Yaya Sangaré, ministre de la communication, porte-parole du gouvernement : “Personne ne doit se mettre en retrait du dialogue national inclusif”

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Dans un entretien qu’il a accordé à Mali Tribune, Yaya Sangaré, ministre de la Communication, Porte-parole du gouvernement, à l’occasion du 22 septembre, revient sur les défis d’IBK II, la grande famille EPM, l’Adéma… Interview.

Mali-Tribune : Que pensez-vous des progrès obtenus en termes de développement après 59 ans d’indépendance ? 

Yaya Sangaré : Le 22 septembre 2019, nous fêterons le 59e anniversaire de l’indépendance de notre cher Mali. 59 ans, c’est beaucoup dans la vie des hommes, surtout dans un pays où la durée moyenne de vie dépasse à peine 50 ans. Mais 50 ans, ce n’est rien dans la vie d’une grande nation comme le Mali. Aujourd’hui, nous avons une population à majorité jeune. Plus de la moitié des Maliens n’ont pas connu les premières heures de notre accession à la souveraineté nationale et internationale.

Toute œuvre humaine est perfectible. On aurait pu certainement mieux faire, mais apprécions plus ce que nous avons pu réaliser avec les moyens et les contingences qui ont été les nôtres jusqu’ici. C’est pourquoi, il me plait de constater avec vous les progrès remarquables que le pays a enregistrés dans tous les domaines, et qui sont le fruit de l’effort et des sacrifices de toutes les Maliennes et de tous les Maliens, de l’intérieur comme de l’extérieur.

Nous nous devons de reconnaitre cette vitalité d’un Mali qui bouge, qui avance, qui se transforme chaque jour au prix de l’engagement et du sacrifice de notre Peuple. Je suis confiant en un avenir meilleur pour notre pays.

Pour ce faire, nous nous devons de proposer aux hommes et aux femmes, qui veulent bâtir notre pays, une démarche cohérente et réaliste, soutenue par des moyens clairement identifiés.

Parlez des progrès obtenus en termes de développement après 59 ans d’indépendance, c’est aussi et avant tout reconnaître le sacrifice et l’engagement patriotique et civique des pères fondateurs de notre République, dont celui du premier Président du Mali, notre père le Président Modibo Keïta et tous ses compagnons, qui ont donné à notre pays, un nom, le Mali de toutes les luttes, le Mali de toutes les gloires, et aujourd’hui avec la transmission du relais au président Ibrahim Boubacar Keïta, un Mali en difficultés de tout genre, mais un Mali de tous les espoirs, même si à présent très peu de nos compatriotes sont loin de cerner tous les contours des difficultés et enjeux dont nous sommes l’objet. Quand on a travaillé à ses côtés, on réalise tout le tact et la doigtée avec lesquels il défend les intérêts de notre pays avec les moyens et les contraintes qui nous sont imposés. Mais rassurez-vous, et je le confesse, le Président IBK partage avec ses prédécesseurs dans la fonction le même dénominateur commun, celui d’un amour viscéral pour le Mali et son développement. Tant qu’Alpha Oumar Konaré était au pouvoir, tant qu’ATT était au pouvoir, on ne sut pas trop qu’ils étaient de très bons Présidents de la République, c’est après leur départ que beaucoup ont révisé leur jugement sur leur mandat. Je pense que ce sera le même pour IBK quand il transmettra le pouvoir à son successeur à la fin de son mandat.

 

Mali-Tribune : Etes-vous optimiste, pour un pays stable après l’organisation de ce dialogue inclusif ?

Y.S. : La crise sans précédent et multidimensionnelle à laquelle le Mali est confronté depuis 2012 impose le dialogue aux Maliens en vue de construire une vision concertée et à la hauteur des défis de l’heure.

Au cours de ce dialogue national, il est prévu des débats sur les questions d’ordre sécuritaire, économique, politique, institutionnel, social, culturel et climatique.

L’évolution de la situation sécuritaire ébranle le pays. Ajoutez à cela les manifestations et les grèves qui ont marqué toute l’année 2018 et une bonne partie de l’année 2019. Tout cela explique la détérioration du climat politique et la grogne sociale. Le report des élections législatives et la double prorogation de la mandature de l’Assemblée nationale en ont rajouté à la crispation politique. Mais sachons que les soubresauts d’un grand malade sont signe de vie. C’est donc pour décrisper la situation politique et sociale que le Président de la République a pris une série d’initiatives qui ont conduit à un calme relatif. La mise en place d’un Gouvernement de mission suite à l’Accord politique de gouvernance conclu entre le Gouvernement et une partie de la classe politique ainsi que les organisations de la société civile participe de cet effort.

Le dialogue national inclusif est une forte demande de la classe politique et la société civile. Il est ressenti comme une nécessité par les forces vives de la nation pour sortir de la crise multidimensionnelle que vit le pays depuis 2012.

L’objectif est d’établir un diagnostic rigoureux des problèmes auxquels notre pays est confronté, de même que leurs causes, en vue de proposer des solutions avec un chronogramme et un plan d’actions de mise en œuvre.

