Sans Tabou: CMA, du dilatoire au mensonge

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Des membres de la délégation CMA lors du paraphe du projet d'accord de paix par leur représentant Bilal Ag Chérif, le 14 mai 2015 à Alger. (Photo d'illustration) © AFP PHOTO / FAROUK BATICHE
Des membres de la délégation CMA lors du paraphe du projet d'accord de paix par leur représentant Bilal Ag Chérif, le 14 mai 2015 à Alger. (Photo d'illustration) © AFP PHOTO / FAROUK BATICHE
Dans un communiqué laconique, en date du 11 novembre dernier, signé d’Illad Ag MOHAMED, la Coordination des mouvements armés (CMA) dit constater avec «beaucoup d’inquiétude l’insistance du Gouvernement du Mali à organiser les élections communales à la date du 20 novembre 2016». Car estime-t-elle, c’est aux autorités intérimaires, qui ne sont pas encore installées, d’organiser des élections. Ce qui équivaudrait à repousser encore une fois le scrutin.

Par ailleurs, note le communiqué, la CMA avait dénoncé, dans son communiqué du 7 octobre 2016, cette décision du Gouvernement qu’elle qualifie de «violation grave des dispositions de l’Accord pour la paix en la matière». Et le communiqué de poursuivre : «cet entêtement du Gouvernement à organiser les élections avant la mise en place des autorités intérimaires qui ont en charge cette mission est aussi une violation des droits civiques de dizaines de milliers de réfugiés et déplacés qui sont directement concernés par ces élections dont ils attendent le changement tant souhaité par tous». Mieux, «la CMA invite le Gouvernement à plus d’objectivité pour rendre les autorités intérimaires opérationnelles afin qu’elles commencent les missions qui leurs sont assignées dont l’organisation d’élections libres, transparentes, inclusives et apaisées».

La CMA, dans son communiqué, va jusqu’à prendre à témoin l’équipe de médiation internationale ainsi que toute la communauté internationale de «cette violation de l’Accord pour la Paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, dont le Gouvernement du Mali assumera seul les conséquences qui pourraient en découler».

Certes, la mise en place des autorités intérimaires pour une durée de 18 mois ou 24 mois avant l’organisation des élections des conseillers municipaux, est prévue par l’Accord pour la paix et la réconciliation.

Cependant, c’est bien connu de toutes les partes, elle est conditionnée à l’effectivité du processus de DDR (désarmement, démobilisation, et réinsertion), qui découle lui aussi du processus de cantonnement et de l’intégration des ex-rebelles.

En effet, le Gouvernement et les groupes armés signataires de l’Accord pour la paix étaient convenus sur la date du 15 novembre pour procéder à cette mise en place, plusieurs fois reportée, suite à la non-effectivité du processus de DDR, constatée par la Commission pour la paix et la sécurité (CPS), présente sur les lieux.

«La mise en place des autorités intérimaires est pratiquement impossible tant que le processus de DDR n’est pas effectif», rapporte une source proche du dossier.

« Les experts de la CPS ont montré que ce n’était pas faisable. C’est techniquement impossible étant donné que les groupes armés ne sont pas cantonnés», souligne le secrétaire général du GATIA interrogé par le Studio Tamani.

Dans ce cas, comment la CMA peut accuser le Gouvernement d’avoir violé l’Accord pour la paix et la réconciliation, qui stipule : « les Parties reconnaissent que la première garantie de l’aboutissement de l’Accord réside dans leur sincérité, leur bonne foi et leur engagement à assumer le contenu de l’Accord et à œuvrer à la mise en œuvre de l’ensemble de ses dispositions dans l’intérêt de la réconciliation de leur pays, ainsi que de la paix, de la sécurité et de la stabilité du Mali et dans la région dans son ensemble».

Comme on le voit, la non-effectivité des processus de cantonnement et de DDR n’incombe pas au seul Gouvernement. Bien au contraire, le retard est dû en grande partie aux sautes d’humeur de la CMA qui change du jour au lendemain. Nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude.

Par Sékou CAMARA

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