Onzième anniversaire du décès de l’icône sportive : Mamadou Kéïta dit Capi a marqué l’histoire du football malien en tant que joueur et entraineur

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9 avril 2008 – 9 avril 2019, le mardi prochain consacrera le onzième anniversaire du décès de l’un des monuments du football malien : Mamadou Kéïta dit Capi. L’homme a laissé une empreinte digitale partout où il est passé. Pas de doute sur un aspect : il fait partie des meilleurs tacticiens que le football contemporain ait connus. Sa position en tant que gardien de but peut l’expliquer, petit de taille, mais pétri de talent avec une grande personnalité. Sa propension a amené des joueurs à atteindre le but souhaité. C’est-à-dire sur l’ensemble de son parcours d’entraineur, Capi a atteint des résultats inespérés. Il apportait à l’équipe la stratégie d’experts. A la CAN de Tunis 1994, il a déjoué tous les pronostics. Bref, tout en assumant ses responsabilités jusqu’au bout, il a été un entraineur à forte conviction, n’acceptant jamais de mourir avec la conviction des autres. Ce qui lui a souvent coûté cher. Autant il était aimé de beaucoup de personnes, autant il était aussi détesté, raison pour laquelle il y avait toujours un débat autour de lui.  Détenteur d’un diplôme supérieur d’entraîneur, Capi était un vrai connaisseur du football. Après un long et dur combat contre la maladie, il effectue sa dernière détente en sa qualité de gardien de but le 9 Avril 2008, à l’hôpital du Point G.

 

Mamadou Kéïta dit Capi a vécu dans un contrat de conscience et il est évident qu’il a marqué l’histoire du football malien en tant que joueur et entraineur. Seulement il a échoué toujours près du but, non pas par incompétence ou par incapacité, mais de façon inexplicable dans la plupart des cas. Sinon sa connaissance du football ne fait l’objet d’aucune ambiguïté.

En 1994, à la veille de la demie finale contre l’Egypte, Capi a affirmé que seul Sory Ibrahim Touré dit Binkè pouvait propulser le Mali en ½ finale. Pour justifier son argumentation, il a soutenu que le jeunot est dans un bon état d’esprit. Et si le Mali devrait marquer, ce serait sur une passe ou un coup de pied arrêté de Binkè. Pourtant, cela est arrivé à la 64ème mn du match, quand le métronome déposa le ballon sur la tête de Soumaïla Traoré qui la dévia au premier poteau. La suite est connue : sur ce but l’Egypte est éliminée. Et le Nigérian Rashidi Yékini ne s’est pas empêché de dire que l’arme maitresse du Mali, c’est le coach Keita.

Feu Sory Ibrahim Touré qui n’était pas content du traitement de l’encadrement avant ce match s’est confié à notre doyen Mamadou Diarra, venu le féliciter à l’hôtel que ce qu’il accepte avec Capi, il ne l’accepte de personne. Le doyen Mad Diarra lui demanda de se calmer, et Binkè de répliquer que Capi joue trop avec ses nerfs. Mais il ne bronche pas parce qu’il est convaincu de sa bonne place dans le cœur de Capi. Cette anecdote a le mérite de rappeler que le coach Mamadou Keita ne posait rien comme acte au hasard.

Né le 20 Octobre 1947 à Bamako, il débute sa carrière de footballeur au début des années 1960, au sein de l’équipe cadette du Stade malien de Bamako. Le jeune lycéen, qu’il est à cette époque, aide le secrétariat général du club à l’établissement des licences des joueurs. Ce qui lui vaut le surnom de “Capi”, diminutif de capitaine, que lui donnent ses coéquipiers. Mesurant 1m 65, il fournit d’énormes efforts pour s’imposer au poste de gardien de but. Il est aidé dans sa tâche par ses entraîneurs, les regrettés Ben Oumar Sy et Cheick Oumar Diallo et son aîné feu Yacouba Samabaly. En 1960, il est lancé dans le grand bain, en équipe fanion avec certains de ses coéquipiers “du jardin d’enfants de Ben Oumar Sy” (centre de formation du stade Malien). Grâce à ses qualités, il est sélectionné en équipe nationale par le coach hongrois Georges Toth (ancien gardien de but) en 1970. Une année plus tard, soit en 1971, il participe avec le Stade Malien à la coupe d’Afrique des clubs champions. Au second tour, face à l’ASEC d’Abidjan au stade Houphouët Boigny, il donne du fil à retordre à Eustache Manglé et ses partenaires, à tel point que les attaquants de l’Asec, pour pouvoir marquer, le poussent dans ses filets, alors qu’il avait le cuir dans les bras.