Il est attendu beaucoup des débats sur les grandes questions engageant l’avenir du pays, notamment en matière de sécurité, paix, défense, de gouvernance et de rénovation de l’État. Les questions relatives à la révision constitutionnelle et aux élections, les insuffisances de la gouvernance ainsi que les responsabilités de tous les acteurs de la vie de la Nation seront, à l’occasion identifiées, discutées, et des solutions appropriées dégagées pour assurer un avenir dans la stabilité, la solidarité et la cohésion. Les conditions d’un sursaut national seront créées en vue d’asseoir et de consolider la paix et le vivre ensemble. Je garde donc de réels espoirs pour les conclusions du dialogue national inclusif pour mon pays, notre Mali à tous.

 

Mali-Tribune : IBK II, quel constat faites-vous déjà par rapport au changement prôné par le candidat de l’EPM, après une année de gestion du second mandat ?

Y. S. : On peut toujours mieux faire, surtout dans la communication sur les réalisations et les projections du Gouvernement, et sur la sécurité. De très gros efforts sont d’ailleurs en train d’être faits dans ce sens, dont les résultats seront bientôt visibles sur le terrain. C’est ce retard qui explique le mécontentement d’une partie de la population. Il faudrait cependant reconnaître que malgré l’amélioration substantielle des conditions de vie et de travail des Forces de défense et de sécurité, une armée en reconstitution a toujours du mal à s’imposer dans une guerre asymétrique. Il faut saluer les mesures d’urgences sociales du président de la République, lesquelles sont bien visibles et répondent concrètement aux besoins réels des populations – surtout rurales, – besoins en eau potable, en électricité, en centres de santé, en infrastructures routières, et j’en passe. Ces mesures consolident les programmes permanents du Gouvernement.

La population malienne, surtout dans sa frange jeune, devient de plus en plus exigeante, voire impatiente, et à raison. Elle veut une protection des frontières du pays, plus d’emplois pour les jeunes, une justice plus impartiale, plus équitable, plus indépendante, la paix et la réconciliation. La population veut un environnement des affaires plus dynamique et dépourvu de la corruption. En tant que gouvernement, nous devons nous y atteler. Une forte interpellation des politiques qui doivent se ressaisir, pour être plus attentifs aux préoccupations de ces populations, à dépasser très sincèrement leurs calculs, leurs ambitions et projections partisanes ou personnelles pour dégager une voie de lumière génératrice d’actions salvatrices pour le Mali. Ces politiques se doivent, en symbiose avec les organisations de la société civile, de créer une union sacrée, avec plus de patriotisme et de réalisme, pour et autour du Mali. Le Dialogue national inclusif qui se prépare en est l’illustration. Personne ne doit se mettre en retrait de ce débat national.

Le Président IBK a été réélu sur la base d’un projet de société Notre Grand Mali avance ou Anw ka Maliba bè ka taa gnè. Il a hérité d’un pays dans le creux de la vague, une situation due à une crise sécuritaire des plus préoccupantes de l’histoire de notre pays, avec des attentes énormes des populations, depuis son premier mandat. Il a été réélu pour son second mandat dans un climat tendu. C’est la paix, la sécurité, la défense, la réconciliation nationale et la cohésion sociale qui sont au cœur du programme Présidentiel.

Le Président IBK est engagé dans la poursuite de la construction d’une économie émergente, à travers des réformes axées sur la stabilité du cadre macroéconomique, la bonne tenue des finances publiques, la valorisation de nos ressources agricoles et minières, la promotion des filières à forte potentialité d’exportation, la relance du secteur de la microfinance, la promotion de l’emploi en milieu urbain et rural, la formation professionnelle des jeunes et des femmes, la réduction des disparités de niveau du développement des régions. Le Président est dans un élan fort pour le renforcement et la réhabilitation des infrastructures routières.

Tout en cherchant à consolider les acquis de son premier mandat, le Président IBK marquera aussi des ruptures, au regard des nouveaux, défis. Cela, en insufflant un nouvel état d’esprit et un nouvel élan avec des hommes et des femmes entièrement dévoués à la cause du Mali, sans calcul.

Le climat social, grâce au dialogue avec les organisations syndicales et les associations scolaires, connaît une accalmie. L’Etat a porté́ une attention particulière au monde du travail, en procédant à une augmentation sensible des salaires, à l’allongement de l’âge de la retraite, à la revalorisation du statut de la fonction publique et de certains statuts particuliers, à la hausse de la valeur de l’indice des salaires…

Quant aux régions Nord et du Centre du pays, le dialogue républicain et la meilleure compréhension qu’il a engendrée permettent de faire jouer la solidarité́ et consolider le vivre-ensemble et l’unité́ nationale. L’Etat a pris des engagements sur les actions de développement de ces régions en cohérence avec le développement harmonieux de l’ensemble du territoire.

Au niveau politique, est-il besoin de revenir sur les avantages de l’Accord politique de Gouvernance qui a permis à tous, majorité comme opposition, de participer activement à l’œuvre d’édification nationale. Car les menaces sur le pays étaient sérieuses et les défis importants.

