L’union sacrée pour la formation d’un seul front de libération national : ” Le dialogue et la négociation peuvent dans certaines conditions conduire à la collaboration avec les ennemis du peuple malien

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Le Professeur Régis Debray, philosophe, écrivain et célèbre combattant pour la cause des peuples a publié un livre stratégique dont l’importance dépasse de loin le cadre européen : ” La Puissance et le Rêve ” (Ed. Gallimard 1984). Nous sommes donc en 1984 la gauche française après une opposition de près de 23 années accède au pouvoir en France en 1981. Les conséquences de la seconde guerre mondiale continuent de régir les rapports internationaux notamment les rapports euro-africains, euro-américains et les rapports Nord-Sud. Le monde est bipolaire. L’Union Soviétique et les États-Unis d’Amérique dirigent le monde. L’Europe cherche en vain à s’imposer comme troisième force. La guerre froide, très sommairement avait imposé à la société internationale, je préfère le concept à celui de communauté internationale, des catégories difficilement définissables : sécurité collective, désarmement, négociation stratégique, guerre des missiles, le pacifisme, etc.L’invasion de notre pays par les barbares nous renvoie nécessairement à l’histoire des conquêtes, des colonisations, des occupations, etc. En effet, pour faire le choix aujourd’hui dans notre patrie entre négociation et guerre, il faut comprendre voire analyser la dimension sous-régionale, régionale, continentale et mondiale des phénomènes de domination, de colonisation. Ici, assurément, l’histoire rejoint la géographie, la culture, l’espace.

abdoulaye Diarra

e philosophe Régis Debray a voulu, dans une Europe meurtrie par la guerre 1939 – 1945 et déchirée entre l’Est et l’Ouest, rappeler les fondements de la puissance des nations. Le nazisme a régné en maître absolu dans presque plus de la moitié de l’Europe. Le racisme et le radicalisme érigés en principe de gouvernement avec comme but final l’extermination définitive de tout  un peuple, de toute une culture. Nous connaissons la suite. Les forces progressistes, spécialistes, communistes, patriotes, résistants de toute tendance, n’ont pas négocié avec le régime nazi d’Allemagne. Lorsque les lectures d’une réalité donnée se situent aux antipodes ou sont franchement inconciliables le verbe a conduit au néant. Je pense très sincèrement qu’il faut revenir à la raison. Chaque génération de notre nation doit-elle avoir sa guerre du Nord de notre République ? La rébellion que nous vivons aujourd’hui dans notre pays est la plus singulière, la plus atroce, la plus humiliante, la plus cynique, la plus inique parce que la plus mortelle pour notre culture millénaire. Notre génération, depuis l’indépendance de notre pays en 1960, se trouve confrontée à une réalité historique, angoissante et déprimante : vivre dans le Mali occupé. Mais force est de constater que la résistance à l’oppression n’a pas besoin d’être institutionnelle pour être efficace. Les groupements humains, les sociétés humaines de l’antiquité jusqu’à nos jours, ont fondé leur existence sur la défense et la préservation de leur culture. L’intérêt national fut au début et à la fin de leur action de survie. L’intérêt national veut dire que nous avons le devoir de nier tout ce qui nie notre existence à l’intérieur de notre espace vital. La ” République mort née de l’Azaouad ” selon l’heureuse expression d’un journaliste célèbre de notre pays, nous invite nous Maliens à la réflexion. Car ” l’intérêt national se fonde sur une tendance universelle du vivant, celle de l’être à persévérer dans son être, qu’il soit individuel ou collectif ”  (Régis Debray 1984 P. 128). Le seul moyen ici est l’union sacrée pour la formation d’un seul Front de Libération National. En effet, l’occupation du Nord de la République n’est rien d’autre qu’une colonisation séparatiste. Le mouvement mondial que représentent certains de nos occupants tente vaille que vaille d’implanter sur la terre ouest africaine un État tentaculaire et idéologiquement armé au service des forces transnationales. Les divergences stratégiques entre les envahisseurs (MNLA, Ançar Eddine, AQMI et autres) ne concernent nullement l’intérêt national du Mali. Ces divergences stratégiques ne doivent en aucun cas intégrer notre stratégie de libération nationale. C’est l’opinion aujourd’hui de plus de la moitié de nos compatriotes. La République, la laïcité et l’indivisibilité de la République s’opposent à toute forme de négociation. La forme républicaine de notre gouvernement veut dire simplement que le Chef de l’État malien est élu démocratiquement pour un temps précis. Ainsi la liberté pour le peuple malien est de vivre en dehors de la monarchie, de l’esclavage, du servage, de l’oppression et de toute domination étrangère. Quant à la liberté individuelle c’est le droit fondamental pour tout Malien de faire tout ce que la société “ n’a pas le droit d’empêcher ; exercice des volontés légitimes de chacun dans la limite des nécessités de l’ordre social “.

