Festival sur le Niger : Haïra Arby chante la paix et l’unité

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Loin des discours séparatistes de pseudo-rebelles, se réclamant d’un « Mouvement national de libération du l’Azawad », la chanteuse de Tombouctou a enflammé vendredi dernier  les 35 000 spectateurs de la « Scène Da Monzon » du Festival sur le Niger. Pour elle, le Mali est un et indivisible.

Elle n’était pas, peut-être, l’affiche la plus attendue de ce vendredi 17 février dans la programmation des spectacles de la 8ème édition du Festival sur le Niger à Ségou. Si beaucoup la connaissaient, les spectateurs sont plutôt attirés vers ce qui est nouveau à leurs yeux. Mais après sa prestation de cinq morceaux sur la « Scène Da Monzon », la chanteuse de Tombouctou a cartonné. Haira Arby aura ravi la vedette ce soir là. Avec sa voix limpide, ses parures valorisant le patrimoine vestimentaire du Nord, « la voix du désert » s’est faite entendre dans une région du sud. Lorsqu’elle consacre deux morceaux à la paix, les 35.000 spectateurs s’enflamment. La symbolique ne passe pas inaperçue, surtout à la tribune officielle occupée par les ministres de l’Administration territoriale, de l’Artisanat et celui de la Culture.

L’art au secours de la paix

Loin des discours séparatistes d’un groupe d’individus, se réclamant d’une « rébellion » du Mouvement national de libération de l’Azawad, Haira Arby (aussi issue de cette zone de « rébellion », plaide pour la cohésion sociale et renforcement de la fraternité entre les peuples du Mali. On comprend alors l’émotion qui a envahi ce soir les festivaliers, notamment ceux du Mali, qui croient dur comme fer que le Mali reste un et indivisible. « J’ai été ému après cette soirée. Arby est une artiste du Mali, pas du Nord. Elle nous réconforte dans notre croyance que notre pays restera éternellement uni », s’exclame ce festivalier. Pour qui la culture est et reste un facteur de paix et stabilité.

Artiste de la paix

Du haut de ses 53 ans, Haira Arby a encore de la voix pour chanter et du jus pour danser comme à l’époque des biennales artistiques et culturelles des années 1970. D’un père et d’une mère Berabichetamachet (une ethnie du Nord), Haira est la seule chanteuse de sa famille. Malgré cette pression, déjà à 11 ans elle fait ses débuts publics avec un groupe culturel d’Abaradjou. Très tôt, son talent se révèle et elle devient sociétaire de la troupe du cercle de Tombouctou, avant de devenir soliste du groupe régional de Gao. En 1974, elle est désignée pour représenter la région à Bamako pour la phase finale de la Biennale artistique et culturelle. Le coup d’essai fut un coup de maître, car elle reçoit le troisième prix de soliste meilleure interprétation vocale. Mais, sa carrière musicale prometteuse est vite écourtée en 1976. Son père frustré à l’idée de la voir abandonner ses études au profit des scènes de spectacles, lui interdit de se produire en public. Haira obéît et quitte l’orchestre de Tombouctou, puis se marie. Mais elle ne pourrait pas tenir longtemps cette absence sur la scène. Sept ans après, elle revient devant le micro, et sa carrière continue son petit bonhomme de chemin.
Ambassadrice de la paix et de l’unité nationale, Haira Arby a de quoi inspiré la jeune génération de chanteurs.
Issa Fakaba Sissoko

Le fleuve Niger en danger :
L’ABN tire la sonnette d’alarme

Les constats sont formels : le fleuve Niger reste un vecteur important de notre développement, mais il est malheureusement menacé de disparition par nos comportements et nos agissements de tous les jours. C’est pourquoi, l’Agence du Bassin du fleuve Niger a voulu profiter du Festival sur le Niger pour appeler tous à un changement salutaire de comportement.

La problématique de la sauvegarde du fleuve Niger était au centre d’une conférence-débats le vendredi 17 février à Ségou. Initiative de l’Agence du Bassin du Fleuve Niger (ABFN), cette conférence se tenait en marge des activités de la 8ème édition du Festival sur le Niger. Elle a regroupé le maire de la commune de Ségou, le directeur régional de l’assainissement, celui du Festival sur le Niger, les étudiants (notamment de l’IGLAM) et chercheurs dans le domaine de l’eau et de l’environnement.

Patrimoine en péril
Le bassin du fleuve Niger est un patrimoine impressionnant s’étendant sur 570.000 km. Elle renferme une partie essentielle des richesses du Mali et constitue, en effet, un atout majeur pour le développement du pays, dont il relie les zones humides du sud aux régions désertiques du Nord. En clair, précise le conférencier, l’importance de ce fleuve n’est plus à démontrer, tant sur le plan économique et social, mais aussi culturel. « C’est un patrimoine nourricière qui constitue un facteur d’épanouissement économique pour de nombreuses populations à travers la pêche, le tourisme, les rites et autres activités liées au fleuve », souligne Hamidou Diakité, directeur de l’ABFN.
S’étendant sur plusieurs zones climatiques, la vallée du fleuve Niger   est pourtant soumise à des sécheresses périodiques. Le déficit pluviométrique observé et la décroissance des débits enregistrés depuis quelques années ont multiplié les impacts négatifs. Ce fait se caractérise par des dunes de sables dans le lit du fleuve, l’assèchement des lacs, la dégradation des berges, de la végétation, la raréfaction de certaines espèces animales, les pollutions diverses, surtout domestiques et industrielles etc.  Le fleuve Niger, a déploré le conférencier, souffre également de déficit de coordination entre les différents acteurs et une coopération insuffisante avec les autres pays riverains.

Agir tout de suite !

Pour sauvegarder le patrimoine, que représente le fleuve Niger, le conférencier recommande des actions urgentes. « Nous devons agir tout de suite, et maintenant, sinon c’est le fleuve qui est appelé à disparaitre », a plaidé le directeur général de l’ABFN. Pour qui, le débat est aujourd’hui centré autour de la pollution, notamment urbaine et industrielle. A cela, dit-il, il faut ajouter la forte infestation du fleuve par les plantes aquatiques. Face à cette situation d’extrême urgence, il recommande un changement de comportement de l’homme vis-à-vis du fleuve. « Certains facteurs de dégradation dépendent de nous. Et nous pouvons nous priver de certaines actions nuisibles à l’environnement et au fleuve Niger », a indiqué M. Diakité. Pour qui la sauvegarde du Niger est une question de survie.
Abondant dans le même sens, de nombreuses contributions au débat ont plutôt mis l’accent sur le rôle de l’Etat. Cela, à travers l’affirmation de la responsabilité de celui-ci dans la gestion des questions liées au fleuve. Aussi, ont plaidé les intervenants, le défi reste la mobilisation de ressources suffisantes pour les actions de sauvegarde, mais aussi et surtout, l’utilisation à bon escient de ces moyens.
Bref, le débat sur la protection du Niger est loin d’être clos. Et les principaux acteurs doivent joindre l’acte à la parole. A commencer par les collectivités locales et les populations.
Issa Fakaba Sissoko

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