nous piétinons notre démocratie et nous voulons encore parler de démocratie. A l’époque des faits nous Amsuneem, que ça soit avec ATT, que ça soit avec IBK, nous avons accompagné surtout par rapport à la question de l’école à laquelle nous tenons beaucoup. Donc les militaires ont pris le pouvoir. Qui a amené les militaires ? C’est les mêmes politiques, en son temps il est dit que la classe politique s’est alliée derrière un imam pour exercer leur influence politique. Alors à quoi ça nous a servi les trente années de la démocratie pour être dirigés par un imam, aller à une élection populaire puis aller à un coup d’Etat.

Il y a des interrogations, nous les acteurs du 26 mars nous devrons nous poser des questions, nous devrons être capables de faire notre mea-culpa. Je profite de l’occasion pour dire qu’il ne s’agit pas de tous les hommes politiques, il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Il en a qui sont restés dans l’exercice de leur conviction politique pour le Mali et qui ont fait de très belles choses pour le Mali. Qu’on le veuille ou non on ne peut pas reprocher la mauvaise gouvernance à mon cousin Ali Nouhoum Diallo. On ne peut pas lui reprocher de ne pas être un patriote. Il a dû jouer son rôle et ses quatre vérités. Je me réserve de citer d’autres mais il y en a dans le lot de mes camarades des anciens de l’Uneem qui ont dirigé ce pays par compétence et intégrité.

Mali-Tribune : Que reprochez-vous à certains hommes politiques ?

P D. : Je ne reproche rien à personne, chacun est libre de penser ce qu’il pense, je dis tout simplement soyons unis, allons aider ceux qui sont aujourd’hui au pouvoir pour que nous sortions aujourd’hui de la situation dans laquelle nous sommes. Je n’accuse pas quelqu’un je fais une analyse. Tous ceux qui sont en train de faire ces bruits sont ceux-là qui ont dirigé et ont partagé le pays entre eux, leurs enfants et leurs proches.

Mali-Tribune : Pourquoi vous soutenez ces jeunes militaires ?

P D. : A chaque génération son combat, en ce que je sache ces militaires-là, sont ceux qui étaient sur le front, certains qui ont frôlé la mort, donc ils connaissent les problèmes pour lesquels nous souffrons aujourd’hui, notamment les terroristes. En même temps certains étaient aussi au sud dans l’administration militaire et connaissent ce qui se passe et ce qui se passait. Pourquoi ils ont fait front contre la France ? Et pourquoi je les supporte pour ça ?

Parce que l’Amsuneem a été la première association à aller rencontrer l’ambassadeur de France chez lui en mai 2020 avant le coup d’Etat, pour lui dire attention dites à la politique française et à vos mentors que nous savons maintenant avec des preuves que c’est la France qui est en train d’aider ces terroristes-là pour terroriser le Mali. Ce jour on lui a dit, si vous ne faites pas attention le pire peut arriver et c’est arrivé car l’ambassadeur a été chassé par ces nouvelles autorités, Barkhane a été mise dehors, il y a eu le coup d’Etat.

Donc ces jeunes ont cette vision que nous nous avions sans être militaire. Le Premier ministre qui a été choisi est un politique, qui est un homme intelligent, qui connait le pays, qui a été choisi dans le lot des politiciens qui étaient sur le boulevard de l’Indépendance. Il a bien travaillé avec ces militaires pour renforcer davantage ces dispositifs anti-français qui nous minent. Il a su jouer ce rôle avec efficacité, nous lui tirons le chapeau. C’est pourquoi nous avons dit que c’est la souveraineté retrouvée. Nous avons même décerné des diplômes à tous ces colonels qui sont en train de se battre pour retrouver la souveraineté de ce pays.

Mali-Tribune : Que répondriez-vous à ceux qui disent que cette transition n’est pas habilitée à réviser la constitution ?

P D. : Ils ont le droit de dire ce qu’ils pensent, pour moi ça ce n’est pas un argument. Ce n’est pas la première fois qu’on voit des militaires faire un coup d’Etat et organiser un référendum. S’ils tenaient tant à leur histoire de démocratie pourquoi ils ont refusé à ce IBK fasse la révision constitutionnelle. Celui qui est au pouvoir, c’est lui qui voit qu’est-ce qu’il faut faire pour que le Mali sorte de la situation mais pas eux dans les petits coins. Ces jeunes militaires sont venus au pouvoir et ce n’est pas eux qui peuvent les enlever là-bas. C’est le processus qui va faire qu’ils vont quitter.

Mali-Tribune : Le climat sécuritaire est-il favorable à la tenue d’un référendum ?

