Les soliloques d’Angèle : Le drame foncier d’un expatrié

Après plusieurs années passées à l’étranger, Mariama rêvait d’une chose simple : rentrer un jour au pays et offrir à sa famille une maison construite grâce aux sacrifices de l’exil.

14 Mai 2026 - 01:49
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Les soliloques d’Angèle :  Le drame foncier d’un expatrié

Comme beaucoup d’expatriés, elle économise pendant des années, réduit ses dépenses et envoie régulièrement de l’argent au pays avec l’espoir de bâtir quelque chose de durable.

Un terrain lui est proposé par des intermédiaires présentés comme fiables. Les documents semblent corrects, les démarches paraissent simples et la construction commence rapidement. Depuis l’étranger, Mariama suit l’avancement des travaux à distance, reçoit des photos, finance les matériaux et imagine déjà son retour. Mais quelques mois plus tard, tout bascule.

Un litige foncier éclate autour du terrain. Une autre personne revendique le terrain sur lequel se dresse la bâtisse, des irrégularités apparaissent dans les documents, et les autorités ordonnent l’arrêt du chantier. La maison, déjà partiellement construite, risque désormais la démolition. Pour Mariama, le choc est immense : des années d’économies menacées par une situation qu’elle pensait pourtant sécurisée.

L’éloignement des expatriés les rend parfois plus vulnérables aux fraudes, aux ventes multiples ou aux faux documents. Beaucoup investissent à distance, font confiance à des proches ou à des intermédiaires sans toujours pouvoir vérifier personnellement chaque étape. Il convient par prudence de toujours : vérifier l’authenticité du titre foncier auprès des services compétents, passer par un notaire, formaliser toutes les transactions par écrit et éviter les acquisitions reposant uniquement sur la confiance ou des accords verbaux.

Au Mali, les questions foncières sont encadrées par loi n°2017-001 du 11 avril 2017 portant Code domanial et foncier et le Code civil malien qui reconnaissent le titre foncier comme la preuve juridique la plus forte de propriété. Cette réalité rappelle l’importance de certaines précautions essentielles car lorsqu’il existe deux titres fonciers sur une même parcelle au Mali, la situation devient un conflit foncier majeur, car en principe, un terrain ne peut légalement faire l’objet que d’un seul titre foncier valable.

Le droit malien prévoit également des recours en cas de fraude, de vente irrégulière ou de conflit de propriété. Mais dans la pratique, les procédures peuvent être longues et les litiges complexes, surtout lorsque les investissements sont déjà engagés. Dans ce type de litige, les juges examinent notamment : la chronologie des immatriculations, les actes de vente, les plans cadastraux, les procédures administratives suivies…

Pour beaucoup d’expatriés, construire une maison n’est pas seulement un investissement immobilier. C’est un symbole de retour, de stabilité et de réussite après des années loin des leurs. Il faut protéger ces projets, car c’est aussi protéger les sacrifices de toute une vie…

Parce que c’est notre Mali.

Muriel Jules