Déstabilisation de la Turquie : Un défi pour les puissances européennes

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Si les manifestations se poursuivent de façon sporadique dans certaines grandes villes turques, elles ne contrarient pas pour le moment l’organisation de la Coupe du monde U-20 en Turquie ! Déjà, la FIFA a tenu à rassurer les 23 pays (en plus de la Turquie) participants sur cette question.

 

MerkelLa Turquie brûle et il faut se garder d’y mettre le pied maintenant ! C’est implicitement ce que les médias occidentaux disent au monde, notamment à leurs opinions publiques, à travers le traitement exagéré qu’ils font de cette crise. Pendant l’escale d’Istanbul, nous n’avons pas senti cette ampleur. Et la délégation qui a séjourné à Antalya pendant une dizaine de jours indique n’avoir assisté à aucun mouvement de révolte populaire.

 

 

Ici, à Gaziantep, les populations vaguent tranquillement à leurs occupations. Mais, en suivant certains médias internationaux, c’est comme si le «Printemps arabe» avait atteint la Turquie ou que ce pays est touché à son tour par les conséquences collatérales du conflit syrien. Il est vrai qu’Istanbul et Ankara sont les centres névralgiques de ce pays, mais il ne saurait aussi se réduire à ces deux villes.  «Nous n’avons pas les mêmes préoccupations que les populations d’Istanbul ou d’Ankara. Ils ont raison de défendre leur parc, mais, il ne faut pas non plus profiter pour détruire ce que le monde nous envie : notre culture et notre stabilité économique dans un monde en crise. Heureusement que ceux qui manifestent dans ces villes ne constituent qu’une minorité de leurs populations», souligne Omar, un jeune étudiant et volontaire du Comité national d’organisation du mondial U-20. Pour de nombreux interlocuteurs, la Turquie se porte économiquement bien avec beaucoup d’opportunités à exploiter sur le marché international. Mais, dans ce pays, la protestation contre le projet d’urbanisation du parc Gezi de Taksim s’est subitement transformée en manifestation anti-gouvernementale. Ainsi, au-delà de leur volonté de préserver le parc Gezi, les contestataires accusent le gouvernement de réduire la «liberté d’expression» et «le choix de vie des individus». Un discours manipulé et manipulateur déjà entendu en Tunisie, en Egypte, en Libye, au Yémen, en Syrie et relativement au Maroc et en Algérie.

 

 

La Turquie est-elle alors touchée par la vague du «Printemps arabe» qui, on commence à le comprendre n’était pas que de mouvements spontanés des damnés des systèmes en place ? La comparaison est prématurée, sinon osée.

 

Des indicateurs économiques au «vert»

Ce qui se passe à Istanbul et Ankara depuis quelques semaines a très peu de choses avec «les révoltes arabes» supposées déclenchées par des inégalités socio-économiques. En la matière, les Turcs ont enregistré des résultats probants. Le taux de chômage des jeunes est par exemple de l’ordre de 20 % contre plus de 30 % dans la plupart des pays maghrébins. Les inégalités de revenus ont été réduites entre 2006 et 2011. Ainsi, le pourcentage de population vivant avec moins de 4,30 dollars par jour est tombé à 2,8 % en 2011 contre 30, 2 % en 2002. Dans ce pays, les succès économiques ont permis à la classe moyenne de s’enrichir en dix ans, tandis que, dans le Maghreb, l’enrichissement des pays ne profitait pas à la population, dont une grande partie vit encore sous le seuil de pauvreté. Les indices montrent qu’ils vont encore déchanter parce que la révolution est loin de tenir ses promesses aussi bien en termes de «liberté d’expression» que d’amélioration des conditions de vie. «Le profil socio-économique des contestataires diffère. En Turquie, des jeunes de la classe moyenne, éduqués, sans lien avec les partis politiques ou les organisations dominantes, participent au mouvement. Pour prendre le cas de l’Egypte par exemple, les manifestants appartenaient aux couches pauvres de la population ne possédant pas le droit de vote et faisant partie de différentes organisations politiques confessionnelles comme les frères musulmans», souligne M. Manolis Davradakis, consultant et auteur d’une récente étude sur cette crise au compte d’Axa Investement Managers. Selon cette étude, intitulée «Risque géopolitique accru en Turquie», si les tensions politiques s’accentuent, les investissements de portefeuille en Turquie pourraient reculer. Ceci constituerait une menace pour l’économie du pays car les touristes pourraient par exemple éviter la Turquie par peur des violences.

