LE GENERAL KAFOUGOUNE KONE FACE A LA PRESSE APRES L’ACCORD D’ALGER:Sous le signe de la division et du malaise

Le ministre de l’Administration Territoriale et des Collectivités Locales, le général Kafougouné Koné, a animé le 14 juillet dernier, une conférence de presse, à la maison de la presse, en présence de ses collègues Gaoussou Drabo, ministre de la Commination et...

17 Juillet 2006 - 00:35
17 Juillet 2006 - 00:35
 0
Le ministre de l’Administration Territoriale et des Collectivités Locales, le général Kafougouné Koné, a animé le 14 juillet dernier, une conférence de presse, à la maison de la presse, en présence de ses collègues Gaoussou Drabo, ministre de la Commination et Ousmane Thiam, ministre porte-parole du gouvernement. Le général Kafougouné Koné était venu, expliquer le contenu des accords signés le 4 juillet à Alger, entre le gouvernement malien et l’Alliance démocratique du 23 mai pour le changement, entendez les insurgés de la région de Kidal.
es débats sur l’Accord d’Alger «pour la restauration de la paix, de la sécurité et du développement dans la région de Kidal», promettaient d’être houleux au cours de la conférence de presse tenue le week-end dernier à la Maison de la presse. On s’attendait à ce que le langage diplomatique cède le pas à des échanges francs et convaincants entre les représentants des hautes autorités et les journalistes. Du fait que nombre de Maliens reproche aujourd’hui au gouvernement de favoriser les rebelles. Pour la majorité des journalistes, il n’en est rien.
Le général ministre de l’Administration Territoriale et des Collectivités Locales, non moins signataire de l’accord en question, Kafougouna Koné pour le nommer, s’est donc adressé aux journalistes dix jours après son retour d’Alger. Sur un ton grave et langoureux, au point de paraître fatigué, le général Kafougouna a parlé à sa façon, simple, direct, presque comme s’il fallait s’excuser d’une erreur.
Epaulé par ses collègues de la Communication Gaoussou Drabo et Ousmane Thiam des Investissements, porte-parole du gouvernement -même s’ils n’ont pas placé un traître mot- Kafougouna Koné, pendant 1 h 45 mn, parlait comme un homme politique. Il n’était pas du tout clair. Il alternait le chaud et le froid, délivrant tantôt des gages de bonne volonté et d’optimisme. Il est surtout resté subtil au risque de passer pour un vrai démagogue. «Quand on négocie, il faut peu communiquer. C’est après qu’on doit parler», dira- t- il.
A la question de savoir si le régime actuel est plus intelligent que ceux qui ont mâté la rébellion, le général a répondu : «Le gouvernement du Mali a préféré privilégier la position de sagesse qui est celle du dialogue au profit d’une solution militaire. Le gouvernement de la République du Mali demeure confiant en cette solution pacifique. Les seules guerres que l’on gagne sont celles qu’on a pu éviter», a-t-il ajouté.
En tout cas, la hâte étant mauvaise conseillère et la force de la fourberie des insurgés devenue le chantage, il était plus que nécessaire, au jugement de certains confrères, de faire preuve de prudence. Le bon sens, estiment-ils devrait pousser n’importe qui, citoyens, autorités administratives et politiques, à s’assurer la bonne foi des rebelles avant de signer n’importe quel document.
Et dire que la Cstm et une bonne frange des porteurs d’uniforme ont déjà manifesté leur refus de reconnaître l’Accord d’Alger. Le Rpm, aussi, aux ambitions présidentielles déjà annoncées, vient d’étaler au grand jour sa position. Les militants du parti du Tisserand se disent contre ledit Accord.
Même si l’Accord d’Alger est exclusivement basé sur les prescriptions pertinentes du Pacte national et des textes sur la décentralisation, traités dans le strict respect de la souveraineté nationale, de l’intégrité territoriale et de l’unité nationale, comme le soutient, le général Kafougouna Koné, dans cette affaire, finalement, les seuls gagnants sont les rebelles de Kidal. Mais cela suffirait-il à éteindre définitivement les braises d’une rébellion toujours prêtes à s’embraser à la moindre occasion ?
K.YOU
 
