GOOGAN TAN : Bamako : le retour du carburant, au-delà des récits déformés

Lorsque le récit précède les faits, il devient nécessaire de mettre en lumière les mécanismes d'une lecture biaisée de la situation (celle sécuritaire au Mali).

28 Mars 2026 - 08:49
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GOOGAN TAN : Bamako : le retour du carburant, au-delà des récits déformés
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GOOGAN TAN : Bamako : le retour du carburant, au-delà des récits déformés

Une fois n'est pas coutume, je me vois contraint de critiquer vivement plusieurs articles qui prétendent informer mais qui, à force de simplifications et de raccourcis, finissent par obscurcir la réalité qu'ils prétendent éclairer.

es textes récemment publiés, au sujet de la libération présumée de plusieurs centaines de djihadistes (200, affirme-t-on) en échange du passage de convois de carburant, s'inscrivent pleinement dans cette catégorie. Au point de bousculer l'actualité en Iran et les difficultés de passage du détroit d'Ormuz.

Sous une apparente neutralité descriptive, ces articles proposent en réalité une lecture réductrice, voire orientée, de la situation sécuritaire au Mali. En effet, résumer la baisse des attaques à un hypothétique "deal" revient non seulement à ignorer les dynamiques profondes en cours, mais aussi à nier les efforts tangibles consentis sur le terrain par les Forces armées maliennes.

La réalité, bien plus complexe, ne saurait se satisfaire d'une causalité aussi fragile. Depuis plusieurs mois, les Forces armées maliennes ont engagé une réorganisation stratégique dont les effets sont désormais visibles. Le déploiement de cadres expérimentés et de stratèges dans des zones névralgiques aux côtés des troupes, notamment à Kayes, dans le centre du pays et dans le grand Nord, traduit une volonté claire : reprendre l'initiative, sécuriser durablement les corridors logistiques et restaurer l'autorité de l'État.

Cette montée en puissance n'est ni théorique ni marginale. Elle repose sur une amélioration du moral des troupes, un renforcement des équipements et une meilleure coordination entre les unités terrestres et aériennes. Dans ces conditions, il est difficile de soutenir sérieusement que la baisse relative des attaques djihadistes serait uniquement imputable à une transaction ponctuelle, qui reste à prouver.

Une telle affirmation occulte délibérément l'impact des opérations militaires menées avec constance et détermination. Elle élude également un fait majeur : la transformation progressive des groupes armés eux-mêmes. Là où, il y a quelques années, ces organisations étaient capables de mener des attaques complexes, coordonnées et spectaculaires, elles sont aujourd'hui contraintes à des actions plus limitées, souvent ciblées, parfois désespérées, et recourant de plus en plus à des enfants soldats.

Cette évolution est loin d'être anodine. Elle traduit un affaiblissement réel de leurs capacités opérationnelles. La réduction de leurs effectifs, liée notamment à l'érosion de leurs bases combattantes, en est un indicateur préoccupant mais révélateur. De même, le glissement de leurs cibles vers des populations civiles, des installations industrielles ou des citernes de carburant témoigne moins d'une stratégie de conquête que d'une volonté de nuisance dans un contexte de recul.

Parallèlement, les succès enregistrés dans la libération d'otages et la traque des chefs rebelles participent de cette dynamique d'affaiblissement. Habituellement menées dans la discrétion, ces opérations contribuent à désorganiser les chaînes de commandement adverses et à priver les groupes djihadistes de figures structurantes. Elles traduisent également une amélioration notable du renseignement et de l'habilité d'anticipation des forces engagées. Dans ce contexte, il est légitime de s'interroger sur la persistance de certains récits médiatiques, parfois figés dans une temporalité dépassée. La reprise d'éléments anciens, sans mise en perspective ni actualisation, relève d'une forme de "réchauffé" informationnel qui nuit à la compréhension des enjeux actuels. Plus préoccupant encore, ces récits peuvent, volontairement ou non, relayer des narratifs proches de ceux que cherchent à imposer les groupes terroristes eux-mêmes, en exagérant leur influence ou en minimisant les progrès réalisés contre eux.

Cette distorsion du réel n'est pas anodine. Elle pose une question fondamentale : celle de la responsabilité dans le traitement de l'information. Présenter des actions terroristes sous un angle qui en amplifie la portée, ou passer sous silence les avancées sécuritaires, revient à produire une vision déséquilibrée susceptible d'influencer les perceptions, tant au niveau national qu'international. Or, la lutte contre le terrorisme ne se joue pas uniquement sur le terrain militaire ; elle se joue aussi dans l'espace symbolique, celui des récits et des représentations.

Reconnaître les progrès accomplis ne signifie pas nier les défis persistants. La situation sécuritaire au Mali, et plus largement dans le Sahel, demeure fragile et complexe. Mais c'est précisément cette complexité qui exige une analyse nuancée, attentive aux évolutions réelles et aux dynamiques en cours. Réduire cette réalité à un échange ponctuel, aussi spectaculaire soit-il, revient à en masquer les transformations profondes.

Ce qui se joue aujourd'hui dépasse une simple fluctuation du niveau de violence : il s'agit d'un rééquilibrage progressif des rapports de force. Les groupes djihadistes, sans être éradiqués, montrent des signes d'essoufflement qui méritent d'être analysés avec rigueur. En face, les forces nationales démontrent, malgré les contraintes, une capacité croissante à s'adapter, à frapper et à sécuriser.

