Que sont-ils devenus… Makan Kéïta dit Lebry : le maestro de Bolibana

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L’an mil neuf cent quatre-vingt-douze, numéro douze, douze buts, le doyen feu Demba Coulibaly n’a pas manqué de mots pour magnifier le talent d’un jeune joueur du Djoliba AC, Makan Kéita. Il venait de réaliser une saison splendide, sanctionnée par le prix de meilleur buteur et le titre de champion pour son équipe. Ce jour Stadistes et Djolibistes se talonnaient au sommet du classement, avec un léger avantage aux Blancs dont une victoire suffisait pour réaliser le doublé. Mais le Sigui de Kayes les obligèrent au partage des points, et en seconde heure le Djoliba atomisait l’AS Mandé de la Commune IV (5-2). Makan Kéita, l’un des buteurs de la soirée, en manifestant son but a tourné dos à la tribune pour montrer son n°12. Il venait également de marquer son douzième but de la saison. Quelle coïncidence ! Qui est ce jeune technicien ? Quel a été son problème avec l’entraîneur Mamadou Kéita dit Capi ? Pourquoi il estime que cet incident avec le technicien a entravé sa carrière ? Aujourd’hui, avec le recul, quel est son état d’âme face ce malentendu ? Lebry, qui vit aux Etats-Unis depuis 2003, s’est montré disponible pour répondre à notre sollicitation. C’est la rubrique “Que sont-ils devenus ?” de votre hebdo préféré, Aujourd’hui-Mali.

Pour avoir été un camarade de promotion de Makan Kéita au second cycle, nous soutenons sans ambiguïté qu’il était très timide. Il ne parlait pas à tous les coups, sauf quelques rares fois son sourire déterminait son état d’âme sur les sujets discutés. Brillant en mathématiques, il ne participait au cours que lorsque ses camarades étaient en difficulté. Dans un silence de cimetière, il levait le petit doigt pour donner la bonne réponse ou même passer au tableau pour démontrer que la math est une science exacte.

Malgré son talent de bon joueur et surtout de vedette du Djoliba et des différentes sélections nationales, la timidité de Makan se faisait sentir partout où il passait. Même lorsque Capi l’a amené à la Can de Tunis en 1994, sans lui donner la moindre chance, le jeunot s’est résigné.

Au retour de l’équipe, la presse, des supporters ont tenté d’envenimer la situation ou même déplacer le débat dans un autre contexte. Lebry a gardé le profil bas. En son temps, sa sélection s’imposait logiquement et il pouvait apporter plus à l’équipe, en l’absence de Djibril Diawara. Le petit savait jouer au ballon, il était au top de sa forme, et mieux il était le meilleur joueur du championnat.

D’aucuns estimaient que son problème avec Capi résidait dans sa façon de jouer, c’est-à-dire qu’il revenait d’un pas en arrière chaque fois qu’il avait le ballon. Or, en sa qualité de dépositaire du jeu, il pouvait placer les attaquants sur orbite. Le technicien portait un réel espoir sur Makan, mais leurs relations se sont détériorées à cause d’un problème de passeport. Qu’est ce qui s’est passé au juste ?

A la veille d’un match amical des Aigles au Gabon, Makan informa Capi de la perte de son document de voyage. Le temps que l’entraîneur réfléchisse à une solution alternative rapide, une autorité a soutenu mordicus avoir vu le passeport à l’ambassade de la France. Par le plus pur des hasards au même moment l’ancien Bordelais Jean-Amadou Tigana invitait officieusement Makan à son jubilé. D’après Lebry, Kéké n’était pas au courant de cette invitation.

Rien contre Capi

Malheureusement, les choses ont pris une autre tournure, et Capi n’a pas digéré cet incident. Parce qu’il était convaincu qu’à un autre niveau, on a fait disparaitre le passeport du jeune Makan afin qu’il ne soit pas les Aigles au Gabon, mais plutôt en France où un contrat serait en gestation. En conclusion, Lebry a payé cash. Aujourd’hui quel est son état d’âme ? Quelle analyse fait-il du problème 25 ans après ? Voilà ce qu’il dit : “Mon problème avec l’entraîneur Capi est la conséquence d’une incompréhension. J’ai été victime de la rivalité Djoliba-Stade. Je suis prêt à jurer sur le Coran, pour affirmer que j’ai réellement perdu mon passeport. Ce qui a été rapporté à l’entraîneur n’est pas vrai. C’est de la pure calomnie. Je ne pouvais rien contre lui. D’ailleurs, le fait d’être sélectionné pour la phase finale était une chance pour moi. Sinon Djibril Diawara a été recalé. Mais si j’avais joué à la Can, j’aurais décroché un contrat, même en Europe. C’est la raison pour laquelle j’affirme que mon confinement au banc de touche, durant la Can, a entravé ma carrière. Aujourd’hui par rapport à ce problème, je n’ai pas un état d’âme négatif et je n’ai rien contre Capi. Il a mal compris et rien ne s’est produit par la suite afin qu’il se rende compte de ma bonne foi. Dommage…”

Le transfert éclair de Makan Kéita au Stade malien de Bamako (saison 1991- 1992) a été aussi un fait marquant de sa carrière. Au Gabon avec le Djoliba pour un tournoi international, sa maison est cambriolée par des voleurs. Déboussolé d’avoir tout perdu, Lebry va informer Kéké de ce qui s’est passé. Ce dernier, à en croire Makan, a mis du temps pour réagir, au moment où il avait presque tout perdu (habits, chaussures, autres objets).

