Contradiction dans l’Accord : La rançon de la précipitation

La charrue du Conseil provisoire avant le bœuf du Comité de suivi, le second devant mettre en place le premier ? Voilà la bourde procédurière dont a accouché l’Accord d’Alger qui a commencé à connaître un début d’application, le vendredi dernier, à Kidal...

17 Août 2006 - 20:20
17 Août 2006 - 20:20
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La charrue du Conseil provisoire avant le bœuf du Comité de suivi, le second devant mettre en place le premier ? Voilà la bourde procédurière dont a accouché l’Accord d’Alger qui a commencé à connaître un début d’application, le vendredi dernier, à Kidal.

L’Accord d’Alger ou Accord de la paix, selon ses promoteurs et autres zélateurs du régime, n’en finit pas de révéler toutes ses limites. A la simple lecture, l’on s’aperçoit de contradictions flagrantes, aussi grotesques, qui n’ont d’égale qu’avec la précipitation avec laquelle a été signé cet Accord qui n’a de salutaire que le fait de prolonger une échéance. Pour ne relever qu’une seule de ses contradictions, l’on mentionnera les dispositions relatives à la composition du Conseil régional provisoire de coordination et de suivi et celle du Comité de suivi.

En effet, au chapitre premier de l’Accord et en son article premier, il est stipulé : «Création d’un Conseil régional provisoire de coordination et de suivi ». L’article 2 précise : «Ses membres sont désignés de manière consensuelle sur proposition du comité de suivi ». Ceci implique clairement que le comité de suivi est antérieur au conseil régional provisoire. Or relativement à la composition du comité de suivi, il est dit au point I du chapitre IV : «Le suivi sera assuré par un comité qui veillera à la mise en œuvre des mesures ci-dessous énumérées. Il sera composé des représentants du Gouvernement, du conseil régional de coordination et de suivi, une fois créé, et du facilitateur ».

La contradiction apparaît dès lors que les membres du conseil régional ne peuvent pas figurer dans le comité de suivi chargé de proposer les membres de ce même conseil. Autant dire que le comité de suivi mis en place viole l’esprit et la lettre de l’Accord, dans la mesure où il ne comporte pas de représentants du Conseil régional. Celui-ci, comme tout le monde le sait, n’ayant pu être mis en place jeudi dernier. Ainsi, si le conseil régional n’a pas été mis en place, où a-t-on sorti ses représentants, au nombre de trois, au sein du comité de suivi ? Un mystère qui n’est que l’expression de la plus coupable compromission du gouvernement malien.

Cette aberration, condamnable à tout point de vue et inimaginable sous tous les cieux, n’a en réalité d’égale qu’avec la précipitation avec laquelle le gouvernement malien a foncé, tête baissée, pour aller signer des accords à Alger sur injonction des insurgés. Parce qu’il a fallu simplement à FAGAGA et sa bande de déserteurs de venir se donner en spectacle à Kidal pour que le sommet de l’Etat soit saisi de tremblotte. Pris de panique, en l’absence visiblement de toute lucidité, on ne pouvait que signer de tels accords avec de telles énormités. Point d’être vraiment un foudre d’intelligence pour réaliser qu’un conseil régional qui n’a pas été mis en place ne peut pas logiquement figurer dans un comité de suivi qui lui est antérieur.

Mais c’est cela la rançon de la précipitation et de l’amateurisme dont a fait montre notre gouvernement dans la conduite des négociations avec un chauffeur anonyme du désert, transformé en héros de même que son mouvement, du fait de la capitulation des généraux. Du reste les bandits armés n’ont-ils pas déjà commencé à se qualifier de «héros du 23 mai » comme si retourner le canon contre ses frères d’arme avait quelque chose d’héroïque. Mais lorsqu’on entre par effraction dans l’histoire, certains évènements finissent toujours par rattraper. Par Bertin DAKOUO