La laïcité repose sur le ” principe qui caractérise un État dans lequel toutes les compétences politiques et administratives sont exercées par des autorités laïques sans participation ni intervention des autorités ecclésiastiques et sans immixtion dans les affaires religieuses, caractère non confessionnel de l’État associé à sa neutralité religieuse, séparation des Églises et de l’État (G. Cornu, P. 484). Enfin, l’indivisibilité repose sur ” le principe selon lequel l’État et son territoire ne peuvent être morcelés par l’effet de conquêtes, sécessions et autres aliénations ou démembrements “. G. Cornu P. 438. Voilà pourquoi l’État n’a pas le droit de négocier avec les bandits armés ou autres envahisseurs qui occupent notre territoire. Il n’y a rien à négocier juridiquement. Au surplus chaque État subsaharien a son histoire, ses exigences actuelles et ses perspectives. Ne diluons pas l’élément dans le Tout. La politique sous-régionale exige sans nul doute une vision commune mais l’intérêt national du Mali aujourd’hui consiste pour nous Maliens à faire notre histoire non à la subir. Il s’agit en définitive de sauver notre identité culturelle. Nous apporter une contribution extérieure nécessaire, Oui. Mais faire notre histoire à notre place, non. Ainsi la colonne vertébrale de notre politique extérieure obéit aujourd’hui à une logique incontournable : la défense de l’intérêt national. Les trois principes dégagés à juste titre par le philosophe Régis Debray doivent aujourd’hui commander notre politique étrangère.

Principe I : L’intérêt national est la base et la fin d’une politique extérieure légitime.

Principe II : Une telle politique exige que soit partout défendu et promu l’intérêt national des autres.

Principe III : L’application du principe II ne peut se faire que sous les conditions et dans les limites fixées par le principe I “. Régis Debray 1984, P. 119.

Soutenir que la négociation est la solution pour mettre fin définitivement à une occupation terroriste préparée de longue date et mise en œuvre par le MNLA, AQMI, Ançar Eddine et leurs complices internationaux est du domaine du rêve. La légitimité commande aujourd’hui de récupérer nos terres annexées par la force des armées.

L’arme de la critique ne saurait, ici, en aucun cas remplacer la critique indispensable des armes. Répétons après beaucoup d’ombres, cette vérité historique. Notre pays a aidé pratiquement tous les mouvements de libération nationale du continent : l’Algérie, l’Afrique du Sud, la Tanzanie, etc. Aujourd’hui, des terroristes fanatiques, des apatrides tuent, violent, agressent, terrorisent, pillent et massacrent des Maliens sur la terre malienne. Le dialogue et la négociation dans ces conditions peuvent, dans certains cas, conduire à la collaboration avec les ennemis du peuple malien.

 

Abdoulaye DIARRA

Médaillé du mérite national

Officier de l’ordre national

Vice- recteur de l’université des sciences juridiques et politiques de Bamako*

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5 COMMENTAIRES

  1. Bonjour,
    Vous avez tout à fait le droit de choisir la solution qui vous semble appropriée pour résoudre le problème Malien, mais vous n’avez pas le droit, Maliendesouche, de traiter tous les Touaregs d’imbéciles et de dire que toute la communauté Touareg est comparable à des sangsues et qu’elle retarde le développement du Mali.

    Pourquoi généraliser ? Sachez que tous les Touaregs, comme moi, ne sont pas du MNLA et n’acceptent pas toutes les atrocités commises par le MNLA.

    Ces propos sont-ils fédérateurs ? Non.

    Vous avez raison, tous les Maliens, y compris les Touaregs, doivent se mettre au travail pour le développement du Mali.

    TOUS LES MALIENS DOIVENT ALLER DANS LE SENS DE LA RÉCONCILIATION ET DE L’UNION ET LAISSER LA JUSTICE FAIRE SON TRAVAIL. C’est elle qui punira les atrocités commises.

