Harcèlement sexuel: La douleur silencieuse des victimes «du Bic-rouge» en milieu scolaire et universitaire à Bamako

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De nombreuses élèves et étudiantes souffrent de harcèlement sexuel dans le milieu scolaire et universitaire. Elles résignent  dans le silence total à dénoncer leurs bourreaux. L’absence d’une législation contre ce fléau aux conséquences fâcheuses est de nature à aggraver la douleur silencieuse de ces victimes du « Bic rouge ». Enquête !    

Assétou Tounkara était élève dans un lycée de la commune IV du District de Bamako. Elle est l’une des nombreuses victimes qui souffrent du harcèlement sexuel. L’un de ses professeurs titulaires lui a fait des avances. Surprise, Mlle Tounkara oppose un niet catégorique à son instituteur. « C’est-là que mon calvaire a commencé. Le professeur a profité de son pouvoir pour m’attribuer à chaque épreuve des notes qui étaient inférieures aux efforts que j’ai fourni lors des évaluations », confie Assétou Tounkara. « J’avais toujours eu une mauvaise note dans sa matière. Toute la classe était au courant des rapports difficiles que j’entretenais avec le professeur », renchérit notre interlocutrice. Cette année-là, elle a échoué à l’examen du baccalauréat. L’année scolaire suivante, la jeune Tounkara a été obligée de faire un transfert  afin de pouvoir passer son baccalauréat en filière lettres. Aujourd’hui, elle a fini avec ses études supérieures.

Awa DIARRA, élève en quatrième année série Technique de Comptabilité, a été constamment victime du harcèlement sexuel. « Plusieurs enseignants m’ont fait des avances à l’intérieur ou à l’extérieur de l’école. Mais, j’ai refusé », déclare-t-elle. Ce refus ne lui a pas valu des représailles.

Regards croisés sur les causes du harcèlement sexuel 

«Quand je préparais le baccalauréat, j’avais des notes confisquées que je n’arrivais pas à connaître. Quand j’ai posé le problème à un professeur, il m’a proposé le lit et je n’avais pas le choix», raconte une étudiante âgé de 25 ans interrogée dans le cadre de l’étude sur la violence faite aux femmes réalisée par le Plan Mali.

Youssouf Sacko, Censeur du Lycée Gardjigué Diakité,  estime que le phénomène est dû à plusieurs facteurs.  Pour lui,  l’absence  de formation des enseignants et la méthodologie sur la conduite à tenir avec  les élèves  sont en partie responsables de la proportion élevée du nombre des enseignants cités dans les cas d’harcèlement sexuel.« Plusieurs enseignants sortent directement des universités et sont vite recrutés par les promoteurs d’école  sans enquête de moralité. Beaucoup de ces jeunes qui enseignent n’hésitent point à faire des avances aux adolescentes », déplore ce professeur en histoire et  en Géographie. Témoignant que  pendant  ses  30 ans de carrière dans l’enseignement,  il a assisté à plusieurs cas où les jeunes filles sont harcelées par leurs  professeurs au point que certaines abandonnent l’école. « Les plus chanceuses font un transfert  ou  d’autres  sont automatiquement retirées par leurs parents dans les écoles au profit des écoles franco-arabes », détaille  le sieur Sacko.

Ce doyen dans l’enseignement secondaire pointe également du doigt à l’accoutrement des élèves. « Certaines filles ont un appétit sexuelle et n’hésitent point de s’habiller  indécemment pour séduire les profs ou leurs camarades de classe », déplore-t-il, affirmant avoir renvoyé de la classe de nombreuses filles à cause de leur tenue indécente.

Selon Zoumana Traoré, Professeur de Musique à l’Institut de Formation des Maître de Bamako, le harcèlement sexuel dans le milieu scolaire n’est pas seulement à l’actif des enseignants. Autant  les enseignants font la cour aux élèves, autant les filles font pareils, affirme-t-il. « Certaines filles par peur acceptent les avances de leur enseignant, et d’autres également sortent avec les enseignants pour bénéficier de notes de complaisance », martèle le Professeur de Musique. Sans oublier de nous confier qu’il a toujours été victime avec d’autres collègues. « Elles chôment les cours, n’apprennent point leurs leçons et au final, elles veulent avoir des notes  pendant les trimestres », lance ce professeur de Mathématique dans un lycée public de la Rive droite de Bamako sous l’anonymat.

La  « menace du Bic rouge »

 « Une fois, une élève de ma classe m’a contacté  pour  me demander de lui donner la moyenne. Je l’ai demandé pourquoi je vais faire ça. Elle m’a rétorqué qu’elle est une femme et que je suis un homme »,  confie un professeur de Français. Il insiste : «certains élèves préfèrent les notes sexuellement transmissibles au lieu de travailler ». Cette citation très répandue dans le milieu signifie qu’une élève obtient des bonnes notes en échange des relations sexuelles avec un enseignant ou un responsable de l’école.

Ces témoignages lèvent le doute sur l’existence du harcèlement sexuel dans les établissements secondaires et supérieurs au district de Bamako. Save the Children assimile cette  pratique à la  « menace du Bic rouge ». La  menace de mauvaises notes si les filles ne cèdent pas aux avances sexuelles de leurs enseignants, selon cette organisation de défense de droits des enfants, peut être comprise comme une forme d’exploitation sexuelle. 