P D. : Il y a l’insécurité partout, c’est vrai que notre cas est spécifique. Mais il découle de l’assassinat de Khadafi, tout le monde savait que les pays africains se sont battus pour que Kadhafi ne soit pas assassiné mais il l’a été, du coup tous les armements qu’ils avaient se sont éparpillés dans le Sahel et a donné naissance à toute sorte de bandit que vous pouvez imaginer créer par certains maliens qui se disent MNLA.

On peut organiser le référendum là où il est possible, on ne va pas s’asseoir parce que le pays n’est pas sécurisé. On va le sécuriser quand ? Mais soyons réalistes. C’est vrai que le problème existe, et qu’il y a encore des attaques par-ci par-là, même aux alentours de Bamako vous n’êtes pas sans savoir que Bamako est rempli par ces terroristes. Nos mosquées sont remplies de terroristes, l’administration est remplie de terroristes, il n’y a pas que des terroristes qui sont dans les brousses.

Mali-Tribune : Quelle appréciation faites-vous de la question de la laïcité ?

P D. : Pour moi, la laïcité c’est un faux débat et je continue à dire que c’est un faux débat, pourquoi ? Qu’est-ce que la laïcité à avoir avec nos élections dans la mesure où dans l’ancienne Constitution, il y avait le problème de la laïcité. Même au temps du prophète Muhammad PSL, il a vécu avec ceux qui n’étaient pas d’accord avec lui et qui n’étaient pas dans la même religion que lui. Depuis ce temps, les gens vivent en harmonie. Allez-y en Arabie saoudite, moi j’ai été six fois à La Mecque j’en suis fier. Quand vous rentrez dans les mosquées, baissez vos bras si voulez, attrapez vos poitrines si voulez, il y en a ceux qui sont couchés en train de prier, il y a des malades qui louent des gens pour faire le tour de La Kaaba. Tu vois des femmes et des hommes sur le même alignement en train de prier.

Maintenant revenons au Mali ici, combien de familles sont couples, femme chrétienne, homme musulman ou homme chrétien, femme musulman. Cela existe en nombre dans ce pays. Moi mes enfants qui sont chrétiens, sont restés chrétiens. Je ne leur ai pas dit obligatoirement, venez-vous convertir en islam, mais j’ai des neveux qui étaient chrétiens en me voyant pratiquer l’islam, ils sont venus me voir pour dire leur souhait de se convertir à l’islam. J’ai un ami qui est pasteur mais son grand frère s’est converti à l’islam. Lors des fêtes chrétiennes, nos amis chrétiens nous invitent et nous les invitons élégamment lors de nos fêtes. Alors qu’est-ce qu’on peut reprocher à la laïcité ? C’est des gens qui sont à l’ombre qui ont un autre calendrier mais qui ne va pas être dévoilé ici. Ces gens, ils n’ont qu’à rester là où ils sont, on les voit.

Mali-Tribune : Avez-vous un dernier appel

P D. : L’appel que j’ai à lancer au peuple malien c’est de participer massivement à ce référendum. On ne peut pas avoir notre souveraineté sans souffrir, on ne peut pas avoir la paix sans être ensemble, on ne peut pas vaincre ces terroristes si nous ne sommes pas unis.

La tenue de ce référendum est très importante parce que c’est le début du processus et quand les gens votent massivement et que le taux de participation sera élevé qu’on saura que les gens ont réellement souci du pays. C’est pourquoi les autorités se sont données le temps pour dire que si tu as ta carte d’identité, ta carte de Nina, ton passeport, ta carte d’électeur, tu as ta carte consulaire pourvu qu’on sache que tu es malien, tu vas aller voter.

Donc toutes les vannes sont ouvertes pour que l’eau circule normalement. Tous ceux qui sont de bonne foi et qui sont patriotiques peuvent aller voter. Certains posent le problème matériel. Pour moi, on n’a même pas besoin d’urne, il faut seulement ouvrir les classes, les gens rentrent ils se mettent dos aux assesseurs et puis mettre leur vote dans l’isoloir.

De mon point de vue, rien ne doit nous amener à croire que nous ne sommes pas prêts pour ce référendum de 18 juin. La mauvaise volonté seulement peut nous conduire à cela. Certains peuvent croire que c’est trop simpliste ce que je dis mais c’est ça la réalité. La démocratie a existé chez nous bien avant ça. Nous ne devrons pas oublier nos valeurs sociétales et dans le processus, dans la Constitution force est donnée à ces valeurs sociétales.

Propos recueillis par

Ibrahima Ndiaye

 

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