Un grand supporter du Stade malien, Seydou Badeny profitera de cette situation désolante pour le couvrir de cadeaux : 10 millions de FCFA, une moto CG, des meubles et une garde-robe. Lebry commença les entraînements au Stade et joua même quelques matches du tournoi d’ouverture de la saison. Au lendemain d’un duel Djoliba-Stade, un dirigeant des Rouges, Abdoul Karim Haïdara dit Mao s’est posé la question de savoir s’il était normal de perdre un enfant de la famille aussi talentueux ?

Enfant de la famille

Il chargera Abdoulaye Koumaré dit Muller de retrouver Makan par tous les moyens. Mao remboursa tout ce que le Stade a donné. Il est rare qu’un vrai Djolibiste trahisse la famille. Lebry a clairement manifesté son intention de retourner dans son club de cœur. Il restitua l’argent et la moto. Problème : le dirigeant Stadiste refusa l’engin, à cause de son estime et de sa considération pour le joueur. Comme solution, Makan gara la moto dans la cour de son bienfaiteur et prit la tangente avec un ami qui l’attendait à la porte. Ce dossier a été clos à ce niveau.

C’est après toutes ces péripéties que Makan a signé un contrat à Al Shabib en 1994. Uniquement utilisé pour les rencontres de la Ligue des champions, il qualifia son club en finale qu’il ne jouera pas à cause d’une blessure. A la fin de la saison Lebry s’est embarqué pour Oman avec feu Moussa Koné, Kouréichi Camara. Trois titres de champions et trois prix de meilleur buteur (1996, 1997, 1998) sanctionnèrent son passage à Oman. C’est pendant ses vacances 1998) à Bamako qu’il a fait l’accident dans lequel Moussa Koné succombera à ses blessures.

Les quatre joueurs (Makan Kéïta, Moussa Koné, Seyba Lamine et Soumaïla Traoré) se rendaient à Dioïla où était en détention un dirigeant du Djoliba. Sous le coup de cet accident, Makan a décidé de casser son contrat pour retourner au Djoliba jusqu’en 2000. Cette année par le canal de l’ancien international Bassala Touré, il s’est engagé avec un club grec. Là-bas, l’enfant de Bolibana ne fera que six mois. De blessure en blessure, il optera pour un retrait pur et simple.

Entraîneur de jeunes aux USA

Ainsi se refermèrent les belles pages de l’histoire footballistique d’un jeune homme qui avait du talent, et qui a marqué sa carrière. Laquelle carrière a commencé en 1982 dans son quartier natal, Bolibana où il évoluait au FC Soutra. C’est tout petit qu’il a intégré le centre de formation du Djoliba en 1985, dirigé par Aly Koïta dit Faye.

Minime, cadet, junior, il a gravi tous les échelons pour se retrouver dans l’équipe senior (saison 1989- 1990).  Makan a gardé le banc pendant au moins une saison. Son salut est venu du départ de Moussa Koné pour l’Asec d’Abidjan en 1990, après la finale de la Coupe UFOA. A partir de 1991, il a été titulaire au Djoliba, et joueur multidimensionnel avec sa sélection la même année dans les équipes nationales junior, espoir et senior.

Avec le Djoliba, il a remporté deux Coupes du Mali (1993, 1998), et trois titres de champion (1992, 1998, 1999), réalisé un doublé (1998). Quels sont ses bons et mauvais souvenirs ? Lebry répond : “Mes beaux souvenirs sont bien sûr l’année 1992, qui a consacré ma première Coupe de la Mali et surtout mes convocations dans les différentes sélections nationales. Quant aux mauvais souvenirs, ils sont relatifs à mon problème avec l’entraîneur Mamadou Kéïta dit Capi. Lequel problème a été un facteur déterminant, pour que je ne sois ce grand joueur que mon talent présageait. Autre mauvais souvenir, mon contrat à Oman où je n’ai pas pu jouer la finale de la Ligue à cause d’une blessure. Pour la circonstance, les médecins m’ont fait des injections. Certes j’ai joué la rencontre de demi-finale, mais le mal m’a empêché d’être opérationnel en finale”.

Aux Etats-Unis après ses heures de travail, Makan s’occupe d’un centre de formation de jeunes.

Marié et père d’un enfant, Lebry aime beaucoup la télé. Il déteste l’hypocrisie, l’ingratitude.

O.Roger

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3 COMMENTAIRES

  1. Le problème avec capi n’est pas seulement lié à l’affaire du passeport.
    Avant le voyage pour le GABON, MAKAN KEITA aurait refusé un changement de poste proposé par CAPI.
    L’entraîneur voulait placer MAKAN comme milieu défensif alors qu’il était milieu offensif au djoliba car il avait ce talent de servir idéalement les attaquants.
    Les supporters du djoliba auraient persuadé MAKAN de refuser car, pensent ils, CAPI stadiste veut mettre fin à la carrière du petit.
    Personnellement, je pense que CAPI avait raison car quand j’ai vu MAHAMADOU DIARRA DIT DJILA jouer quelques années après j’ai pensé à MAKAN KEITA.
    DJILA JOUAIT EXACTEMENT COMME MAKAN.
    Le refus de MAKAN KEITA a coïncidé avec le problème de passeport.
    C’est, en réalité, ce refus qui explique son confinement au band de touche pendant la CAN car milieu offensif il n’était pas utile dans le système de jeu proposé par CAPI.
    Il faut dire que les mêmes supporteurs ont fini par l’abandonner.
    Il est resté seul à gerer son problème avant que BASSALA TOURE, un frère du quartier, ne lui tende la main.
    Content de constater qu’il mène bien sa vie aux états-unis car il nous a bien régalé.
    OSER LUTTER,C’EST OSER VAINCRE!
    La lutte continue

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