    Bien cordialement
    Dr ANASSER AG RHISSA
    EXPERT TIC ET GOUVERNANCE
    E-mail: Anasser_AgRhissa@yahoo.fr

  2. Pr Abdoulaye DIARRA a raison.Le dialogue et la négociation peuvent, dans certains cas, conduire à la collaboration avec les ennemis du peuple malien. La négociation avec les ennemis du peuple malien a atteint ses limites. Je suis pour la guerre totale contre les terroristes (AQMI, MNLA et consors). Comme l’a si bien dit MASS, le songhai, qu’est-ce le Mali n’a pas fait pour les scessionnistes minoritaires touaregs? Depuis le pacte national de 1992 jusqu’au jour d’aujourd’hui, ces imbéciles de touaregs ont été favorisés sur tous les plans et dans tous les domaines au Mali. Et c’est ce favoritisme extrême à leur endroit qui a occasionné le départ précipité de l’ancien président Amadou Toumani Touré. Si ATT avait déclaré une GUERRE TOTALE contre ces apatrites de la nation, peut-être que le Mali n’allait pas vivre le chasos actuel. Il faut qu’on se dise la vérité et l’opinion international a le droit de le savoir. Au Mali, au sud aussi bien qu’au nord du pays, il ya la pauvreté. Seulement les populations pauvres du sud (toutes ethnies confondues) sont dignes contrairement à la population touaregs minioritaires qui est habituée à manger le poison. Il faut que cette miniorité touareg apprenne à pêcher, donc à travailler. LE MAL MALIEN actuel c’est cette minorité paresseuse, oisive, spécialisée autrefois dans la razzia. A mon humble avis, cette minorité touareg comparable à des sangsues, retardent le développement du Mali. NOUS NE DEVONS PLUS NEGOCIER. NOUS DEVONS COMBATTRE CES NON MALIENS ET LEUR ACOLYTES AVEC LA DERNIERE RIGUEUR. GUERRE TOTALE, ! GUERRE TOTALE !, GUERRE TOTALE !

  3. LA SOLUTION NÉGOCIÉE EST MEILLEURE COMPTE-TENU DU CONTEXTE DU MALI, DE SES CAPACITÉS ET DE L’EXIGENCE DU RESPECT DES CONTRAINTES DONT L’UNITÉ, LA RÉCONCILIATION ET L’ÉLIMINATION DU TERRORISME

    Bonjour,
    Certains oublient qu’il existe souvent plusieurs stratégies pour arriver au même but ou objectif.

    Partant du fait que les deux camps (ceux favorables à la guerre et ceux favorables à la négociation) pour la résolution de la crise Malienne, n’ont aucun de leurs membres appartenant au MNLA, ni à Ansar Dine ni aux groupes terroristes et s’opposent farouchement, c’est mon cas, aux atrocités commises par le MNLA et les terroristes au Nord.

    Les deux camps souhaitent poser un ensemble de contraintes à respecter, comme par exemples, la garantie de la sauvegarde de la République, de la laïcité et l’indivisibilité de la République, la prise en compte, la défense de l’intérêt national dans toute action en particulier dans le cadre d’une politique extérieure, la réconciliation nationale et l’élimination du terrorisme.

    Ceux qui, comme moi, pensent que pour la résolution de la crise Malienne, la solution négociée est, dans le contexte du Mali, la meilleure, souhaitent, comme ceux qui veulent la guerre, la libération du Nord et l’unité nationale.

    Ceux qui veulent la guerre oublient les aspects réconciliation entre communautés et entre Maliens, cohésion nationale, sécurité et paix durables après la guerre, mais aussi les conséquences imprévisibles, les dégâts collatéraux et tous les effets de bord associés (contagion des pays voisins, interconnexion de réseaux de terroristes au niveau international, …).

    Ils oublient aussi qu’un problème non résolu refera toujours surface un jour ou l’autre. Je fais référence par exemples aux problèmes de développement et d’intégration équitables de communautés et de citoyens dans le pays. Je pense que ces problèmes font partie des causes des différentes rébellions mais ils concernent toutes les communautés au Mali.

    Je pense que compte-tenu du contexte du Mali et de ses capacités organisationnelles non optimales (ses forces de défense et sécurité à réorganiser et à motiver, ses moyens insuffisants, …), qu’à travers le dialogue et le compromis, tous les problèmes, les revendications et les contraintes seront mis sur la table pour être analysés dans le cadre de conférences de compromis entre Maliens, comme je le propose. Ainsi, ceux des problèmes et revendications qui sont légitimes et pertinents seront retenus. Aucun problème ni aucune revendication ni aucune contrainte ne seront oubliés.

    Tout le monde a raison en disant d’éliminer le terrorisme dans le sahel, mais encore faut-il identifier les terroristes ?
    Dans le Nord Mali, plusieurs groupes, Mnla, Ansar Dine, Aqmi, Mujao et Boko Haram, entretiennent des relations confuses les uns avec les autres et les différentes communautés vivent ensemble, même dans la partie désertique.

    Dans ces conditions, comment distinguer les terroristes des non terroristes ?

    Faire la guerre sans prendre des précautions peut être destructeur: possibilité de tuer sans le vouloir des civils innocents sans atteindre la cible. La guerre dans le désert peut s’apparenter à la recherche d’une aiguille dans le sable ou d’un objet dans un tourbillon de vent. Aucun résultat n’est garanti. D’où sa complexité et son inefficacité.

