A L’ECOUTE DE LA RUE:Kadhafi et le Nord malien

Soliloque d’un jeune fou sage de Bamako. Ce Malien, fidèle parmi les fidèles du premier président de la République, a eu le langage de la sincérité, je dirai de la vérité. Chaque fois que je vais chez lui pour échanger sur le pays de...

14 Juillet 2006 - 08:32
14 Juillet 2006 - 08:32
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Soliloque d’un jeune fou sage de Bamako.
 
Ce Malien, fidèle parmi les fidèles du premier président de la République, a eu le langage de la sincérité, je dirai de la vérité. Chaque fois que je vais chez lui pour échanger sur le pays de l’indépendance à nos jours, je retourne le cœur profondément remué. Je crois qu’il a cet art de toucher l’être humain au fond de lui-même, dans ses entrailles.
Quand on parle vrai, sans détours, quand ce qu’on dit atteint les fibres cosmiques, on ne peut que se résoudre à reconnaître la grandeur d’âme du locuteur, la grandeur de sa personnalité morale.
A. S. T. est un ami en pensées.
Ce jour-là, après la descente, j’étais avec lui dans son salon modeste lieu occupé en grande partie par les livres et les images des grands hommes de l’Afrique contemporaine. C’était au début des troubles dans le Nord malien.
Il me regarda et me posa la question.
- Que penses-tu de ce qui vient de se passer au Nord ?
Il continuait à me regarder, voulant recueillir de ma bouche quelque mot patriotique, certainement.
-         Nous avons autre chose à faire que de prendre les armes pour la destruction de l’unité du pays.
-         Bien. Et que dis-tu des rebelles, des populations de là-bas, dans le désert ?
-         Je les connais peu, n’ayant pas vécu au milieu d’eux. A Bamako, ils ont une réputation de régionalistes. Là-bas vivaient des « tribus guerrières », des hommes habiles dans le maniement des armes. Mais le souvenir de Diby Silas Diarra est encore vivace parmi eux, paraît-il. Ce capitaine du temps de Modibo Kéita, communiste, était un homme de valeur sur le terrain. Il était la terreur du Nord rebelle. Le Comité militaire de libération nationale (CMLN) a brisé son élan patriotique : il voulait la restauration de l’ancien régime et on ne lui a pas pardonné.
A.     S. T. m’a ensuite révélé que deux anciens de l’armée sont venus le voir. Malgré leur âge avancé, malgré leur physique délabré par les privations dans le « Camp de la mort » de Taoudenit, ils tenaient à servir le pays, aux côtés de l’armée combattante.
J’eus honte à l’entendre parler ainsi. Honte de moi-même, honte de ma génération, de toute la jeunesse malienne d’aujourd’hui. Mais A. S. T. comprenant ma gène, ma confusion intérieure, m’a dit que c’est la faute du CMLN et de l’UDPM, qui n’ont pas éduqué dans le sens de l’amour du pays. Je me souviens du temps des pionniers, de leur devise, de la première sur tout (« Le pionnier aime son pays et se dévoue à sa patrie »), du culte de l’honneur, de la dignité nationale qui caractérisait le Malien de l’époque de Modibo Kéita.
Chaque fois que j’écoute mon ami, évoquant les premières années (les huit ans) de l’indépendance, c’est un sentiment de révolte qui m’envahit, révolte contre Moussa Traoré et ses hommes, les « Quatorze » du 19 novembre 1968.
Mais à propos de la rébellion du Nord, j’ai livré cette confidence à mon ami : la responsabilité de Kadhafi.
Le président libyen, en miroitant les perspectives de développement du Nord, a contribué à rallumer l’instinct de révolte, d’indépendance, de sécession des gens armés du Nord.
Le matériel est un puissant facteur d’unité et de division.
Et puis, quand même les autorités libyennes ont invité la presse malienne pour une explication consistant à se blanchir, à s’innocenter, moi je reste sceptique. Peut-on révéler pareille responsabilité coupable ?
J’ai lu « Omar Bongo. Confidences d’un Africain ». En fait des entretiens qu’il a eus avec Christian Casteran. Mon ami a lu le livre que j’ai acheté à l’étranger et a même scanné des pages, dont celle-ci :
« Kadhafi venait de faire une visite à Bamako : ensuite il est allé à Ouagadougou.
Kadhafi, m’alors rapporté Sankara, lui avait dit qu’il devrait se préparer à défendre le Burkina, parce que Moussa allait l’attaquer.
« Je viens te voir pour te demander de m’aider. J’ai besoins d’armes »
« Je lui ai expliqué que les armes ne règlent aucun problème »
Alors, me comprends-tu pourquoi je trouve que Kadhafi n’est pas entièrement irresponsable dans l’affaire du Nord ? Il n’y a pas encore de démenti aux propos de Bongo.
Adama Coulibaly