«J’ai été au cœur de la  rébellion des années 90, j’ai  vu trop de sang couler…»
Convaincu que les meilleures «guerres qu’on gagne sont celles qu’on a pu éviter pour son pays», le général Kafougouné s’est dit conscient de la portée historique de l’acte qu’ils viennent de poser, en apposant sa signature sur le document qui invite les galeux enfants gâtés de la république à rejoindre les siens.
Est-il nécessaire de rappeler que la signature de ces accords, diversement apprécie par l’écrasante majorité des Maliens, a vite fait de cristalliser les débats autour des vaillants généraux maliens, dont, dit-on, ont été malmènes par des insurgés. Le général Kafougouné n’est pas de cet avis. Pourquoi aller vers la guerre pendant qu’on peut avoir la paix ?, s’est-il interrogé. Avant d’ajouter qu’il est inutile de faire couler le sang de ses frères, tant qu’on peut les convaincre à revenir à de meilleurs sentiments. Et c’est en homme avisé et conscient des nombreuses critiques de la presse à l’encontre de ces accords que le général Koné est allé puiser au fonds de lui-même et rappeler la rébellion des années 90. Qui mieux que le chef des opérations militaires du conflit frontalier Mali Burkina de 1985, pouvait dire davantage sur les conséquences d’une guerre.
«J’ai été au cœur de la rébellion des années 90. J’ai vu des Maliens mourir, des Maliens en tuer d’autres. Des Maliens ont été emmenés à se réfugier en Mauritanie, en Algérie, etc. Pourquoi encore revenir sur ces tristes événements quand on peut les éviter ?», A-t-il martelé. «Une guerre a certes des avantages et des inconvénients, surtout quand il s’agit d’une guerre intérieure, celui qui est vaincu aujourd’hui, se prépare pour sa revanche», a précisé Kafougouné.
 
La réhabilitation de Fagaga  et autres meneurs gérée au cas par cas,  par le gouvernement et par l’armée
Un des points sensibles dans le règlement de la crise du 23 mai, reste sans nul doute, la réintégration des insurgés. On s’en souvient, les insurgés avaient fait de la réhabilitation de Fagaga et autres têtes brûlées de leur mouvement, une de leur principale préoccupation. Aux sortirs des accords intervenus à Alger, il a été décidé de gérer cette question avec discernement. «Les officiers, sous-officiers et hommes de troupe seront intégrés si besoin dans les unités spéciales de sécurité, en mettant à contribution la structure spécialisée, visée plus haut pour faciliter la régularisation de leurs situations administratives financières, de carrière et leur participation aux opérations de maintien de la paix». Face à l’insistance des journalistes sur cette question, le général Koné finit par lâcher que les cas Fagaga et autres déserteurs seront gérés au cas par cas par le gouvernement et l’armée.
En tous cas, cette question est une véritable patate chaude entre les mains des autorités du pays. Une cohabitation entre insurgés désormais indexés et les militaires réguliers, ne se fera pas sans problèmes.
A. D
 
Un accord qui prête à confusion et  maintient le suspens
Les accords obtenus le 4 juillet à Alger n’en finissent pas de prêter à confusion. Aussi longtemps qu’on s’attarde sur les élucubrations des généraux du pays, on est tenu de s’interroger sur l’issue définitive de ces accords et de leur application. Quand on sait, qu’en face, il y a des récidivistes prompts et reconnus pour leur volte-face et leur imprévisibilité.
Lorsque le général Koné, disait face aux journalistes, entre l’efficacité de la sève et celle du typhon, il préférera de loin, celle de la sève pour sa sagesse, et sa stabilité, était-ce pour justifier ce qui a prévalu dans la conclusion des négociations intervenues à Alger. Et quand la sève ne sert à rien, il faut cultiver l’efficacité du typhon qui suppose aller au front et combattre. Comme pour dire que bien que plaidant pour la paix, le général sonne l’alerte. Et le président ATT, depuis Kita, n’en dira pas plus : «Je refuse de faire la guerre». Avant d’ajouter : «Nous avons envoyé des renforts, en armes, en hommes, ils ne viendront pas, ils vont rester».
N’est-ce pas là, une autre alerte, qui certainement va entretenir longtemps le suspens sur le dénouement final de cette crise.
A. D   
 
«ATT encore une fois au-dessus de la mêlé», dixit le coordinateur du Grap
Le Groupe de réflexion et d’action patriotique, a tenu le 15 juillet dernier, une conférence de presse pour saluer les accords d’Alger. Le coordinateur du Grap, Abdoulaye Maïga, a affirmé que son mouvement soutient ATT dans la démarche pacifique qu’il a enclenchée pour ramener la paix à Kidal.
Une fois de plus, dira t-il, ATT est au-dessus de la mêlée. Il vient prouver à travers le dialogue, une des valeurs cardinales de notre pays, que bien de choses peuvent être évitées quand les gens se mettent ensemble pour discuter. Citant ATT, Abdoulaye Maïga dira que la seule guerre qui vaille la peine d’être engagée, est celle du développement du Mali qui, estime t-il, doit passer par plus d’emplois pour les jeunes, la lutte contre la corruption, l’injustice, etc. Enfin, le coordinateur du Grap invite les Maliens à soutenir cet accord obtenu par ATT. «ATT qui, indique t-il, demeure un espoir pour le Mali».
A. D.