Quelques mois après cet épisode, il est l’un des acteurs de la qualification du Mali à la CAN de Yaoundé 72 lors du match retour contre la Guinée. Ce jour, à la fin du match, le jeune gardien de 24 ans, qu’il est, traverse le terrain pour saluer le portier Guinéen Morlaye Camara (âgé de 44 ans), qui lui dit ceci : “Jeune homme c’est mon dernier match, je te transmets le flambeau, à toi de le porter plus haut”.

A la CAN de Yaoundé 72, il gagne ses galons de titulaire à partir du second match et permet au Mali d’atteindre la finale, grâce à ses arrêts en demi-finale contre les attaquants Zaïrois Kakoko, N’Daye, Kidumu…Malheureusement, le 05 Mars 1972, il ne peut empêcher la défaite du Mali 2-3, face au Congo Brazzaville.

Parallèlement à sa carrière sportive, l’enseignant qu’il est, prend des cours de coaching avec l’allemand Karl-Heinz Weigang (entraîneur de l’équipe nationale) et obtient le second degré. En 1974, il met un terme à sa carrière sportive et s’envole pour l’Allemagne pour y suivre une formation d’entraîneur à la prestigieuse académie de Cologne. Il y obtient un certificat de Professeur de Sport en 1974 et se perfectionne en devenant coach assistant du Fortuna de Cologne et du Borussia Dortmund. Vers la fin de l’année 1975, il revient au pays et prend les rênes du stade malien. Après quelques mois d’exercice, il prend la route la Côte d’Ivoire et pose son baluchon au Gonfreville AC de Bouaké. Il y reste jusqu’en 1979, le temps de jouer une finale de coupe de Côte d’Ivoire en 1977.

Après Bouaké, il revient au Stade Malien de Bamako et met en place une jeune équipe composée de : Gaoussou Samaké, Mohamed Djila, Seydou Diarra dit Platini, Yacouba Traoré Yaba, Abdoulaye Kaloga et encadrée par quelques anciens comme Modibo Doumbia dit Modibo Dix, Cheick Oumar Koné, Djofolo Traoré. En 1982, après neuf ans de disette, le club remporte la coupe du Mali aux dépends du Biton de Ségou. L’année suivante, il est limogé après l’élimination des Blancs de Bamako, en 8ème de finale de la coupe d’Afrique des vainqueurs de coupes, face au Jil Hendessa d’Algérie. Le jour de son limogeage, il s’exprime ainsi : “Je m’en vais, mais la génération de joueurs qui est en place, écrira une des plus belles pages de l’histoire du stade Malien”.

Après une pige en équipe nationale junior et en équipe nationale sénior (au tournoi Cabral de Freetown), il reprend le chemin de Bouaké et s’occupe cette fois-ci de l’Alliance de Bouaké.

En 1986, le président du Biton de Ségou Amary Daou (paix à son âme), lui fait appel pour donner une âme à son équipe. Il réussit son pari, en s’offrant tous les clubs de la capitale. L’année suivante, il est engagé par Simplice Zinsou, président de l’Africa Sports d’Abidjan. Homme de principes, il met tout le monde au pas, y compris les internationaux Feu Miézan Pascal, Sacré Abialy, Zagolie Gbolié…Durant son passage à l’Africa Sports, il remporte le championnat de Côte d’Ivoire, la coupe nationale, la coupe Houphouët Boigny et échoue de peu en quarts de finale de la coupe d’Afrique des clubs champions face au National du Caire.

