Exploitation de sable et de gravier : une alternative au travail d’aide-ménagère pour les jeunes filles

1

Pour subvenir à leurs besoins, des filles se lancent dans l’exploitation de sable, autrefois réservée aux hommes. En plus de sa vente, elles sont de plus en plus nombreuses dans l’extraction. 

À Kalaban-Coro, la bordure des berges du fleuve Niger est noire de pirogues, de toutes de dimensions. Les unes remplies et les autres vides. Des personnes déambulent dans tous les sens.

Les laptots, de tout âge, c’est-à-dire les hommes qui chargent ou déchargent les pirogues, rejoignent un à un leur pirogue. Le rebord se libère au fil des minutes. Tractée par un engin motorisé, une ribambelle d’embarcations forme une file indienne et regagnent le large.

C’est dans ce tohu-bohu général que des groupes de jeunes filles s’attèlent à décharger les pirogues. Un groupe de six à dix femmes composent une file. Elles sont de tout âge. Vêtues chacune de pagne et de t-shirt, foulard bien noué sur la tête, ces dames travaillent d’arrache-pied pour décharger une pirogue.

Les femmes gagnent en moyenne 4 000 FCFA par jour

Très dynamiques et enthousiastes, ces femmes disposent chacune d’une bassine en plastique dont elles se servent pour décharger les pirogues. Le travail est accompagné par des chants et des pas de danses. Cela détend l’atmosphère.

« Le déchargement d’une embarcation rapporte entre huit mille et dix mille francs CFA », témoigne l’une d’entre elles. La somme est partagée à la fin de la journée. La file décharge six à sept chargements selon les jours. Cependant, le nombre se réduit à deux pendant la saison des pluies.

Les filles sont nombreuses à se lancer dans l’extraction de sable. Grâce à la manne financière qu’elle procure, les femmes préfèrent travailler dans ce secteur que d’être aide-ménagère. C’est ce qu’estime Mariam, qui affirme gagner 1000 à 2000 FCFA selon les pirogues. Selon les jours, Mariam et ses amies empochent 3000 à 4000 FCFA, puisqu’elles peuvent décharger 6 à 7 pirogues.  

Cet avis est partagé par plusieurs autres filles. Selon une autre fille âgée d’à peine 15 ans, l’extraction de sable lui permet de gagner sa vie. « La preuve est que je dois avoir 6000F aujourd’hui », lâche-t-elle d’un air enjouée. Elle affirme gagner 35 000 FCFA par mois en dehors de toutes les dépenses (frais de nourriture et loyer, habits, chaussures etc.).

En plus de gagner de l’argent, certaines femmes affirment que l’extraction de sable offre plus de liberté que le travail d’aide-ménagère. C’est un moyen d’émancipation pour beaucoup. « On est libre de travailler comme bon nous semble et nous ne sommes sous les ordres de personne. C’est mieux que travailler sous les ordres d’une patronne qui te manque de respect à longueur de journée », se réjouit Fanta Guindo, qui pense qu’on peut en peu de temps amasser beaucoup d’argent. 

Extraction de sable, un emploi par défaut ?

Les témoignages de plusieurs femmes convergent : toutes attestent qu’elles font l’extraction de sable par nécessité. « On vient travailler ici parce qu’on n’a pas d’autres moyens », tranche Fatoumata qui ajoute que le commerce n’est plus rentable. Elle dit avoir abandonné la vente de condiments au marché à cause de la dette qu’elle avait contractée auprès de fournisseurs.

N’ayant eu aucun moyen pour rembourser l’argent, notre interlocutrice s’est convertie en extractrice de sable. Elle affirme gagner sa vie beaucoup plus au bord du fleuve qu’au marché. « Si je trouve un autre emploi plus facile qui peut me permettre de subvenir facilement à mes besoins, je ne travaillerai plus ici », se lamente Maïmouna, le visage dégoulinant de sueur. Sans aucune possibilité d’économiser, la mère de quatre enfants affirme que ce qu’elle gagne permet juste de prendre en charge les petites dépenses de ses enfants. Elle dit travailler au bord du fleuve depuis plus de six ans.

De la fatigue à la courbature

L’extraction de sable est un travail très harassant. C’est ce qu’assurent plusieurs femmes rencontrées au bord du fleuve. Toutes affirment avoir des courbatures et des douleurs intenses pendant la nuit.

« Ce travail n’est pas fait pour les femmes », indique Maïmouna. Très exténuant, elle affirme que le travail d’extraction de sable peut conduire à la mort surtout quand la femme est dans un état de grossesse. Selon les témoignages des femmes rencontrées, l’argent qu’elles gagnent ne peut pas souvent les soigner quand elles tombent malades.

Fadiala N. Dembélé, Stagiaire/Abdrahamane SISSOKO

Commentaires via Facebook :

1 commentaire

  1. Julu religion will find better work for these young women even if there is little or no profit in beginning.However I like there work spirit I deeply believe they would do good at work-study program where they work four hours per day plus study for modern day trade four hours per day.
    Henry Author Price Jr aka Kankan
    translationbuddy.com

REPONDRE

Please enter your comment!
Please enter your name here