À cet égard, le rôle des observateurs et des analystes devrait être d'éclairer ces évolutions plutôt que de les simplifier à l'excès. L'information gagne en crédibilité lorsqu'elle assume la complexité du réel, et non lorsqu'elle la réduit à des schémas préconçus. À défaut, elle risque de devenir non plus un outil de compréhension, mais un vecteur de confusion.

Ainsi, au-delà du cas évoqué, c'est une invitation à repenser nos grilles de lecture qui s'impose. Le Mali d'aujourd'hui ne peut être compris à travers les prismes d'hier. Les mutations en cours (qu'elles soient militaires, stratégiques ou sociales) exigent une attention renouvelée. Faute de quoi, le récit continuera de précéder les faits, au risque de s'en éloigner.  

                                                                           

DICKO Seidina Oumar

Journaliste- Historien- Écrivain-

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Commentaires (8)

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Matt
Matt 7 mois
La junte malienne paie le JNIM pour laisser passer le carburant jusqu'à Bamako. Attention à la fin de la trève car le JNIM se réarme et s'organise en ce moment.
sangare
sangare 7 mois
Le temps finit toujours par rétablir la vérité que les puschistes ont toujours voulu étouffer d'où des arrestations de PERSONNALITÉS PUBLIQUES, DES JOURNALISTES. L'accord signé avec les JIHADISTES est limité dans le temps. Les CHOGUEL MAIGA et autres,très proches des puschistes, ont dit haut et fort que le Mali n'abrite pas les MERCENAIRES RUSSES,qu'il s'agit des instructeurs russes. POUTINE,dans une conférence de presse, a rétabli la vérité en confirmant la présence de WAGNER au Mali. RIEN QUE DE CONSTATER LES ATTAQUES AU SUD, À L'OUEST DU PAYS EXPRIME L'ÉCHEC DE LA STRATÉGIE MILITAIRE EN COURS DEPUIS 2020. Qu'on arrive à attaquer les citernes est encore plus grave. Ça signifie que le SERVICE DE RENSEIGNEMENT MILITAIRE A ÉCHOUÉ. L'INSTALLATION DES JIHADISTES AU SUD ET À L'OUEST S'EST FAIT DANS LE TEMPS. On devrait l'empêcher au lieu d'entendre qu'ils s'installent pour ensuite les combattre. C'est le médecin après la mort!!! La crise économique que les puchistes ont favorisé facilite l'infiltration des JIHADISTES dans la société malienne y compris dans les structures de sécurité. Les chefs puschistes en sont conscients d'où la confiance accordée plus aux MERCENAIRES RUSSES qu'à nos militaires. En fait, ils n'agissent pas pour sécuriser le territoire national, mais pour PROTÉGER LE POUVOIR. C'est pourquoi quand les attaques ont commencé contre les citernes, l'idée de négocier s'est imposée car on a senti que le peuple peut se révolter, qu'aucune manipulation ne peut faire face à l'absence de carburant dans les stations. En stratége, IYAD AG GHALLI a entrepris de libérer ses éléments en accordant un temps de respiration aux puchistes car l'objectif est d'engager une attaque féroce contre les camps militaires qui protègent Bamako. ASSIMI GOITA espère aussi sur une augmentation des effectifs des MERCENAIRES RUSSES promis par POUTINE. Chacun de son côté prépare la lutte décisive: celle de la prise de Bamako. Qu'on a arrive là est en soi un échec retentissant. Le temps est seul juge. Soyons patient, il va rendre son verdict!!!
tammy
tammy 7 mois
holy yap bro
Africain
Africain 7 mois
Quand ça va mal → silence radio Quand ça va “mieux” → génie stratégique national ? Et bien sûr, toute info qui dérange devient une “simplification médiatique”. Pratique comme concept. On nous vend une armée qui maîtrise tout, des groupes djihadistes “affaiblis”… mais toujours présents, toujours actifs, toujours capables de frapper. Un affaiblissement très… dynamique disons. Et le meilleur : donner des leçons sur la “distorsion du réel” tout en déroulant un récit sans chiffres, sans sources indépendantes, sans contradiction. Là, on n’est plus dans l’analyse… on est dans le storytelling version officielle. Au fond, le message est simple : ? si ça ne va pas dans le sens du pouvoir, c’est faux ? si ça va dans le sens du pouvoir, c’est la réalité C’est ce qu’on appelle une analyse… sur commande ?
Kinguiranke
Kinguiranke 7 mois
https://youtu.be/IPK0jctY24Y?si=d5NIv5w75hHWWe8n
LeGoupil33
LeGoupil33 6 mois
Qu'est ce que cela vient faire là ? Ces voleurs ont été identifiés, seront jugés et punis. Le problème au Mali c'est que les voleurs ont fait un putsch et s'accapranet les richesses du pays. Ils sont prêts à vendre père et mère et l'eau du bassin avec le bassin pour garder leur poste. Suis mon regard.Dis moi pourquoi les finances maliennes qui devraient arriver dans les écoles se perdent en route (quand il y a une route) ?
kan
kan 7 mois
Article d'un gros menteur payé par la junte, mais article bien rédigé ........
Kinguiranke
Kinguiranke 7 mois
https://youtu.be/IPK0jctY24Y?si=d5NIv5w75hHWWe8n
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