En 1989, suite à des divergences de vues avec Zinsou, son contrat est résilié. Capi est aussitôt recruté par Fâ Cissé, le président du Denguélé D’Odiénné. Ironie du sort, son premier match l’oppose à l’Africa Sports. Odiénné s’impose sur le score de 2-0. En fin de saison, Il signe à la JAC de Port-Gentil au Gabon, avec laquelle il gagne le championnat en 1990. Après la dissolution de la JAC, il vient au secours du Cercle Sportif de Batavéa, qu’il sauve de la relégation en 1992.

Après cet intermède, il troque son habit d’entraîneur pour celui de consultant au niveau de l’Alliance de Bouaké. En Juillet 1993, les Aigles ont besoin de deux victoires pour se qualifier à la CAN de Tunis 1994. Le ministre des Sports de l’époque, Maitre Boubacar Karamoko Coulibaly, le sollicite afin de créer un électrochoc au sein de l’équipe nationale. Capi met en place une équipe de guerriers, qui vient à bout du Malawi et de l’Egypte. Le Mali retrouve la CAN, vingt-deux ans après Yaoundé 72. A Tunis, les Aigles terminent à la quatrième place et le monde entier découvre ce “sorcier noir” qui, avec une équipe moyenne, arrive à se hisser en demi-finale, en battant au passage le pays organisateur et l’Egypte. Après avoir échoué à qualifier les Aigles aux CAN 1996 et 1998, il est démis de ses fonctions après la défaite contre la Côte d’Ivoire à Bouaké en Juillet 1997. Il est vrai qu’à l’époque, il a été desservi par les campagnes de presse démagogiques (son salaire de 500 000 Fcfa lui créant des jalousies) et le climat exécrable qui régnait autour de l’équipe.

Quelques mois après ce limogeage, il prend en main l’US Sidi-Kacem (club de D2 Maroc). Il y reste six mois, le temps d’un changement au niveau de l’équipe dirigeante du club. Il retourne au Mali et se retrouve momentanément sur le banc du Stade Malien de Bamako, avant de retrouver la barre technique de l’Alliance de Bouaké en 1999. Après Bouaké et Toumodi, il se retrouve à l’Africa sports d’Abidjan comme manager du centre de formation avec deux de ses anciens joueurs, à savoir Guédé Gba Ignace et Zagolie Gbolie.

Suite aux événements de Septembre 2002 en Côte d’Ivoire, il revient au Mali et donne des cours à l’Institut National de la Jeunesse et des Sports. Il suit en même temps le football malien et hérite du poste de directeur technique national en 2003. Après avoir participé à la qualification des Aigles espoirs aux Jeux Olympiques d’Athènes, il est nommé entraîneur de l’équipe nationale en Août 2004. Après un match nul contre le Sénégal et une défaite contre le Togo à Lomé, il est remplacé, sans en être informé, par Pierre Lechantre. Une année plus tard, il reprend son baluchon et le pose cette fois-ci à Koulikoro, dans la cité du Méguétan. Il y reste jusqu’en 2006, année de son hospitalisation à Dakar.

Après sa guérison, il revient en 2007, à Koulikoro, pour quelques mois. Il participe à son dernier tournoi, pendant les vacances 2007, avec les cadets du Stade malien de Bamako en Espagne.

Pendant sa carrière, Capi s’est battu pour que les entraineurs maliens aient un traitement décent et soient plus respectés par leur hiérarchie. Après un long et dur combat contre la maladie, il perd le dernier match de sa vie le 09 Avril 2008, à l’hôpital du Point G. Le lendemain, le peuple malien lui rend un vibrant hommage au stade omnisports (où a eu lieu la levée du corps). Il repose au cimetière de Niaréla, à côté de sa mère Aissata Diallo dite Baya. Depuis, trois comités de supporters du Stade Malien de Bamako (Missira, Djélibougou et Dianéguéla) portent son nom, afin que nul n’oublie celui qui préférait mourir avec ses convictions, que de vivre avec celles des autres. Dors en paix Capi.                      O.  Roger SISSOKO et

 Mohamed SOUMARE

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