Lutte contre la mauvaise gouvernance : Tous les suspects seront-ils logés à la même enseigne ?

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Si en matière de décentralisation, Odilon disait que c’est le même marteau qui frappe différemment, en matière de lutte contre la délinquance financière au Mali, l’on est tenté de plaider pour une traque équitable à l’endroit des potentiels impliqués.

Au titre des indélicatesses et malversations relatives à l’argent public, la liste des potentiels coupables devraient, ces dernières années, être longue au Mali. Il n’est pas sûr que tous soient châtiés comme cela est annoncé.

Annoncée à grand renfort de publicité, il y a de cela plusieurs mois, la traque des présumés corrompus et indélicats à l’égard des deniers publics connait des fortunes diverses.

L’ancien ministre Mahamadou Camara, le cadre Nouhoum Kouma ont été placés sous mandat de dépôt le vendredi dernier dans le cadre des investigations judiciaires relatives à l’achat de l’avion présidentiel et des équipements militaires. Ces deux affaires avaient alors défrayé la chronique en 2014 et 2015 plusieurs noms avaient été cités. Il s’agit du ministre de la Défense d’alors, Soumeylou Boubèye Maïga, son collègue de l’Economie et des finances du moment, Mme Bouaré Fily Sissoko, le ministre de l’Investissement et du secteur privé, Moustapha Ben Barka.

Les observateurs se demandent déjà comment les enquêtes ont permis de trouver des charges suffisantes contre l’ex-Directeur de Cabinet du chef de l’Etat avec rang de ministre au moment des faits, Mahamadou Camara et épargnent d’autres gros poissons comme ceux susmentionnés. Un marché d’équipements militaires peut-il ne pas impliquer des responsables majeurs de la chaîne de commandement de l’Armée ? Quid du ministre de la Défense ? Le Directeur de cabinet du chef de l’Etat peut-il être inculpé sans aucune autre implication au niveau du palais présidentiel ? Quid du Secrétaire général de la présidence au moment de la passation de ce marché ?

Par ailleurs, toujours dans cette traque de la mauvaise gouvernance, les observateurs relèvent qu’il semble exister une politique du deux poids deux mesures dans le processus des poursuites. Les derniers rapports du Vérificateur Général n’ont-ils pas cité des hauts responsables de l’Etat à divers endroits de la chaîne administrative ? La machine judiciaire pourra-t-elle braver les accointances politiciennes pour sévir comme cela est souhaité par une immense majorité des populations ?

Dans ce cas, pourquoi le Pôle économique et financier n’a-t-il pas fouiné dans des dossiers comme celui des engrais frelatés, des 1000 tracteurs, des avions cloués au sol, etc ? Il urge que l’institution se crédibilise davantage en ne donnant pas l’impression que certains Maliens sont au-dessus de la loi.

Enfin, comment comprendre que l’ex-président de la Chambre d’agriculture, Bakary Togola, détenu dans l’affaire des ristournes des cotonculteurs soit en passe de devenir député sur une liste du parti présidentiel ? Inculpé et placé sous mandat de dépôt, ce haut cadre de l’agrobusiness malien se porte candidat aux élections législatives et est susceptible d’être élargi sans procès, en cas de victoire au titre du bénéfice de l’immunité parlementaire. C’est du reste la stratégie de plusieurs candidats à ces législatives qui espèrent échapper ainsi à la justice. Le pourront-ils ? C’est fort possible, surtout que ces élections seront tout sauf …transparentes.

Kassoum TOGO

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