Le Bureau de l’Ong Wildaf- Mali affirme avoir enregistré près d’une vingtaine de cas de harcèlement sexuel depuis le début de l’année. Au-delà des cas impliquant le personnel enseignant ou de l’administration scolaire, l’Ong spécialisée dans la défense et la protection des droits des femmes alerte sur les actes  perpétrés entre les Etudiants eux-mêmes. « J’ai enregistré le témoignage d’une étudiante qui s’est fait abuser par  un membre de l’association des Elèves et Etudiants du Mali », informe Mme Touré Koura Bouaré, assistante de Violence Basée sur le Genre à Wildaf-Mali. Pour réussir son plan, l’étudiant a fait savoir à sa future proie qu’il dispose des entrées pour faire son inscription. Par la suite, il lui a entrainé dans une chambre à l’internat de l’Institut Universitaire de Gestion (IUG).    Ces relations sexuelles ne sont pas sans conséquences sur la santé des jeunes filles. « Elles peuvent aussi donner lieu à des avortements clandestins dans des conditions d’hygiène défectueuses dont les conséquences sur la jeune fille peuvent être dangereuses, comme des infections, la transmission de maladies sexuellement transmissibles, des hémorragies, la stérilité, et même le décès », détaille une enquête de Plan Mali en collaboration avec Save The Children. Pour Wildaf-Mali, ces abus sexuels peuvent occasionner des traumatismes psychologiques et développement chez certaines victimes. Il s’agit surtout l’anxiété, la dépression, le comportement à risque, la perte de l’estime de soi, le sentiment de culpabilité. « Les victimes d’abus, les filles,  peuvent ensuite développer des comportements sexuels à risque et banaliser l’acte sexuel », remarque Mme Touré Koura Bouaré de Wildaf.

Au delà, ces victimes de la menace du Bic rouge vivent avec une douleur silencieuse. Généralement, elles résignent  à dénoncer leurs bourreaux à cause des pesanteurs sociales, des pressions familiales qui pèsent sur elles. « Les filles victimes de harcèlement par peur d’être mal vues dans leur environnement préfèrent ne pas dénoncer leurs bourreaux et se renferment sur elles-mêmes », fait savoir Mme Touré Koura Bouaré.

 Absence de loi sur le harcèlement sexuel

Une situation favorisée par l’absence de législation qui réprime le harcèlement sexuel. Selon un rapport  publié en 2013  par l’Human Rights Watch, «la loi malienne n’interdit pas le harcèlement sexuel». « Ce vide juridique profite à beaucoup personnes », déplore assistante de Violence Basée sur le Genre à Wildaf-Mali. Selon elle, la répression contre des cas d’harcèlements sexuel était prévue dans l’avant-projet de loi  portant sur les Violences basées sur le Genre. Un projet abandonné par le gouvernement de transition sous la pression des associations religieuses.

Le règlement intérieur de l’école offre un large cadre pour les relations entre enseignants et élèves. Il interdit les châtiments corporels, mais n’aborde pas les questions de violences sexuelles ou psychologiques. La diffusion du code d’éthique et de déontologie pour les enseignants et personnel scolaire est à la traîne.

Le gouvernement, selon Dr Kadidiatou Bouaré, Chercheuse à la Faculté des sciences juridique et conseillère technique au ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, a pris assez de dispositions contre la violence basée sur le genre dans l’espace universitaire. Elle a évoque la Politique nationale-Genre, le code pénal, un cadre de concertation interuniversitaire entre les enseignants chercheurs dans chaque Institution d’Enseignement supérieur (IES). « Ce cadre nomme des points focaux dans chaque IES chargés de  veiller à l’application correcte et à la dénonciation de tous les cas de violences basées sur le genre, notamment le harcèlement sexuel », a ajouté Dr Kadidiatou Bouaré. Beaucoup d’étudiantes sans  logement à Bamako, avoue-t-elle, étaient la proie dans un passé récent d’autres étudiants et enseignants. Les dispositifs de veille mis en place en concertation avec les recteurs, le centre national des œuvres universitaires et l’association des étudiants  ont permis de réduire  ces pratiques, annonce-t-elle. A en croire la conseillère technique, le département a instauré en collaboration les Néerlandais un Master « Genre et développement ». « Le centre « One For Center » s’occupe des questions de genre. Une section spéciale du Groupement Mobile de la Sécurité est dédiée à la lutte contre le harcèlement sexuel », a énuméré Dr Kadidiatou Bouaré.

Les instruments internationaux et régionaux  notamment de la Convention sur l’Elimination de toutes les formes de discrimination à l’Egard des Femmes, et le Protocole relatif aux droits des femmes en Afrique (Protocole de Maputo) ratifiés par le Mali interdisent toute forme d’atteinte à l’intégrité physique. Ces instruments accordent aux enfants le droit à une éducation de base gratuite et de qualité, à l’égalité des chances et la non-discrimination, à la protection contre les abus, et le droit à une discipline scolaire respectant leur intégrité et leur dignité.

Siaka DIAMOUTENE/Maliweb.net

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