AFRIQUE-FRANCE : La France et la marginalisation du continent

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La France n’a pas besoin de l’Afrique ! On entend souvent cette phrase, et de plus en plus, dans la bouche des responsables politiques français, en cette veille d’élections chez eux. Cela est-il vrai ? Que doit inspirer cette affirmation chez nous les citoyens africains et maliens ?

Ma sensibilité personnelle me pousse à me considérer comme le maître de mon destin et donc le responsable de mes échecs. De ce fait, j’ai tendance à penser que si l’Afrique et le Mali sont en difficulté, c’est d’abord et surtout par notre faute.
Celle de nos devanciers qui n’ont pas su construire des empires, nations et Etats capables de maîtriser les technologies, les capitaliser et créer les conditions d’une expansion socioéconomique. Cela nous aurait permis d’être peut être les conquérants et non ceux qu’on conquiert, qu’on asservi et qu’on exploite. Celle de nos ancêtres qui ont participé à la traite, collaboré avec le colonisateur et créer les conditions d’un enfouissement encore plus profond de nos espérances.

Celle de nos élites, dirigeants qui ont continué à suivre les ex-colonisateurs leur permettant ainsi de poursuivre notre exploitation sur un autre plan, de manière plus insidieuse, plus subtile mais plus dommageable pour nous. Ces mêmes élites qui ont continué à courber l’échine sous les diktats des institutions internationales. Celle enfin de nous tous car après tout « nous avons les dirigeants que nous méritons ».

La mise en cause de ma responsabilité dans mon malheur doit me faire prendre conscience qu’il ne faut pas compter sur l’autre pour me sortir de là, surtout qu’il a pleinement contribué à me mettre là où je suis. Je dois compter sur moi pour m’en sortir. Je souhaite que cet électrochoc positif crée une onde de choc salvatrice pour ce continent nous permettant d’arpenter avec bonheur les sentiers du progrès. Quoi que cela en coûtera et qu’importe le temps que cela prendra !

Cela étant dit, il faut néanmoins remettre gentiment à leur place ceux qui estiment que nous en faisons trop quand on leur rappelle leur rôle historique, le pillage systématique des ressources du continent, qui continue encore actuellement. Ceux-ci pourfendent « la stratégie de victimisation » des africains et soulagent ainsi leur conscience. Quand j’entends maintenant les ex-colonisateurs dire qu’ils n’ont plus besoin de nous, cela me fait sourire, un sourire amer, celui d’un citron pressé. Pour plusieurs raisons :

Personne de sérieux ne peut nier la motivation économique de la colonisation, la création des comptoirs commerciaux qui ont fait de nos économies des zones extraverties (ce qui continue d’ailleurs encore) avec exportation de matières premières et importation de biens de consommation sans aucune volonté de créer les conditions d’une industrialisation capitalisant la richesse et nous transformant en producteurs de richesses durables et maîtrisées. Quand vous vous adonnez à ce trafic, ne peut-on pas vous considérer comme des prédateurs ?

Je ne parle même pas de la traite et de ce qui s’en suit. Si la colonisation avait été le fait de citoyens et non d’Etat, l’Afrique serait au même stade de développement que les Etats-Unis ! Mais la colonisation a été une entreprise mise en œuvre par les puissances qui sont venues se servir et ont créé en partant les conditions pour que cela dure éternellement !

La France a un PIB supérieur à celui de l’Afrique entière ; PIB dont l’essentiel est produit en France métropolitaine, on ne peut dire que sa richesse se base sur l’exploitation des ressources du continent ! Certes, mais qui peut dire que la participation des Africains à la guerre, à la construction de la France d’après guerre, à la mise en place d’infrastructures de transport…, au rayonnement culturel de la France et de la langue française, au soutien politique des initiatives françaises, à la recherche et aux technologies de pointe n’a pas contribué de manière significative à faire de ce pays la puissance qu’elle est aujourd’hui.

Le chronogramme historique se compte en décennies, en siècles et quand on prend cette lunette, ceux qui se réfèrent à la situation actuelle pour dire que la France n’a pas besoin de notre continent apparaîtront comme des nains de la conscience humaine et des aveugles dangereux !

Total qui exploite des gisements pétroliers importants (comme Shell, Exxon et d’autres) en Angola, au Congo, au Gabon, au Nigeria, en Guinée équatoriale et qui contribue pour au moins 40 % à son profit annuel de 10 milliards d’euros ne sera sans doute pas d’accord avec eux comme la plupart des grandes entreprises occidentales commerçant avec ou à partir de notre continent.

Les entreprises de bâtiment, de travaux publics, de télécommunication, d’énergie, du transport (Bouygues, Saur International, France Telekom, Veolia, Air France…) qui se battent pour produire en Afrique ne seront également pas de cet avis quand on sait que les secteurs concernés leur permettent de combler en partie le déclin économique de leur pays. Elles réalisent au moins le quart de leurs profits sur le continent.

Le dernier exemple de l’intérêt économique plus que manifeste de la France envers l’Afrique est l’Afrique du Sud où les Français viennent d’organiser plusieurs semaines d’actions de promotion afin d’obtenir quelques-uns des contrats portant sur les travaux de préparation de la Coupe du monde de football 2010. Une entreprise française doit construire et exploiter une ligne de métro pour un coût de 1,2 milliards d’euros. Le Maghreb, avec l’Algérie pour le pétrole et surtout le gaz, la Libye, la

Tunisie… compte également parmi les grands partenaires économiques de l’Hexagone.
On peut estimer à au moins 20 milliards d’euros l’apport économique net du continent pour un pays comme la France, synonyme de beaucoup d’emplois, de ressources financières bienvenues pour le budget, de potentiel de développement… Ce n’est pas Proparco, le bras de prospection et de soutien aux investissements français, qui démentira ces propos.

Notre pays est marginalisé dans les relations franco-africaines car n’ayant que peu d’intérêt économique à l’exception de la distribution automobile, de médicaments, de transports aériens, du commerce et des services de manière générale (informatique, communication…) Ce ne fut pas toujours le cas car avec la fibre de coton, nous figurions parmi les premiers pourvoyeurs de ressources à la CFDT (devenu Dagris) d’alors à travers la Copaco. Chaque année au moins environ 150 millions d’euros étaient encaissés par cette société pour le compte de la CMDT avec une ristourne pour elle-même !

Convainquons nos amis que le « vivre ensemble » est plus important que l’intérêt économique qui est changeant et peut amener l’être humain à tous les dérapages et à toutes les prostitutions. Nous avons une histoire douloureuse commune, nous avons une proximité géographique qui nous condamne à avoir un avenir commun.

La richesse repartie de manière équilibrée, la justice qui impose des efforts à chacun, l’équité solidaire dans les relations entre les nations sont des valeurs à cultiver… avec en toile de fond une vision historique dépassant les analyses de court terme.

Moussa Mara
(expert-comptable)

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