Les faits montrent donc que les Maliens, grâce à leurs efforts inlassables, peuvent être fiers des progrès réalisés durant ces dernières années. Cependant, bien de difficultés demeurent, bien de défis restent encore à relever. Plus de la moitié des Maliens vivent encore dans la pauvreté́, dans l’insécurité avec toutes ses manifestations.

La conviction du Président IBK et de son Gouvernement est qu’il sera possible, d’ici 2023, de permettre à tous les Maliennes et Maliens de manger à leur faim, d’avoir accès à l’eau potable, de pouvoir bénéficier des soins de santé appropriées sur place, de pouvoir envoyer tous leurs enfants, garçons et filles à l’école, de créer les conditions d’emploi pour la majorité́ des jeunes du pays et les conditions d’accès à un logement décent. Tout cela dans un environnement plus sécurisé.

Nos priorités portent sur le renforcement de la sécurité alimentaire, la mise en place d’un environnement favorable à l’émergence et au développement du secteur privé, l’insertion des femmes et des jeunes dans les circuits productifs, le développement des ressources humaines.

Et nous mettrons particulièrement l’accent sur la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption et la délinquance financière, la fin de l’impunité, le renforcement des appuis au monde rural, le développement des infrastructures en vue de réduire les coûts des facteurs, et des actions fortes en faveur de l’emploi des jeunes, la protection et la promotion des maliens établis à l’extérieur du pays, entre autres…

Mali-Tribune : Comment se porte la grande famille Adema ?

Y.S. : Sur ce sujet, commençons par rendre un vibrant hommage aux fondateurs de ce grand parti qui, malgré les vicissitudes de l’histoire, se sont battus contre vents et marées pour créer cette formation politique porteuse des grandes valeurs démocratiques, républicaines, de ce beau pays millénaire, qu’est le Mali. Je voudrais par la même occasion remercier et féliciter tous ceux et toutes celles qui ont eu à diriger ce parti depuis sa création jusqu’à nos jours et qui ont vaillamment défendu les valeurs qui ont prévalu à sa création. En effet, l’Adema-PASJ se porte assez bien avec des critiques souvent à tort ou à raison des militants sur certaines orientations stratégiques du parti. Pour des raisons diverses, il y a eu des départs, mais au même moment, nous enregistrerons, partout dans nos bases, des adhésions remarquables tant par le nombre que par la qualité. Ce qui est fort encourageant et rassurant pour un parti qui a exercé le pouvoir d’Etat et qui cherche à le reconquérir. L’enthousiasme et la mobilisation des militants à la base autour du parti prouvent, si besoin était, que le parti Adema-PASJ demeure encore vivace dans le cœur de la grande majorité des Maliennes et des Maliens. Il se consolide malgré l’émiettement du paysage politique et poursuit son ancrage dans le pays. Le parti, mère de beaucoup de partis de la scène politique nationale, est plus que jamais déterminé à occuper la place de première force politique et sociologique, en relevant et en surmontant tous les défis qui se présentent à lui. Il continuera à compter, pour longtemps encore, dans les grandes décisions qui engagent le Mali et les Maliens. C’est pourquoi, ses contributions pertinentes ont enrichi tous les grands débats du pays. Par la volonté du Président de la République et de son Premier ministre, nous avons des cadres qui se trouvent à des niveaux assez stratégiques dans la gestion du pouvoir d’Etat, qui sont en train de travailler pour le bien-être des Maliennes et des Maliens. Au regard de toutes les menaces qui pèsent sur le pays, et en raison de l’exacerbation actuelle des positions politiques, l’Adema-PASJ doit rester un arbitre attentif et se battre pour éviter que la calebasse “Mali” ne se brise.

Mali-Tribune : Vous croyez que c’est possible ?

Y.S. : J’estime aujourd’hui que les enfants de notre Mali, individuellement et collectivement pris, doivent reconnaître humblement leurs erreurs de jugement et leurs fautes passées. Le Mali est à la croisée des chemins et c’est le moment, plus que jamais, pour chaque acteur de la vie politique, sociale, économique et même militaire, de prendre résolument conscience, à quelque niveau où il se trouve, de sa responsabilité pleine et entière dans les différents problèmes qui ont mis à mal notre pays, depuis son indépendance jusqu’à nos jours et d’œuvrer de ce fait pour une véritable réconciliation. Le tissu social a été malheureusement laminé et, pour le recoudre, il nous faudra, plus que des ressources, de l’imagination fondée sur nos valeurs sociétales et culturelles. C’est pourquoi nous soutenons l’Accord politique de Gouvernance, le Gouvernement de mission dirigé par Dr. Boubou Cissé, le Dialogue national inclusif en cours. Le Mali, notre patrimoine commun doit rester Un et Indivisible, quelques soient les aléas.

Puisse Allah, donner à chaque Malien la force et la conviction nécessaires pour nous permettre de construire ensemble ce pays afin de mieux le léguer aux futures générations.

Dieu bénisse ce beau pays ! Amen.

 Propos recueillis par

S.I.K.

 

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