    Ainsi, il convient de faire le bon choix, celui de la négociation.

    Bien cordialement
    Dr ANASSER AG RHISSA
    EXPERT TIC et Gouvernance
    Anasser_AgRhissa@yahoo.fr

    • Dr.ANASSER,
      Je vois que vous êtes un partisan acharné de la négociation, autant que moi. Je vous félicite. Je suis songhaï dont sa famille est le logeur de plusieurs fractions de Tamacheq. Ce qui veux dire, je connais bien et fait une distinction entre Tamacheq et Touareg. Le dialogue que vous appeler de vos voeux est difficile, sinon, impossible. Souvenez vous des accords d’Alger. Deux fois les autorités algériennes ont intervenus dans ce conflit.Cela n’a pas mis fin aux velléités des Touaregs. Comme vous le savez, les gouvernements successifs, ont tout fait pour l’intégration de cette minorité dans tous les sphères politiques,économiques, administratifs et militaires.
      Lorsque une minorité fait l’objet d’un “machin” au service de pays étrangers qui ont des visés sur le Nord du sahel, il est difficile de parvenir à une paix durable.

      • TOUT EST UNE QUESTION DE VIE COMMUNE ET DES RÈGLES ASSOCIÉES AFIN D’ÉTABLIR UNE INTÉGRATION ET UN DÉVELOPPEMENT ÉQUITABLES DE TOUTES LES COMMUNAUTES

        Bonjour,

        Heureux d’apprendre que vous êtes un défenseur du dialogue, que vous êtes Songhoi et que vous êtes un des logeurs de certains Tamasheq quand ils quittent la campagne pour la ville.

        Vous êtes un cas qui symbole bien une réalité, à savoir que, de tout le temps, les Songhoi ont pratiquement habité près du fleuve et les Tamasheq souvent dans la campagne à cause de leurs animaux qui doivent être proche des pâturages. Ce qui fait qu’il y a toujours eu une complémentarité entre ces deux communautés, les Songhoi, souvent sédentarisés et habitant près du fleuve et les Tamasheq très souvent habitant dans la campagne pour leurs animaux.

        Chaque communauté a besoin de l’autre, exemple les Songhoi logent, comme vous le faites, les Touaregs qui ils viennent en ville et vice-versa. Ainsi, au fil du temps, les mariages inter-communautés aidant, aucune communauté ne peut se passer de l’autre et elles vivent dans l’harmonie et la complémentarité. Un vrai cordon ombilical relie ces deux communautés sœurs.

        Ce sont tous ces liens qui font que ce cordon ombilical qui les relie ne peut pas se rompre brutalement.

        Mais, des dérapages et des atrocités ne peuvent pas continuer indéfiniment de la part des Touaregs qui les commettent, ou des membres du MNLA depuis cette rébellion, car certains de leurs membres ne sont pas Touaregs, sans que les autres communautés du Nord-Mali, et du Mali en général, ne réagissent.

        Malgré tout, il faut donc se pardonner, se réconcilier et trouver une solution durable, avec de véritables «garde-fous» (critères sévères), basée, entre autres, sur le respect mutuel, la considération mutuelle, la reconnaissance du rôle et de la place que chacun occupe, le droit de chacun à se développer, à développer sa communauté, à développer sa région, l’existence d’une solidarité, qui a toujours existé, inter-communautés mais aussi le principe d’une intégration équitable de toutes les communautés dan la région et la gouvernance des collectivités territoriales, leur gestion équitable et les découpes des zones qu’elles occupent.

        Ces critères sévères, qui ne sont pas exhaustifs, doivent être surveillés conjointement par les communautés qui vivent au même endroit, dans la même commune, dans la même région en liaison avec les gouvernances régionale et globale.

        Vous voyez, Mass, qu’un travail en profondeur doit être fait pour que des frères et des sœurs ne sentent pas que leurs parents (le Mali et sa gouvernance) favorisent l’une ou l’un d’entre eux au risque d’une cassure de la cohésion familiale.

        Ce n’est pas évident, n’est-ce pas ?

        C’est en partie à cause de tout cela que les communautés du Nord Mali, et du Mali en général, doivent s’asseoir et discuter ensemble, avec tous les Maliens à travers des conférences de compromis régionales et nationales, de leurs problèmes et leur trouver des solutions idoines pour le bien-être de tous et pour une paix pérenne.

        Bien cordialement
        Dr ANASSER AG RHISSA
        Expert TIC et Gouvernance
        E-mail : Anasser_AgRhissa@yahoo.fr

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