 

 

Une déstabilisation planifiée

Ce qui est visiblement l’objectif visé par l’Europe et l’Occident à travers ses médias qui en rajoutent à l’ampleur des contestations pour créer la psychose au sein de l’opinion internationale et détourner les touristes de ce pays qui est l’une des grandes destinations privilégiées dans le monde.  Pourquoi ? Parce que l’Union européenne n’a pas intérêt à ce que le modèle turc soit une référence dans cette période de crise. En dehors de la Chine, la Turquie et le Brésil sont les deux pays dont les économies résistent le mieux à la crise économique actuelle. Cela est d’autant une menace sérieuse pour l’UE qu’elle a toujours fermé la porte à la Turquie. Et cela beaucoup plus pour des raisons religieuses qu’économiques. Nous en sommes d’autant convaincus que la Turquie est toujours plus solide que la Grèce au moment de son adhésion à l’Union. Mais, les Turcs ne doivent pas regretter aujourd’hui ce rejet islamophobe vu les difficultés actuelles des puissances européennes. Et ce serait un désaveu terrible du modèle européen que leur pays réussisse à résister à la crise économique en préservant, voire en améliorant son taux de croissance. Cela pourrait dissuader ceux qui se précipitent pour adhérer à l’UE ou donner des arguments aux peuples qui exigent de plus en plus le retrait de leurs pays de l’UE. Loin de nous la volonté de cautionner la répression ou le dédain politique à l’égard d’une frange importante de la population. Mais, nous sommes convaincus que les médias occidentaux donnent à ces manifestations une autre ampleur. Et à dessein parce que c’est un moyen efficace de politiquement déstabiliser ce pays et de l’affaiblir économiquement. Des pays comme l’Allemagne, la France, la Grande Bretagne… y ont un intérêt particulier.

 

 

Une croissance plus élevée qu’en 2012

Mais, les effets à court terme des soulèvements de la place Taksim d’Istanbul sur l’économie turque ont visiblement déjà disparu. Le prouvent, entre autres, le retour des touristes et le redressement de la bourse d’Istanbul et des taux de change et d’intérêt. Et de sources économiques concordantes, notamment l’Institut des statistiques turques (TürkStat), la croissance sera plus élevée qu’en 2012.

 

Selon de nombreux économistes, les facteurs en question sont la confiance des investisseurs et la stabilité politique. «Je ne pense pas que les investisseurs turcs, et surtout étrangers, aient changé de point de vue sur l’avenir de l’économie turque. Mais, je suis sûr qu’ils s’interrogent sur les capacités du gouvernement à pouvoir diriger une économie de marché ouverte tout en ayant un déficit très élevé. Les investissements étrangers ont diminué et pourraient diminuer encore si le gouvernement turc continue d’accuser les Européens de mal gérer leurs économies. Dans ce contexte, les taux d’intérêt du marché et les taux de change pourraient commencer à augmenter», pense un expert interrogé par la presse française. Pour ce dernier, «la stabilité politique est également en jeu. Il est peu probable que le parti de l’AKP perde les prochaines élections, car il n’y a pas d’alternative politique crédible en face. Néanmoins, le refus du gouvernement de mettre en place des réformes démocratiques et le style autoritaire de l’AKP risquent de menacer le processus de paix et, par conséquent, la stabilité politique. Je pense donc que les soulèvements du parc Gezi ont sérieusement ébranlé la supériorité morale de l’AKP et qu’ils manifestent le début du déclin du gouvernement turc». Le projet immobilier visant le Parc de la place Taksim ne sert que de prétexte. En effet, le moment de la contestation est bien choisi. Il s’agissait d’abord de mettre en péril l’organisation du mondial des juniors. Ce qui aurait été déjà une grande menace pour la candidature d’Istanbul à l’organisation des Jeux Olympiques d’été en 2020. Elle est en concurrence avec Tokyo (Japon) et Madrid (Espagne). Et elle est citée parmi une sérieuse prétendante à cause du rayonnement économique de la Turquie.

 

Des enjeux politiques non négligeables

Au niveau de la politique nationale, 2013 est une année charnière car la Turquie va bientôt entrer dans une longue période marquée par des élections aux enjeux importants. En effet, le pays va organiser trois scrutins importants en deux ans. Il s’agit des présidentielles et des élections locales en 2014, et des législatives en 2015. Si statutairement, Recep Tayyip Erdoğan ne peut plus briguer un 4e mandat comme Premier ministre, il a annoncé sa volonté de se faire élire président de la République (une fonction symbolique). À condition que l’image de cette fonction soit rehaussée avec plus de responsabilités politiques. Ce qui suppose un amendement constitutionnel. Sa chapelle politique, le Parti de la Justice et du Développement (AKP) n’ayant pas la majorité parlementaire requise, un référendum devient indispensable pour passer de l’actuel système parlementaire au régime présidentiel. Une réforme qui est mal vue par certaines puissances ne souhaitant que renforcer leur mainmise sur une région stratégique et très instable. Une tutelle dont veulent coûte que coûte s’affranchir Erdoğan et la majorité des Turcs. Depuis l’arrivée au pouvoir en 2002 de l’AKP (issu de la mouvance islamiste), la Turquie a renoué avec la stabilité après des années d’une vie politique tumultueuse émaillée d’interventions de l’armée. Après la crise financière de 2001, son économie est entrée dans une période de forte croissance, avec des pics de plus de 8 % en 2010 et 2011. Une performance qui a permis à son produit national brut (PNB) par habitant de tripler. Victime d’une conjoncture internationale déprimée, le taux de croissance turc est retombé à 2,2 % en 2012. Le gouvernement a établi ses prévisions pour l’année en cours à 4 %. Une ambition jugée réaliste dans les milieux d’affaires.

Moussa BOLLY

Depuis Gaziantep/Turquie

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1 commentaire

  1. C est l art de reduire a neant tout ce qui n aderent pas a leur causes, la propagante etait organiser par fr24. Et les chaines anglaises..

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