Transition et refondation : La délicate équation de la souveraineté médiatique

Comment réaffirmer la souveraineté de nos Etats quand les grands narrateurs de l’actualité du monde portent un regard condescendant sur nos pays ?

8 Juin 2026 - 09:24
8 Juin 2026 - 07:25
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Transition et refondation : La délicate équation de la souveraineté médiatique

Le Premier ministre de Transition, le General de division Abdoulaye Maïga n’a pas hésité à parler d’un « terrorisme médiatique », lors du Forum panafricain des médias de Bamako, du 3 au 6 juin dernier. Il dénonçait cet esprit négativiste qui domine dans les médias occidentaux, qui peignent nos Etats comme de véritables « pays de merde ». Ils n’y voient que les conflits et  épidémies faisant des milliers de morts et se refusant de relater des succès et les progrès, qui s’y font, sans aucun bruit.

En effet, comment comprendre que  l’autoroute 4 fois 2 voies du Burkina Faso, le chantier des grands hôpitaux au Mali ne méritent aucune brève informationnelle dans les médias et magazine occidentaux, alors que le fameux blocus de Bamako et les attaques terroristes dans le Sahel font l’objet d’autant de débats sur les plateaux de télévisions de l’Occident ?

Il semble que la « guerre informationnelle » est aussi un outil du néocolonialisme, qui tente d’étouffer nos pays. Et, celle-ci est devenue un fardeau sur la tête des Etats africains, en particulier. N’est-ce pas à cette situation que sont confrontés les médias du continent ?  Et comment peuvent remporter cette guerre en faveur de leurs pays ?

Car, si « qui détient l’information détient le pouvoir », les Etats concernés ne devraient-ils pas financer, à hauteur de souhait, leurs secteurs médiatiques, pour les rendre robustes ? Comment les médias maliens, par exemple, peuvent-ils aider à faire rayonner le « narratif panafricain », quand ils ne bénéficient plus de subvention de l’Etat depuis? La situation n’est-elle pas similaire, dans une certaine mesure à certains pays, qui se veulent un nouveau pôle du panafricanisme et de la souveraineté du continent ? Rien n’est moins sûr.

En outre, comment les médias africains peuvent-il faire rayonner le «narratif de souveraineté », quand ils font face à d’énormes difficultés pour l’accès aux sources d’informations ? A titre d’exemple, c’est France 24 et RFI qui ont été les premiers médias à annoncer les événements du 25 avril 2026 au Mali. Ils en ont fait leurs choux gras durant de longues heures, alors que les autorités maliennes avaient exigé que toute information sur ces événements se base exclusivement sur les «communiqués des hautes autorités ». Et ces communiqués tombaient au rythme des pas du caméléon ! Comme si l’on a oublié, sous nos tropiques, que l’information est une denrée périssable.

Cette situation obligeait l’écrasante majorité des Maliens et leurs voisins du continent à scruter à la loupe les médias sus-cités et les réseaux sociaux, pour s’informer sur ces événements, en attendant les fameuses sources étatiques…

S’y ajoute que nos médias, par manque criard de moyens, peinent à se donner des correspondants et des « sources locales ». Ce qui les prive d’informations et de proximité et de données fiables. Ce qui ne leur facilite point la tâche dans cette ambition d’aller vers le narratif de la réalité du terrain et de l’auto-détermination. Alors qu’il est évident que nul ne connaît mieux le continent africain que ses propres hommes de médias ! N’est-il donc pas souhaitable de revisiter cette volonté manifeste du renouveau médiatique panafricain ? Rien n’est moins sûr. Il faut consentir d’énormes sacrifices et de gros efforts pour l’atteinte de ce noble objectif de la renaissance africaine.  Ce sera à travers des actes concrets, et  des paroles et des foras, dont les résolutions et recommandations vont, du reste, garnir les tiroirs !

 

Boubou SIDIBE/maliweb.net