Lettre à mon oncle Bass

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Cher oncle,

C’est vraiment gênant, voire honteux, de n’avoir toute une vie durant qu’une seule et même chose à dire aux autres : « merci ! ». Sans jamais avoir l’occasion de se l’entendre dire. Innadilahi ! Mais que veux-tu, cher oncle ? Donner, c’est partager. Or, disait Voltaire, ‘’ qui n’a rien, n’a nul partage à faire.’’

Il faut donc se résoudre  (provisoirement, je l’espère) à remercier, dès lors que l’on a la chance de recevoir et  la dure épreuve de ne rien pouvoir offrir.

Grand-mère, la troupe familiale et moi-même pourrons d’ailleurs nous considérer comme de véritables veinards puisque, contrairement à nombre de Maliens d’en bas, nous ne tendons pas la main aux passants. Alors, merci, oncle Bass pour le bélier que tu nous as envoyé il y a quelques jours à l’occasion de la Tabaski. Walahi, bilahi, je jure tonton, Dieu est Grand, mais tu n’es pas petit !

A propos du bélier,  nous l’avons bien géré, puisque nous avons choisi de le vendre à 65 000 Fcfa pour acheter un bouc à 30 000 Fcfa.

35 000 Fcfa économisés et une superbe fête au  bouc bien célébrée le 11 Août dernier.  Innadillahi ! Et comme d’habitude, grand-mère a encore attrapé sa « maladie » des grands jours de bouffe : la diarrhée. Mais, ça lui est passé. Alhamdoulilahi Arabilallamina ! Nous rendons grâce à Dieu, mais aussi au mortel que tu es.

Pour ma part, (petite bonne nouvelle) je suis devenu  depuis quelques semaines un collaborateur externe d’’un maire d’une commune de Bamako, expert en spéculation foncière. Nous avons déjà  une dizaine de lots à liquider. Sûr donc, tonton qu’après les opérations, je m’en sortirai avec au moins 500 000 Fcfa. Largement de quoi préparer ma fuite vers la France ! Plus tard, je t’en dirai plus, mais pour le moment… Chut !

En dehors du cercle de la famille, je te signale que certains compagnons dans la misère à Fantambougou ont reçu, de certains ‘’en haut’’ beaucoup de viande et même des billets de banque. Histoire de chercher la bénédiction de Dieu. Mais, en fait mon pauvre Bass, ces gens là ne font que prendre quelques miettes du fruit de leur vol pour les rendre à leurs victimes. Je le dis pian !

Parce que, tous ces nouveaux riches ne vivent que de notre (nous les petits et les faibles) sang et ne se lavent qu’avec notre sueur. Walali, bilahi, je jure !

Pendant ce temps, les petits et grands mendiants continuent de joncher nos rues et ruelles, les bébés  sont traînés sous le soleil, la pluie et le vent pour servir d’appâts dans la recherche de la pitance quotidienne de leurs géniteurs. Allah Akbar !

Qu’Allah écrase tous ceux qui tirent profit de notre misère. ! Amen.

Sur un tout autre plan, je t’informe que mon cousin N’Golo qui a purgé sa peine (2 ans fermes pour le vol de 3 chèvres) à la maison d’arrêt de Bamako, n’a toujours pas été libéré.

Bof! Il n’est d’ailleurs pas à plaindre, car là-bas en prison ou ici à Fantambougou, c’est du pareil au même.  Et, concernant la Justice au Mali, personne n’y croit car elle vous rend coupable ou victime selon que vous soyez pauvre ou riche. Je le dis pian ! 

C’est d’ailleurs pourquoi, les nombreux rapports des ‘’Végaux’’ et autres à propos de la lutte contre la corruption  ne font peur à personne. Cela, parce que  de ces dossiers transmis à la Justice les Maliens ne s’attendent à rien, car les voleurs n’ont jamais été inquiétés.

La Justice dans ce pays, mon pauvre oncle, n’est que toile d’araignée pour les riches et les puissants, chaîne qu’aucun acier ne peut rompre pour les pauvres et les faibles. Walahi, bilahi, je jure Tonton, ‘’c’est ça qui est ça !’’

Enfin, tu me surprends quand tu me demandes de te donner des précisions à propos du retour au pays des pèlerins maliens.

Quel intérêt, puisque, aucun malien d’en bas n’a effectué le voyage ?

Le pèlerinage à la Mecque est un privilège réservé aux seuls nantis de la République. Qu’importe ! Dieu est partout. Walahi, bilahi, je jure !

A lundi prochain Inchallah

Par ton petit Ablo.

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